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La Résolution n° 80-NQ/TW du Bureau politique relative au développement de la culture vietnamienne fixe des objectifs ambitieux, pose des défis majeurs et trace avec clarté la trajectoire à suivre dans cette nouvelle phase.
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Fin février 2026, le gouvernement a adopté la Résolution n°30-NQ/CP promulguant le programme d’action pour la mise en œuvre de la Résolution n°80-NQ/TW du 7 janvier 2026 du Bureau politique sur le développement de la culture vietnamienne.
Ce programme s’articule autour de huit groupes de missions : renouveler en profondeur les modes de pensée et assurer une cohérence forte dans l’action ; perfectionner le cadre institutionnel afin de créer des percées stratégiques et de libérer les ressources pour le développement culturel ; promouvoir le développement intégral de la personne vietnamienne et d’un environnement culturel civilisé ; moderniser la gouvernance culturelle en intégrant science, technologie, innovation et transformation numérique ; bâtir un écosystème culturel propice à la créativité ; développer les industries culturelles et le marché culturel en positionnant les produits culturels comme des marques nationales associées au tourisme ; mobiliser efficacement les ressources et améliorer la qualité des ressources humaines culturelles ; enfin, renforcer une intégration culturelle proactive à l’international.
Trois piliers : contenu - art - technologie
À ce jour, des sites tels que le complexe de la prison de Hoa Lo, qui séduit à la fois les jeunes Vietnamiens et les visiteurs étrangers, le Centre du Temple de la Littérature - Quốc Tử Giám, le Centre des Archives nationales n°1 et le Centre des Archives nationales n°2 proposent des expositions immersives et attractives, combinant de manière harmonieuse objets patrimoniaux, technologies numériques et narration.
En particulier, le Musée de Hanoï a connu une transformation remarquable en s’inscrivant résolument dans la dynamique des industries culturelles, avec l’ouverture d’expositions permanentes sur l’ensemble de ses quatre étages. Ce dispositif constitue une illustration éloquente de la manière dont les industries culturelles peuvent être déployées dans un domaine aussi spécialisé que la muséologie.
Les spécialistes considèrent également le Musée d’ethnologie du Vietnam comme un pionnier d’une approche muséale renouvelée, où les objets culturels séduisent par leur valeur intrinsèque. Le professeur associé-docteur Nguyên Van Huy, ancien directeur du musée, a largement contribué à cette évolution. Selon lui, le développement des industries culturelles vietnamiennes doit, avant tout, s’ancrer dans la valorisation de la culture nationale et contribuer à diffuser les valeurs ainsi que la richesse de la culture vietnamienne.
Dans cette perspective, l’élément central réside dans le contenu, c’est-à-dire l’histoire que le produit culturel entend transmettre au public. À une échelle plus large, il s’agit du message que les industries culturelles vietnamiennes doivent porter. Chaque secteur pourra décliner des contenus spécifiques adaptés à ses produits, tout en participant à l’enrichissement de ce récit commun.
De ce contenu découle l’art, autrement dit la manière de raconter et de transmettre ce message. Chaque industrie culturelle mobilise ses propres outils et langages, mais la force émotionnelle et la profondeur du message reposent en grande partie sur cette dimension.
Enfin, à l’ère de la transformation numérique et de l’économie digitale, la technologie joue un rôle déterminant tant dans le contenu que dans l’expression artistique. Elle élargit considérablement les possibilités de concrétisation des idées, enrichit la narration et soutient efficacement la promotion des produits culturels sur les marchés national et international.
"La mise en œuvre des industries culturelles exige une articulation harmonieuse entre contenu et technologie afin de raconter des histoires capables de toucher profondément le public", souligne Nguyễn Văn Huy. Selon lui, cette dimension est souvent indispensable. Ainsi, pour le projet de restauration du palais Kính Thiên, en l’absence de données historiques complètes, Hanoï pourrait recourir à des technologies de simulation permettant aux visiteurs de visualiser l’architecture, les espaces intérieurs, leurs fonctions ainsi que les événements qui s’y sont déroulés, en les comparant à des structures analogues dans le monde. Le site serait ainsi préservé dans son intégrité tout en offrant une expérience narrative riche et immersive.
Leçons internationales et développement fondé sur les valeurs
Abordant cette question, la professeure associée-docteure Nguyễn Thị Thu Phương, directrice de l’Institut de la culture, des arts, du sport et du tourisme du Vietnam, cite l’exemple du Japon, où les industries culturelles se développent en s’appuyant sur la préservation des valeurs originelles et la valorisation de l’excellence nationale. Le système des « Trésors nationaux vivants » en constitue une illustration emblématique : l’État ne se limite pas à la préservation, mais crée également les conditions permettant aux valeurs traditionnelles d’être recréées et intégrées au marché moderne, du spectacle au tourisme en passant par les produits haut de gamme.
L’enjeu ne réside pas dans une simple commercialisation de la culture, mais dans la préservation, la promotion et l’enrichissement des valeurs culturelles afin qu’elles puissent se diffuser et structurer durablement le marché.
"Des œuvres cinématographiques récentes comme “Quốc bảo” ne se contentent pas d’exploiter des éléments historiques ou des objets, mais transforment les valeurs culturelles et historiques en produits créatifs accessibles à un large public, générant un impact social et renouvelant la narration du patrimoine. Cela démontre qu’avec des mécanismes appropriés, les industries culturelles peuvent devenir un véritable pont entre préservation et développement", analyse-t-elle.
S’agissant des préoccupations liées à une éventuelle dérive vers une commercialisation excessive, elle estime que la dimension marchande est inhérente au développement des industries culturelles. La question n’est pas de savoir s’il faut commercialiser ou non, mais de déterminer comment encadrer et orienter ce processus.
Elle souligne la nécessité de distinguer clairement le développement des industries culturelles - qui consiste à transformer les ressources culturelles en produits et en valeurs grâce à la créativité, à la technologie et au marché - de la commercialisation pure, guidée par le profit à court terme et susceptible d’appauvrir les valeurs et d’uniformiser les identités. Ainsi, ce développement doit reposer sur des principes fondamentaux : faire de la créativité le moteur, de l’identité le cœur, de la technologie le levier, du marché le canal de diffusion et des institutions le cadre d’orientation.
« L’expérience internationale montre que la République de Corée réussit grâce à un écosystème complet d’exportation de contenus ; que la Chine s’appuie sur la taille de son marché, la technologie et l’intégration intersectorielle ; et que le Japon élève les standards de valeur pour orienter le marché. Leur point commun réside dans le fait que la commercialisation n’est pas exclue, mais encadrée et orientée par les institutions et les valeurs.
Dès lors, la question n’est pas de savoir si le développement des industries culturelles conduit à la commercialisation, mais comment orienter ce processus sur la base des valeurs culturelles, en assurant un équilibre entre objectifs économiques et socio-culturels.
Pour le Vietnam, si un écosystème est conçu de manière à faire fonctionner de concert institutions, marché et créativité selon une approche fondée sur les valeurs, plus la valeur culturelle sera élevée, plus elle sera à même de générer une valeur économique durable. Dans cette perspective, la croissance des industries culturelles ne s’opposera pas à la préservation, mais deviendra un mécanisme de conservation, de recréation et de diffusion de la culture dans la vie contemporaine, affirme Nguyên Thi Thu Phuong.
VNA/CVN



