De l’exportation de masse à la maîtrise des chaînes de valeur agricoles et forestières

Le Vietnam s’est imposé comme un fournisseur majeur de produits agricoles et forestiers sur le marché mondial. Toutefois, une grande partie de la valeur ajoutée, ainsi que la maîtrise des technologies, des marques, des normes et des décisions stratégiques, échappe encore aux acteurs nationaux. Le secteur agricole vietnamien doit désormais dépasser son avantage en matière de production pour prendre progressivement le contrôle de l’ensemble de la chaîne de valeur.

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Des filières telles que le bois, le café, le caoutchouc, le poivre et le riz occupent aujourd’hui une place importante sur les marchés internationaux. Grâce à un vaste réseau d’accords de libre-échange et à l’amélioration de ses capacités de production, le Vietnam est devenu un fournisseur essentiel pour de nombreux marchés.

Récolte de café dans la province de Diên  Biên (Nord). 
Photo ; VNA/CVN

Le pays participe également à plusieurs organisations et mécanismes internationaux et régionaux liés aux secteurs agricole et forestier, notamment l’Organisation internationale du café (ICO), l’Organisation internationale des bois tropicaux (OIBT), l’Association des pays producteurs de caoutchouc naturel (ANRPC) et différents cadres de coopération de l’ASEAN.

Malgré ces atouts, une grande partie de la valeur ajoutée échappe encore aux acteurs nationaux, qui restent également dépendants de technologies, de marques, de normes et de données largement contrôlées par des acteurs extérieurs. La filière du bois illustre clairement cette situation. En 2025, les exportations de bois et de produits dérivés ont généré environ 17,2 milliards de dollars, plaçant le Vietnam parmi les cinq premiers exportateurs mondiaux.

Cependant, selon Nguyên Quôc Khanh, président de l’Association du bois et des produits forestiers du Vietnam (VIFOREST), la filière reste essentiellement positionnée en aval de la chaîne de valeur. Le pays demeure un centre de production en sous-traitance, tandis que ses capacités en matière de conception originale et de développement de marques propres restent limitées.

Un constat similaire s’applique au café. Bien que le Vietnam soit un acteur majeur du café robusta, Thai Nhu Hiêp, vice-président de l’Association du café et du cacao du Vietnam (VICOFA), estime que les volumes produits ne suffisent pas à eux seuls à peser sur le marché. Pour mieux valoriser la qualité dans les négociations commerciales, la filière doit mettre en place des normes harmonisées couvrant l’ensemble du processus, des intrants à la traçabilité, en passant par les pratiques de production durable. Les engagements liés à l’Accord de libre-échange entre le Vietnam et l’Union européenne (EVFTA), ainsi que les exigences du règlement européen contre la déforestation (EUDR), doivent être considérés comme des leviers de renforcement des capacités plutôt que comme de simples obstacles à surmonter.

Dans le secteur du caoutchouc, le Vietnam figure parmi les principaux producteurs et exportateurs mondiaux, mais ses ventes restent largement concentrées sur le latex brut. Nguyên Viêt Tuong, ancien vice-président de l’Association du caoutchouc du Vietnam, préconise de passer de l’exportation de matières premières à celle de produits à plus forte valeur ajoutée, grâce aux technologies et au respect des normes. Cette évolution nécessite la mise en place d’un écosystème associant entreprises, producteurs, instituts de recherche et institutions financières, dans lequel les grands groupes joueraient un rôle moteur en matière d’innovation.

Dans les filières du bois, du café et du caoutchouc, l’importance des volumes produits a permis au Vietnam de s’intégrer profondément au marché mondial. Mais les volumes ne suffisent pas à déterminer la position d’un pays dans les chaînes de valeur. Celle-ci dépend également de sa capacité à maîtriser les technologies, la conception, les marques, les normes et les données, ainsi qu’à mieux connaître les marchés.

Nguyên Quôc Khanh souligne ainsi la nécessité, pour la filière du bois, d’adopter une vision à cinq ou dix ans, d’accroître la part des activités de conception, de développer les marques propres et de recourir davantage à l’intelligence artificielle et aux technologies de production modernes. Il préconise également de renforcer les liens avec les entreprises à capitaux étrangers et les partenaires régionaux.

Plus largement, la diversification des produits agricoles offre au Vietnam la possibilité de réduire sa dépendance à l’égard de certains produits ou marchés. Lê Anh Dung, directeur général de la société générale Vegetexco Vietnam, spécialisée dans les fruits, les légumes et les produits agricoles, souligne le potentiel important de ces produits, notamment sous leur forme transformée. Pour les entreprises vietnamiennes, l’enjeu est désormais de s’imposer sur les marchés internationaux non seulement par les volumes et les coûts, mais aussi par l’innovation, la conception, le respect des normes et le développement de marques propres.-

VNA/CVN

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