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| Une scène de la pièce du chèo Đạo học. |
| Photo : CTV/CVN |
Un chant s’élève, les percussions cadencent la scène et les gestes stylisés des comédiens dessinent peu à peu une autre époque. Sur les planches, le public retrouve le Vietnam de la dynastie des Trần, au XIVe siècle. Au centre du récit se tient Chu Văn An (1292-1370), un maître dont la renommée repose autant sur son savoir que sur son inflexibilité morale.
C’est par le chant, la musique et l’art du geste que la pièce Đạo học (La voie du savoir) ressuscite cette grande figure de l’histoire vietnamienne pour célébrer une tradition profondément ancrée dans la culture nationale : le respect de l’enseignant et la primauté de la vertu.
Présentée par le Théâtre du chèo de Hanoï, cette création s’est vu décerner la médaille d’or au Festival élargi de l’art scénique de Hanoï 2026. Au-delà de ce prix, elle atteste la faculté du théâtre traditionnel à faire vibrer la mémoire collective et à transmettre des valeurs traversant les générations.
Hommage au maître et au savoir
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| Le personnage du maître Chu Văn An dans la pièce Đạo học. Photo : CTV/CVN |
Au début de la pièce, Chu Văn An apparaît dans sa fonction d’enseignant. Entouré de ses étudiants, il ne se contente pas de délivrer un savoir académique. Il s’attache à leur apprendre à distinguer le juste de l’injuste, à modeler leur caractère et à mettre leurs compétences au service de la collectivité. Dans cette vision de l’éducation, apprendre ne signifie pas seulement accumuler des connaissances : c’est d’abord se façonner en tant qu’être humain.
Peu à peu, la trame s’éloigne de cette atmosphère sereine. Devenus adultes, certains élèves se laissent happer par les ambitions et les intrigues de la cour. Le contraste entre les enseignements reçus et les comportements adoptés installe une tension qui gagne progressivement le plateau.
Les chants, tantôt mélancoliques, tantôt empreints de gravité, expriment de manière poignante la déception de l’enseignant. Derrière le destin d’un homme se dessine alors un questionnement fondamental sur la finalité de l’éducation : que reste-t-il des préceptes transmis lorsque les valeurs morales s’effacent devant la quête du pouvoir ?
La tension atteint son paroxysme lorsque Chu Văn An soumet au souverain le “Thất trảm sớ”, une requête historique exigeant le châtiment de sept dignitaires qu’il estime corrompus et dangereux pour le royaume. Face au refus royal, il préfère démissionner de ses fonctions plutôt que d’abandonner ses principes.
Sur scène, ce parti pris prend un relief tout particulier. Le rythme des percussions, l’intensité des chants et la stature de l’interprète soutiennent la détermination du personnage. Chu Văn An ne se contente pas de prêcher la droiture : il l’incarne pleinement. En renonçant aux privilèges de la cour, il donne à sa parole la force irrésistible de l’exemple.
C’est là toute la portée de Đạo học. Dans la tradition vietnamienne, le maître occupe un rang éminent, car il contribue à structurer la pensée tout autant que l’éthique de ses étudiants. Cependant, son autorité ne provient pas uniquement de son érudition. Elle découle avant tout de sa conduite personnelle et de sa fidélité aux valeurs qu’il enseigne.
À l’issue du spectacle, la spectatrice Nguyên Hoàng Anh Thư, une Hanoïenne de 26 ans, a confié : “J’ai été particulièrement émue par le choix de Chu Văn An d’abandonner son poste afin de préserver sa probité. La pièce m’a permis d’en apprendre davantage sur ce personnage historique, tout en me rappelant l’importance cruciale de l’éthique et de la responsabilité de l’enseignant dans notre société ”.
Le chèo au service de l’éducation
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| Đạo học touche le cœur du public grâce au principe du respect des maîtres. |
| Photo : CTV/CVN |
Pour matérialiser cette fresque, l’œuvre sollicite les ressources expressives du chèo, art théâtral chanté originaire du Nord du Vietnam. Les mélodies, la métrique musicale, la gestuelle et les conventions scéniques ne cherchent pas uniquement à reconstituer un cadre historique. Ils expriment les tourments des personnages, intensifient les conflits moraux et confèrent à la réflexion philosophique une résonance profondément intime.
Écrite par Bùi Vũ Minh et mise en scène par l’“Artiste du Peuple” Trịnh Thúy Mùi, la pièce repose sur une création musicale soigneusement structurée. Les compositions de Hùng Cường, associées à l’adaptation des airs traditionnels par l’artiste Tất Trọng, font alterner douceur, émotion et véhémence. Cette palette sonore suit pas à pas les états d’âme du maître, de la quiétude des leçons à la fermeté de son renoncement face au pouvoir.
Sous la direction de l’“Artiste du Peuple” Thu Huyền, directrice du Théâtre du chèo de Hanoï, la troupe fait dialoguer l’héritage scénique avec une interrogation résolument moderne sur la transmission du savoir. La représentation se refuse à figer Chu Văn An dans une icône distante ou sacralisée. Elle donne à voir un homme confronté à des dilemmes complexes, dont l’absolue cohérence entre les actes et les paroles constitue le véritable legs.
À travers Đạo học, le chèo devient ainsi bien plus qu’un vecteur de mémoire historique. Il porte haut une vision de l’enseignement où le savoir ne prend son véritable sens que lorsqu’il s’adosse à la vertu, au sens du devoir et au respect de l’humain.
HUONG GIANG/CVN







