Hà Thi Vinh, gardienne du feu de la céramique de Bát Tràng

De la cour d’une maison modeste aux marchés étrangers, l’artisane Hà Thi Vinh a vécu une aventure hors du commun, donnant à la céramique de Bát Tràng une renommée mondiale et insufflant à ce village une nouvelle vitalité.

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Hà Thi Vinh dans son atelier. 
Photo : VNA/CVN


Un après-midi d’automne à Bát Tràng, en banlieue de Hanoï, le soleil filtre doucement à travers les ruelles étroites du village millénaire. Dans son bureau à la simplicité intacte, la cheffe d’entreprise Hà Thi Vinh, cheveux grisonnants et voix posée, se souvient d’un parcours forgé dans la résilience.

En 1972, après avoir obtenu le bac, elle a commencé à travailler avec ardeur à l’entreprise de céramique du village. Mais un accident grave de son mari a tout bouleversé. Avec trois enfants en bas âge à charge, elle a choisi de quitter l’entreprise publique pour fonder avec quelques voisines un petit collectif artisanal. Leur première “salle de réunion” n’était autre qu’un vieux tapis déployé dans un coin de cour. C’est là qu’allait germer l’embryon de la future société Quang Vinh.

Portée par une détermination rare, Hà Thi Vinh a sillonné foires et expositions à la recherche de débouchés. Sa ténacité a fini par être récompensée avec un premier contrat d’une valeur totale de 30.000 dollars signé avec un acheteur italien. Mais rapidement, l’enthousiasme a laissé place aux désillusions : la fumée noire des fours à charbon de Bát Tràng ne répondait pas aux normes internationales. Elle a alors compris que sans innovation, l’artisanat du village resterait prisonnier de la pauvreté.

Transmettre l’héritage de Bát Tràng

La crise asiatique de 1997 a mis encore davantage à l’épreuve sa vision. Alors que nombre d’ateliers menaçaient de disparaître, elle a pris une décision audacieuse : acheter les stocks invendus, suspendre la production et protéger les artisans des pratiques abusives des intermédiaires. Un pari risqué qui a sauvé l’ensemble du village et restauré la confiance des potiers.

Consciente que seule la modernisation pouvait offrir un avenir durable, Hà Thi Vinh a franchi une étape décisive : l’adoption des fours à gaz. Soutenue par des partenaires taïwanais, elle a inauguré une ère nouvelle. En quelques mois, la fumée dense qui recouvrait autrefois le ciel de Bát Tràng a disparu, remplacée par une production plus propre et plus qualitative.

Le Centre de la quintessence du village artisanal vietnamien attire de nombreux visiteurs, venus découvrir l’histoire et l’âme de la céramique. 
Photo : CTV/CVN

Grâce à ces innovations, les produits de Quang Vinh s’exportent désormais vers plus de vingt marchés exigeants, des États-Unis au Japon en passant par l’Europe. Chacun de ses voyages à l’étranger lui a apporté un savoir-faire nouveau, transformé en opportunités pour son village. Mais l’innovation technologique n’efface pas l’attachement profond aux racines. Pour Hà Thi Vinh, chaque pièce façonnée est bien plus qu’un objet commercial : c’est une œuvre porteuse de mémoire et d’identité.

Cette conviction l’a conduite à créer le Centre de la quintessence du village artisanal vietnamien, un lieu où se mêlent histoire et création. Conçu comme un voyage dans le temps, l’espace met en scène les lignées de potiers, les fours ancestraux et les récits transmis de génération en génération.

Chaque mois, des dizaines de milliers de visiteurs - écoliers vietnamiens, touristes internationaux, amateurs d’art - viennent y découvrir les gestes précis des artisans, la transformation de l’argile brute en vases élégants ou en bols aux émaux translucides. Loin d’un simple musée, ce centre est devenu le cœur battant d’un village en pleine renaissance.

Hà Thi Vinh nourrit aujourd’hui une nouvelle ambition : faire de tout Bát Tràng un “musée à ciel ouvert”, où chaque ruelle, chaque mur portera la mémoire d’un métier pluriséculaire.

Au-delà de son parcours entrepreneurial, la directrice de Quang Vinh a également su insuffler une dimension humaine rare à son entreprise. Plus de 90% de ses employés sont des femmes. Elle a mis en place un Fonds de solidarité pour les familles en difficulté, des bourses pour la scolarité des enfants et des colonies de vacances associant détente et apprentissage du métier. “Chaque ouvrier est une étincelle du feu sacré du métier. Si le cœur est respecté, la flamme vivra longtemps”, aime-t-elle rappeler.

Aujourd’hui, Bát Tràng n’est plus le village grisâtre étouffé par la fumée de charbon. C’est une cité où s’allient modernité et tradition, où les potiers innovent tout en perpétuant l’âme de leurs ancêtres. Discrète mais tenace, Hà Thi Vinh a su allumer, protéger et transmettre un feu qui éclaire désormais bien au-delà des frontières vietnamiennes. “Je souhaite que Bát Tràng reste à jamais une fierté, pour que chaque habitant puisse dire au monde : je viens de ce village”, confie-t-elle avec un sourire empreint de sérénité.

Linh Nguyên - Dan Thanh/CVN

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