Hai Phong : les atouts d’un pôle logistique face au défi du transport fluvial

Porte d’entrée commerciale du Nord grâce à ses grands ports et son réseau fluvial, la ville de Hai Phong possède tous les atouts pour devenir un pôle logistique moderne. Cependant, pour que son économie maritime prenne son véritable envol, le transport fluvial doit encore trouver son juste cap.

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Un coin du port international de Lach Huyên, ville de Hai Phong (Nord).
Photo : VNA/CVN

Selon l’Autorité portuaire maritime de Hai Phong, le transport fluvial s’impose désormais comme un maillon essentiel de la chaîne logistique. En prenant en charge des volumes massifs de vrac - du charbon aux produits agricoles, en passant par les minerais et le ciment -, la voie navigable désengorge ainsi les axes stratégiques qui relient les zones industrielles aux grands ports maritimes.

Cependant, le transport fluvial de conteneurs reste encore modeste. Aujourd’hui, les voies navigables intérieures ne captent qu’environ 5,6% du volume total transitant par la zone portuaire de Hai Phong. Le gros des marchandises continue d’emprunter la route, ce qui maintient des coûts logistiques élevés et sature un réseau routier sous pression constante.

Selon la direction des autorités maritimes de Hai Phòng, le problème découle d’une combinaison de facteurs logistiques et structurels. En première ligne : le manque de tirant d’air sous les ponts, l’insuffisante profondeur des chenaux de navigation, les failles du balisage fluvial et des carences dans l’organisation des flux.

Le transport de conteneurs impose en effet de strictes contraintes techniques, notamment lors de l’empilement des cargaisons. Les transporteurs se retrouvent face à un dilemme économique majeur : charger peu de conteneurs garantit le passage sous les ponts bas, mais ruine la rentabilité ; maximiser le chargement optimise les coûts, mais expose les navires à des blocages structurels.

Au-delà de ce casse-tête technique, d’autres variables clés dictent le choix final des entreprises : les délais de livraison, l’efficacité des connexions avec les entrepôts et les usines, ainsi que le coût global du transit.

Au-delà de l’argument financier, le transport fluvial offre aux entreprises un triple avantage : il réduit les risques d’embouteillages, sécurise les calendriers de livraison et soulage le réseau routier national. Un atout devenu stratégique alors que le trafic de conteneurs sature les autoroutes et axes majeurs du Nord du pays.

Pourtant, le potentiel de cette alternative reste largement sous-exploité. Comme le souligne Dô Van Tân, directeur adjoint de la Société par actions Tan Cang Water Transport, le manque d’investissements synchronisés dans les infrastructures freine son développement. Il a cité notamment la hauteur insuffisante de certains ponts : un tirant d’air trop faible qui paralyse la circulation des barges de conteneurs, en particulier lors des périodes de hautes eaux.

Pour propulser le transport de conteneurs par voie fluviale, une approche globale est indispensable, affirme le responsable qui préconise d’agir simultanément sur les infrastructures, le cadre réglementaire et la transition numérique.

Il s’agit de pérenniser les travaux d’entretien et de dragage sur les axes stratégiques afin d’assurer une exploitation stable des barges tout au long de l’année, de rehausser la hauteur libre des ponts limitants, en particulier sur les routes fluviales connectant le port de Hai Phong aux parcs industriels du Nord ; et d’aménager des postes à quai dédiés aux barges dans les terminaux de Hai Phong - et plus spécifiquement dans la zone de Lach Huyên.

Ces mesures concrètes permettront de réduire drastiquement l’attente des navires, d’optimiser le rendement opérationnel et d’élever les standards de qualité de service du secteur.

Sur le plan réglementaire, Dô Van Tân préconise le maintien d’incitations étatiques pour encourager les entreprises à se tourner vers le transport fluvial. Il suggère notamment d’envisager une exonération ou une réduction des frais d’infrastructure portuaire pour les conteneurs acheminés par voie d’eau.

Au port de Chùa Ve dans la ville de Hai Phong (Nord).
Photo : VNA/CVN

Le 28 juillet 2026, le Comité central du Parti du XIVe mandat a publié la résolution n°20-NQ/TW visant à transformer le Vietnam en une puissance maritime. Parmi les objectifs phares à l’horizon 2030, le texte prévoit de porter la part du transport maritime de la flotte nationale à environ 20% et de ramener les coûts logistiques à près de 12% du PIB.

Si ces ambitions sont cruciales pour l’économie, leur réalisation exigera de lever des défis majeurs en termes de mobilisation de ressources, de capacités de transport et d’incitations à l’investissement.

De l’avis de la direction de Hateco Hai Phong, pour optimiser son potentiel portuaire et étendre son espace de croissance, Hai Phòng doit miser sur le transport fluvial par barges.

Elle appelle la ville et ses provinces voisines à moderniser d’urgence les voies navigables, notamment en augmentant le tirant d’air des ponts. L’enjeu est triple : fluidifier le trafic de conteneurs, réduire les coûts logistiques et faire baisser les émissions de CO2 en désengorgeant le réseau routier.

Un cap précis est déjà fixé : la région ambitionne de transférer progressivement le fret routier vers les barges, avec des objectifs de croissance du transport fluvial de 8% en 2027, 10% en 2028, 15% en 2029 et 20% d’ici 2030.

VNA/CVN

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