La résolution 80 et l’émergence d’un nouveau paradigme des industries culturelles au Vietnam

Les industries culturelles sont de plus en plus reconnues comme un levier majeur de croissance économique. Elles constituent également un vecteur de diffusion de l’identité nationale et de renforcement du "soft power", contribuant à la construction et à l’élargissement des "passerelles" de la diplomatie culturelle.

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Danse traditionnelle de l'ethnie H'mong lors de la Journée de l’unité nationale au Village culturel et touristique des ethnies du Vietnam. 
Photo : VNA/CVN

La résolution n°80-NQ/TW du Bureau politique relative au développement de la culture vietnamienne fixe des objectifs ambitieux et met en évidence des défis importants, tout en traçant clairement les orientations de développement pour la nouvelle phase.

La réalité montre que les industries culturelles vietnamiennes ont enregistré des avancées notables. Selon les statistiques, elles représentaient 2,68% du PIB national en 2015, 3,42% en 2019 et, sur la période 2018–2022, plus de 4%.

Pour représenter 7% du PIB en 2030 et 9% en 2045, conformément à la résolution n°80-NQ/TW, ces industries devront opérer des transformations majeures de leur modèle de développement.

Selon plusieurs experts, une percée institutionnelle constituera la clé décisive dans ce domaine, la résolution 80 en fournissant le socle. Les objectifs fixés ne sont ainsi pas seulement indicatifs, mais reposent sur des bases permettant leur concrétisation, à condition de suivre la bonne orientation.

Un nouveau cadre de pensée

Forte de nombreuses années de recherche sur les institutions des industries culturelles au Vietnam, la professeure associée et docteure Nguyên Thi Thu Phuong, directrice de l’Institut d’études sur la culture, les arts, le sport et le tourisme du Vietnam, estime que la résolution 80 constitue un tournant majeur pour le développement de ces secteurs.

Selon elle, la principale nouveauté réside dans le fait que, pour la première fois, la culture n’est pas seulement considérée comme un fondement spirituel, mais aussi définie comme un "pilier" et un "régulateur" d’un développement rapide et durable.

Il s’agit d’un changement profond de perspective : la culture n’est plus perçue uniquement comme un domaine de préservation, d’éducation et de consolidation des valeurs, mais aussi comme une ressource endogène, un moteur de croissance, un levier de soft power et un facteur de compétitivité nationale.

"Ce tournant est particulièrement important, car il consacre, sur les plans politique et stratégique, une nouvelle approche : le développement des industries culturelles ne relève plus du seul secteur culturel, mais devient une composante de la stratégie nationale de développement à l’ère numérique, en lien avec l’innovation, l’économie de marché moderne, l’intégration internationale et le renouvellement du modèle de croissance. Autrement dit, la résolution 80 établit un nouveau cadre de pensée dans lequel la culture est placée au cœur du développement", analyse-t-elle.

Selon l’experte, ce nouveau cadre de pensée s’accompagne également d’une évolution du cadre institutionnel. La percée majeure réside dans le passage d’une logique de "gestion de la culture" à celle de "création d’un écosystème culturel et créatif". Autrement dit, l’État ne se limite plus à la gestion, à la délivrance d’autorisations ou à la conservation, mais doit créer un marché, développer des infrastructures immatérielles, améliorer la qualité des ressources humaines, perfectionner les mécanismes d’investissement, protéger les droits de propriété intellectuelle et renforcer les liens intersectoriels et interrégionaux afin de permettre aux acteurs créatifs de se développer.

Avec une telle transformation, les industries culturelles peuvent évoluer d’un état fragmenté vers un véritable écosystème, d’activités isolées vers des chaînes de valeur, et d’une logique d’"organisation d’événements" vers une logique de "développement sectoriel".

"Auparavant, le principal obstacle tenait au fait que, malgré l’accent mis sur le développement culturel, le cadre institutionnel ne considérait pas pleinement la culture comme un secteur de production spécifique, capable de générer de la valeur ajoutée, des actifs intellectuels, une marque nationale et des retombées pour le tourisme, le commerce et les technologies numériques. La résolution 80 ouvre un cadre politique plus cohérent pour lever ces obstacles fondamentaux, en mettant en avant les liens entre développement culturel, marché, intégration internationale, science et technologie, innovation et transformation numérique", ajoute-t-elle.

Un contexte favorable : "ciel, terre et homme en harmonie"

"Ky uc Hôi An" - un spectacle artistique immersif haut en couleurs, présenté sur une scène en plein air de 25.000 m², mobilisant près de 500 artistes et combinant de multiples formes d’expression artistique. 
Photo : VNA/CVN

D’un autre point de vue, la professeure associée et docteure Nguyên Thi Ngoc, de l’Institut d’études européennes et américaines relevant de l’Académie des sciences sociales du Vietnam, estime que le Vietnam se trouve dans une période particulièrement propice au développement des industries culturelles.

