Hô Chi Minh-Ville : un schéma directeur à 100 ans pour préserver ses ressources vitales

Alors que la métropole du Sud prépare un plan directeur ambitieux à l’horizon 2050 et au-delà, plusieurs urbanistes mettent en garde contre un risque majeur : privilégier la croissance au détriment des fondements naturels du territoire. Pour le Dr Phó Đức Tùng, expert indépendant en urbanisme, un véritable projet de long terme doit d’abord s’appuyer sur la géographie, les réseaux hydriques, le climat et les ressources stratégiques de la région, plutôt que de prolonger simplement les logiques économiques actuelles.

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Un coin de Hô Chi Minh-Ville.
Photo : Tân Dat/CVN

Pour le Dr Phó Đức Tùng, la clé de la réussite ou de l’échec ne réside pas dans l’ampleur de la vision, mais dans l’approche adoptée : "Posons-nous les bonnes questions dès le départ. L’orientation du plan est relativement globale et claire : faire émerger une mégapole internationale, une ville côtière centrée sur l’humain et engagée dans un développement vert et durable. Ce sont des objectifs pertinents, mais cette perspective n’est qu’un point de départ. Ce qui m’inquiète le plus, c’est l’absence d’un cadre permettant de vérifier si ces ambitions sont réalisables, appropriées et, surtout, véritablement durables".

D'après lui, la stratégie économique présentée dans le projet d’urbanisme repose largement sur les réalités existantes : pôles commerciaux et de services au cœur de Hô Chi Minh-Ville, industrie à Bình Dương, activités portuaires à Bà Rịa-Vũng Tàu. "Ce n’est pas une erreur en soi, mais si nous nous contentons d’observer la situation actuelle et de la présenter comme une projection à 100 ans, alors nous ne faisons pas réellement de planification ; nous nous bornons à décrire l’existant", insiste-t-il.

Les ressources naturelles comme socle d'une vision centenaire

Selon le Dr Phó Đức Tùng, il ne faut pas partir de ce que nous souhaitons réaliser ni de ce que nous possédons sur le plan économique, mais des ressources fondamentales dont dispose cette région : topographie, géologie, réseaux hydrographiques, ressources minérales, position géostratégique, régime des vents, ensoleillement, caractéristiques climatiques et évolution du climat à long terme. Ce sont des éléments que ni les politiques publiques ni les investissements ne peuvent créer. La première mission d’un plan à 100 ans est donc de préserver et de valoriser ces ressources naturelles, au lieu de les sacrifier au profit d’objectifs de court terme.

Le Dr Phó Đức Tùng, expert indépendant en urbanisme.
Photo : Net/CVN

Après la fusion administrative, Hô Chi Minh-Ville, dont le territoire s’étendra de Tây Ninh à Bà Ria-Vung Tàu, présentera une configuration très différente de celle envisagée dans le plan actuel.

Il souligne que la partie orientale de Bà Ria-Vung Tàu, grâce à des infrastructures modernes telles que l’aéroport international de Long Thành à Dông Nai et le réseau autoroutier, n’a rien à envier à Bình Duong en matière de situation géographique et de logistique, et présente même certains avantages. Pourtant, cette région est aujourd’hui principalement envisagée comme un pôle touristique. Selon lui, ce positionnement découle davantage de la situation actuelle que d’une analyse approfondie des ressources disponibles.

La zone bordant la baie de Gành Rai, autour du complexe portuaire de Cái Mép - Thị Vải, constitue un espace d’une valeur exceptionnelle sur les plans écologique, paysager et maritime. Or, l’approche actuelle consiste à la morceler en petites parcelles aménagées au gré de projets distincts. Il estime qu’il conviendrait au contraire de réfléchir à la manière de préserver et d’étendre cet ensemble territorial, voire de prolonger la baie vers l’intérieur des terres afin de connecter un vaste arrière-pays oriental au réseau portuaire, plutôt que de se concentrer sur quelques terrains situés à proximité immédiate des quais. Lorsque les ressources naturelles sont fragmentées et s’érodent progressivement, les pertes deviennent pratiquement irréversibles à l’échelle d’un siècle.

