Après 20 ans, les Bru-Vân Kiêu de Doòng récoltent enfin leur propre riz

Après près de deux décennies de dépendance à l’aide alimentaire venue de l’extérieur, les habitants du hameau de Doòng, dans la province de Quang Tri (Centre), ont vécu avec une émotion particulière leur première véritable récolte de riz depuis près de 20 ans.

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Hameau de Doòng.
Photo : VNA/CVN

Pour la communauté Bru-Vân Kiêu, ces épis dorés ne représentent pas seulement une récolte abondante : ils ouvrent la voie à une plus grande autonomie alimentaire.

Ces jours-ci, la rizière inondée du hameau de Doòng, dans la commune de Thuong Trach, province de Quang Tri, résonne de conversations et de rires. Les uns coupent les tiges, tandis que les autres rassemblent les gerbes de riz mûr. Dans ce hameau habituellement paisible, niché au cœur des montagnes, l’heure de la récolte apporte une animation inhabituelle.

Les épis lourds de grains sont recueillis avec soin par les habitants. Après près de deux décennies, ceux-ci renouent enfin avec une véritable saison des moissons sur leur propre terre.

Tout en coupant les tiges chargées d’épis dorés, Nguyên Van Chiêu ne cachait pas sa joie. "Avant, pour avoir du riz à manger, nous dépendions des convois d’aide qui venaient de l’extérieur. La route était longue et il fallait marcher pendant des heures, ce qui rendait les choses très difficiles. Aujourd’hui, nous pouvons cultiver notre propre riz et, le jour de la récolte, tout le monde est vraiment heureux", raconte-t-il.

Les habitants du village de Doòng étaient submergés de joie en récoltant eux-mêmes les tiges de riz dorées et mûres.
Photo : VNN/CVN

Même enthousiasme chez Nguyên Van Choc, qui rappelle que la riziculture avait été interrompue pendant de nombreuses années en raison des difficultés d’approvisionnement en eau.

"Cela fait près de 20 ans que nous n’avions plus vu un champ de riz comme celui-ci. Voir tout le monde récolter ensemble nous rend très heureux. Si nous disposons d’eau et bénéficions d’un accompagnement technique, nous voulons continuer à cultiver du riz pour pouvoir manger ce que nous avons nous-mêmes produit", confie-t-il.

Renouer avec la riziculture

Le hameau de Doòng compte aujourd’hui 12 foyers et 56 habitants. Il est situé au cœur du parc national de Phong Nha-Ke Bàng. Pendant longtemps, les variations du niveau des eaux et la dégradation du système d’irrigation avaient totalement interrompu la riziculture.

Durant près de 20 ans, l’approvisionnement alimentaire des habitants a donc reposé en grande partie sur les denrées acheminées depuis l’extérieur. Pour transporter un sac de riz jusqu’au hameau, il fallait parcourir à pied plus de deux heures à travers la forêt et les cours d’eau, le sac porté sur le dos.

Dans un contexte où les déplacements restent difficiles, parvenir à assurer une partie de l’alimentation directement sur place constitue depuis longtemps une aspiration majeure des autorités locales comme des habitants.

En 2025, grâce aux financements du Programme national cible de développement socio-économique des régions montagneuses et peuplées de minorités ethniques pour la période 2021-2025, les rizières du hameau ont été réhabilitées et plusieurs équipements agricoles ont été mis à la disposition de la population.

Pour préparer cette campagne rizicole, le Comité populaire de la commune de Thuong Trach a fourni 200 kg de semences et des engrais, permettant de lancer la production sur près de deux hectares.

Une rizière dans le hameau de Doòng.
Photo : CTV/CVN

Au-delà de cette aide matérielle, les responsables locaux se sont rendus à plusieurs reprises directement dans les champs. Des agents techniques ont également été mobilisés pour rester au contact des habitants et les accompagner à chaque étape de la production : semis, repiquage, entretien des cultures, ainsi que lutte contre les ravageurs et les maladies.

L’un des principaux défis restait toutefois l’accès à l’eau. le hameau de Doòng n’étant pas encore raccordé au réseau électrique national, les autorités locales ont investi dans un système de pompage alimenté par l’énergie solaire, permettant de sécuriser l’approvisionnement en eau nécessaire à la production.

Grâce à des conditions météorologiques favorables, au respect du calendrier des semis, à l’application des techniques culturales recommandées et à une lutte préventive contre les ravageurs, les plants de riz se sont bien développés. Le rendement est estimé à plus de 5,5 tonnes à l’hectare.

À l’approche de fortes pluies annoncées, la commune de Thuong Trach a mobilisé des moyens supplémentaires et coordonné ses efforts avec les habitants pour accélérer la récolte, conformément au principe selon lequel "mieux vaut récolter un peu plus tôt que risquer de perdre sur pied".

Des grains de riz qui nourrissent l’espoir

Après avoir longtemps attendu les sacs de riz acheminés à travers la forêt, les habitants de Doòng peuvent désormais produire eux-mêmes une partie de leur nourriture. Pour la communauté, ces journées passées dans les rizières revêtent donc une signification toute particulière.

La saison des récoltes n'apporte pas seulement des sacs remplis de céréales, elle ouvre aussi la voie à l'autosuffisance alimentaire.
Photo : CTV/CVN

Un modèle similaire de riziculture avait auparavant été mis en place dans le hameau de Cham Pu. De 2006 à 2022, ses rizières ont permis deux récoltes par an, avec des rendements généralement compris entre 3,5 et 4 tonnes à l’hectare.

L’intérêt de ces initiatives ne réside pas seulement dans l’augmentation des ressources alimentaires. Plus fondamentalement, elles contribuent à transformer les modes de production et à permettre aux populations issues des minorités ethniques de mieux valoriser leurs propres capacités, de gagner en autonomie et de prendre davantage en main leur quotidien.

Selon Hô Ngoc Thanh, président du Comité populaire de la commune de Thuong Trach, la récolte de Doòng revêt une importance particulière en permettant aux habitants de progresser vers une plus grande autonomie alimentaire.

"Les habitants sont très heureux de produire eux-mêmes du riz sur leur propre terre. Forts des résultats obtenus à Cham Pu et à Doòng, nous allons continuer à identifier d’autres hameaux présentant des conditions favorables, notamment Co Do et Ban, afin d’étendre ce modèle, d’accompagner les habitants sur le plan technique et de soutenir la production. L’objectif est de leur permettre d’assurer davantage leur alimentation, de réduire progressivement leur dépendance à l’aide extérieure et de créer des moyens de subsistance durables", explique-t-il.

D’une superficie de plus de 1.095 km², Thuong Trach compte 13 hameaux et près de 3.800 habitants, dont plus de 95% appartiennent à des minorités ethniques. Fin 2025, la commune comptait encore 569 foyers pauvres, soit 64,73% des ménages.

L’enclavement géographique, les difficultés de transport et le caractère encore largement familial et dispersé de la production constituent autant d’obstacles à la réduction de la pauvreté. Dans ce contexte, le retour de la riziculture ne permet pas seulement de renforcer l’autonomie alimentaire : il ouvre également de nouvelles perspectives de subsistance et contribue progressivement à faire évoluer les modes de production.

Sur les près de deux hectares de rizières de Doòng, les grains de riz dorés portent ainsi une promesse plus large : celle de voir se succéder les saisons de récolte et de permettre à la communauté Bru-Vân Kiêu de renforcer son autonomie alimentaire, de développer des moyens de subsistance durables et de poursuivre son chemin vers la réduction de la pauvreté.

Hai Sâm - Câm Sa/CVN

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