Accords de Paris: éclairages de témoins et d’experts

Cinquante ans ont passé depuis la signature des Accords de paix de Paris le 27 janvier 1973 mais les leçons de l’expérience restent. Un témoin historique du Vietnam et deux étrangers partagent leurs mémoires.

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Pham Ngac, ancien directeur du Département de la coopération internationale du ministère vietnamien des Affaires étrangères. Photo : CTV/CVN

Une joute d’esprit intense

J’ai eu la chance d’être l’un des plus jeunes membres de la délégation de la République démocratique du Vietnam ayant pris part à la Conférence de Paris. J’ai été chargé de la traduction et de la prise de note des procès-verbaux lors des rencontres à huis clos et des séances publiques durant près de cinq ans de négociations.

Les pourparlers ont été une joute d’esprit intense entre deux parties. Refusant la proposition américaine de négocier dans la capitale d’un pays d’Asie du Sud-Est, nous avons choisi Paris, qui était non seulement loin mais aussi l’une des plus importantes capitales du monde. Nous l’avons choisie aussi parce que le président français de l’époque, Charles de Gaulle, avait condamné la politique des États-Unis au Vietnam. De plus, les mouvements communistes étaient fortement développés en France, il y avait là-bas beaucoup de Vietnamiens d’outre-mer et c’était là que l’Oncle Hô (Président Hô Chi Minh) avait commencé la lutte internationale.

Dans l’histoire du monde, aucun pays n’a jamais vaincu les États-Unis, mais le Vietnam l’a fait. Il a imposé le respect et a directement négocié avec eux. La partie américaine a également affirmé que “l’Oncle Hô avait ouvert la voie pour leur retrait”.

Après des combats acharnés sur le champ de bataille et des débats intensifs, les Accords de Paris sur la fin de la guerre et le rétablissement de la paix au Vietnam ont été signés. Ces documents historiques extrêmement importants ont ouvert la voie à la libération et à la réunification du pays.

L’Australien George Burchett, fils du journaliste Wilfred Burchett, l’un des amis internationaux du Président Hô Chi Minh et du peuple vietnamien, qui a fait connaître au monde la juste cause du Vietnam. Photo : NVCC/CVN

Une lutte longue, juste et héroïque

Je suis né dedans et j’ai grandi avec, à travers les histoires, les écrits, les photographies, les films… de mon père. La lutte du Vietnam pour l’indépendance, la liberté et la réunification était aussi celle de la famille Burchett.

Mon père a rencontré le Président Hô Chi Minh pour la première fois en mars 1954 dans une Zone de sécurité (ATK - An toàn khu en vietnamien) située dans une forêt de la province de Thái Nguyên (Nord), à la veille de la bataille de Diên Biên Phu. Il entrait à Hanoï avec des unités avancées de l’Armée populaire de libération du Vietnam en octobre de la même année et voyait ainsi tomber le drapeau tricolore français et s’élever le drapeau rouge vietnamien. Il a soutenu le Vietnam pour son indépendance, sa liberté et son unité de 1954 jusqu’à sa mort en septembre 1983.

Sous la direction du Parti communiste du Vietnam (PCV), le pays a déclaré son indépendance en 1945, vaincu le colonialisme français en Indochine à Diên Biên Phu (Nord), puis triomphé de l’impérialisme américain. Il était enfin libre et uni et les Accords de paix de Paris furent l’aboutissement de cette longue, juste et héroïque lutte.

Cinquante ans après la signature des Accords de Paris de 1973, le Vietnam est aujourd’hui un pays socialiste avec un taux d’alphabétisation élevé, un système de santé performant, une égalité sociale, et sans aucune division religieuse, ethnique ou politique. Il se développe rapidement, possède une culture riche, à la fois traditionnelle et moderne. C’est aujourd’hui une société stable qui a toutes les raisons d’avoir confiance en l’avenir.

En tant qu’artiste vivant à Hanoï, je suis honoré et fier de participer activement à la dynamique culturelle du Vietnam, en préservant la mémoire historique et en développant de nouvelles idées.

L’Américain Amiad Horowitz, membre du Parti communiste des États-Unis d’Amérique (Parti communiste USA ou CPUSA) et reporter du journal “People’s World”. Photo : NVCC/CVN

La judicieuse direction du PCV

J’ai 38 ans, je n’étais donc pas de ce monde à l’époque de la signature des Accords de paix de Paris. Cependant, je suis conscient du crime horrible que les États-Unis ont commis contre le Vietnam pendant leur guerre illégale. Leur soutien au cruel gouvernement fantoche de Saigon, leurs bombardements de civils, leur épandage d’agent orange/dioxine sur le Vietnam… L’invasion américaine au Vietnam est l’un des plus grands crimes de guerre du XXe siècle. Nous devons nous assurer que personne n’oublie la grande victoire du Vietnam contre les États-Unis.

La force du PCV a été un facteur clé dans le succès des Accords de paix de Paris. Les États-Unis ont essayé d’utiliser leur puissance militaire et économique pour écraser le peuple vietnamien. Cependant, sous la direction judicieuse du PCV, le Vietnam a réussi à vaincre l’armée américaine et à atteindre tous ses objectifs, conduisant à la réunification du pays. Le peuple vietnamien a pu rester fort pendant toutes ces années, pour lutter contre l’armée la plus puissante du monde. Le lien profond du Parti avec le peuple, son leadership dans l’éducation, la formation et le travail humanitaire ont tous été des facteurs clés de sa réussite.

Cette force est aussi ce qui a permis au PCV de négocier avec succès à la Conférence de paix de Paris. Le PCV ne pouvait pas être vaincu, ni sur le champ de bataille, ni lors des négociations de paix.

Phuong Nga/CVN

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