Aux yeux de Phó Đức Tùng, il convient d’abord d’identifier les fondements naturels du territoire, puis de concevoir des infrastructures adaptées, de définir ensuite l’organisation spatiale urbaine et enfin d’élaborer une stratégie économique cohérente. Dans cette logique, la stratégie économique ne se limiterait plus à reproduire l’existant, mais viserait à exploiter pleinement le potentiel du territoire, condition essentielle d’un développement réellement durable.

Le Dr Phó Đức Tùng lors de l’atelier "Schéma directeur de Hô Chi Minh-Ville : une vision à 100 ans", récemment organisé dans la métropole du Sud.
Photo : Net/CVN

Repenser en profondeur l'approche de la planification régionale

Le Dr Phó Đức Tùng estime qu’une refonte en profondeur de l’approche de planification est indispensable. D’après lui, l’une des principales limites du projet actuel réside dans le fait qu’il n’exploite pas pleinement le potentiel du nouveau territoire.

Depuis plusieurs décennies, la mégalopole est considérée comme le centre de la région du Sud-Est selon un modèle centripète : une ville centrale entourée de provinces satellites disposées en cercles concentriques. Cette configuration s’explique par la taille et l’attractivité historiquement supérieures de la cité par rapport aux provinces voisines.

Or, une structure centripète nécessite des axes radiaux puissants permettant au centre d’exercer son influence sur les territoires périphériques. C’est précisément l’une des faiblesses de la mégalopole : son noyau urbain est devenu trop dense et trop complexe pour permettre le développement efficace de tels axes. Dès lors, malgré son statut de centre régional, son pouvoir d’entraînement tend à s’affaiblir tandis que les provinces voisines poursuivent leur développement selon leurs propres dynamiques.

Aujourd’hui, avec la fusion administrative de trois localités, la structure régionale a profondément évolué. Il ne s’agit plus d’une grande agglomération entourée de petites provinces, mais de trois entités territoriales d’importance comparable : Hô Chi Minh-Ville au centre, Tây Ninh à l’ouest et Đông Nai à l’est. Chacune dispose d’une masse critique suffisante pour développer sa propre stratégie et agir comme partenaire à part entière au sein d’un écosystème régional.

Vue schématique du complexe portuaire de Cái Mép - Thi Vai.
Photo : Net/CVN

Dans ce contexte, si Hô Chi Minh-Ville souhaite véritablement jouer son rôle de centre, elle doit se concevoir comme un "papillon à deux ailes" : Tây Ninh d’un côté et Đông Nai de l’autre. Les infrastructures correspondantes ne devraient plus être pensées selon une logique de cercles concentriques, mais articulées autour d’un axe central, complété par des ramifications structurantes vers l’ouest et le nord. Une telle organisation permettrait non seulement une meilleure diffusion de l’influence du centre, mais aussi un renforcement des interactions à l’échelle de l’ensemble régional.

Cette réflexion soulève également des questions concernant la future répartition des fonctions urbaines. Avec le vaste corridor septentrional reliant Bình Dương, Củ Chi, Bình Phước, Đồng Nai et Tây Ninh, est-il pertinent d’implanter les principaux parcs industriels de haute technologie à Thủ Đức ? Quelle est aujourd’hui la capacité foncière réelle de cette ville ? Comment Thủ Đức est-elle reliée au reste de la région et peut-elle réellement devenir un pôle majeur d’innovation dans ces conditions ? Autant d’interrogations qui découlent des réalités géographiques et infrastructurelles du territoire, et auxquelles un plan à 100 ans doit impérativement répondre.

Il s’agit d’une opportunité historique qu’il convient de saisir pleinement. Un bon plan n’est pas celui qui accumule les projets ou affiche les chiffres les plus spectaculaires, mais celui qui établit des fondations durables pour les générations futures, sans risquer de constituer un frein au développement dans 50 ou 100 ans.

Tân Dat/CVN

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