Premièrement, le pays bénéficie d’une structure démographique favorable, tandis que la consommation culturelle continue de progresser. À titre d’exemple, sur le marché du cinéma, les recettes ont atteint en 2025 un niveau record de près de 5.600 milliards de dôngs, avec 70 millions de billets vendus, dépassant nettement plusieurs pays de la région comme la Thaïlande (36,7 millions) ou la Malaisie (34,9 millions). Sur la période 2023-2025, la croissance annuelle des recettes du box-office vietnamien a dépassé 20%, et le pays vise désormais à figurer dans le top 10 des marchés cinématographiques du monde.

Deuxièmement, le Vietnam met activement en œuvre la transformation numérique, dont plusieurs secteurs des industries culturelles - tourisme culturel, cinéma, arts de la scène, beaux-arts, photographie et expositions - tirent déjà des bénéfices. À l’avenir, cette dynamique redéfinira les besoins et les habitudes de consommation culturelle, obligeant ces industries à s’adapter pour ne pas perdre leur position sur le marché national.

Troisièmement, l’adoption de la résolution 80 traduit une forte volonté politique de développer la culture vietnamienne en général et de promouvoir les industries culturelles en particulier. Par ailleurs, conformément à la résolution 57 du Bureau politique, la science, la technologie, l’innovation et la transformation numérique sont identifiées comme l’un des nouveaux moteurs du développement culturel, constituant un levier essentiel pour dynamiser ce marché.

La professeure associée et docteure Nguyên Thi Thu Phuong ajoute que, dans les temps à venir, si des mécanismes appropriés sont mis en place, la science, la technologie et l’innovation pourraient impulser une nouvelle dynamique selon trois axes : élargir les marchés et réduire les coûts d’accès au public ; accroître la valeur ajoutée des ressources culturelles ; et articuler conservation et développement grâce à la transformation numérique, afin que le patrimoine soit non seulement préservé, mais aussi transformé en expériences, contenus, services et marques. Cela constitue une base pour un développement à la fois extensif et intensif des industries culturelles.

Propositions pour un cadre institutionnel des industries culturelles

Le pays ambitionne de faire de la culture un pilier de l’économie nationale. 
Photos : VNA/CVN

Un cadre institutionnel solide, où lois, décrets et réglementations s’articulent pour former un écosystème favorable, constitue une priorité à concrétiser rapidement. S’appuyant sur les expériences européennes ainsi que sur celles de certains pays asiatiques comme la Chine et la République de Corée, la professeure associée et docteure Nguyên Thi Ngoc propose cinq piliers pour structurer ce cadre.

Premièrement, élaborer une stratégie globale garantissant la cohérence entre les secteurs, tout en prévoyant des politiques spécifiques à chacun. Il s’agit également d’harmoniser les législations relatives à l’investissement, à la propriété intellectuelle et à l’investissement public avec le droit culturel, en plaçant notamment la question des droits d’auteur numériques au cœur des réformes.

Deuxièmement, mettre en place des institutions intermédiaires pour soutenir le développement des secteurs, l’État jouant un rôle de catalyseur plutôt que de substitut au marché, à l’image du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) en France.

Troisièmement, créer un écosystème financier adapté, avec des politiques fiscales, de crédit et foncières appropriées, ainsi que des mécanismes encourageant les partenariats public-privé.

Quatrièmement, institutionnaliser des espaces créatifs ancrés dans les territoires, afin de favoriser les interactions entre les industries créatives.

Enfin, identifier des secteurs prioritaires capables de porter une marque nationale, tels que la mode, le cinéma ou la musique en Europe, ou encore les contenus numériques en République de Corée et en Chine.

D’ici 2027, il est nécessaire de lever les obstacles et de parachever le cadre institutionnel, puis de concentrer les ressources sur les institutions intermédiaires et l’écosystème financier, y compris des plateformes d’échange de produits culturels, afin d’atteindre l’objectif d’occuper une part de 7% du PIB en 2030.

À l’horizon 2045, l’objectif de 9% du PIB ne vise pas seulement une hausse quantitative, mais aussi une amélioration qualitative, avec l’émergence d’entreprises et de groupes culturels compétitifs à l’international, capables de construire une marque nationale et de s’intégrer profondément aux chaînes de valeur mondiales. À ce stade, les industries culturelles ne contribueront pas seulement à l’économie, mais deviendront également un pilier du soft power et de la compétitivité globale du Vietnam.

VNA/CVN

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