À la recherche des restes des soldats vietnamiens tombés au Laos

Au milieu des forêts et montagnes du Laos, des officiers vietnamiens retournent méticuleusement chaque centimètre de terre pour récupérer les restes des soldats volontaires et experts vietnamiens tombés au champ d’honneur. Une mission sacrée.

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Lors d’une recherche des restes de soldats volontaires et experts vietnamiens tombés au Laos.

À chaque saison sèche, cadres et soldats de l’Équipe de rapatriement des restes des Héros morts pour la Patrie du Commandement militaire de la province de Nghê An (Centre) franchissent la cordillère Truong Son (chaîne Annamitique ou Xai Phou Luang en lao) pour se rendre au Laos.

Vietnam - Laos, une amitié inébranlable

C’est là où des dizaines de milliers de Vietnamiens se tenaient autrefois côte à côte avec l’armée et le peuple laotiens pour œuvrer à la libération du "pays du million d’éléphants". Des générations se sont sacrifiées pour que perdure la relation spéciale entre le Vietnam et le Laos, une amitié inébranlable cultivée depuis longtemps.

Le sous-colonel Nguyên Trong Ngân, commissaire politique de l’Équipe de rapatriement des restes des Héros morts pour la Patrie, fait savoir qu’en plus des séances d’entraînement à l’unité, lui et ses frères d’armes vivent principalement dans la forêt.

"Pour retrouver les restes des soldats, volontaires et experts vietnamiens tombés au Laos, les informations des autorités et populations locales sont nos principales sources. Nous vivons et travaillons avec elles comme les membres d’une même famille et considérons le Laos comme notre deuxième Patrie. Nous partageons toute la nourriture que nous possédons, que ce soient du riz gluant, du poisson séché ou des légumes. Nous nous protégeons et nous entraidons également dans la vie quotidienne", informe-t-il.

Cet officier raconte qu’en novembre 2020, il apprit que deux octogénaires laotiens, en labourant une rizière, ont découvert un objet susceptible d’appartenir à un martyr. "Après avoir procédé à un échange de vues avec la direction de l’équipe, j’ai demandé aux autorités locales de me mettre en contact avec eux. Malgré leur âge, ils étaient très enthousiastes à nous accompagner pendant 80 km en voiture. Malheureusement, nous n’avons trouvé aucun ossement. Mais les deux Laotiens ont promis qu’ils continueraient les recherches avec nous", dit M. Ngân.

Comme d’autres confrères, le commandant Lê Van Duc a lui aussi beaucoup de souvenirs au Laos. Pendant la saison sèche 2020-2021, son équipe, qui était alors composée de cinq personnes, y était partie en mission dans un village du district de Muang Khoun, province de Xiangkhouang.

Après un mois de cohabitation avec les villageois pour glaner des informations sur le cimetière de la montagne Pha Daeng où, depuis une quinzaine d’années, des dizaines de recherches avaient été effectuées sans succès, son équipe a enfin trouvé et rapatrié des restes de soldats volontaires vietnamiens.

"Après examen, nous avons constaté qu’une seule pente escarpée n’avait pas été fouillée. Nous l’avons creusée le 24 janvier 2021, de 05h00 à 14h15, et y avons découvert une pièce en aluminium gravée du nom du camarade Luu Dac Huong de l’unité C13, originaire de la ville de Hai Phong (Nord), né en 1940 et mort le 31 décembre 1969. En raison du peu de personnel à ma disposition, j’ai demandé, par le biais du chef du village, l’aide de milices populaires et de villageois", se souvient M. Duc.

Course contre la montre

Le lendemain matin, au chant du coq, le commandant et ses coéquipiers se sont préparés à une journée de recherche. La détermination pouvait se lire sur le visage de chacun.

Cérémonie d’accueil et d’inhumation des restes de 95 soldats volontaires et experts vietnamiens tombés au Laos, le 7 mai 2021 au cimetière du district de Nghi Lôc, province de Nghê An (Centre)

"Une fois que nous étions prêts à partir, 30 miliciens locaux nous attendaient déjà dans la rue. Ce fut un moment très émouvant. Sur la montagne, nous avons tracé une ligne de 100 m de long et creusé ensemble. Les jours suivants, de nombreux jeunes et même des femmes étaient également venus nous prêter main-forte. Chacun apportait avec eux une ration de riz, une bouteille d’eau, une pioche et une pelle à la montagne. Il faisait chaud et sec, mais personne n’a reculé. Après quatre jours consécutifs, nous avons trouvé les restes de huit martyrs contenant des informations complètes sur leur identité", raconte-t-il.

Malgré la jungle dense, les pentes glissantes, les sacs à dos des officiers et soldats de l’Équipe de rapatriement des restes des Héros morts pour la Patrie contiennent des houes et des pelles. Ils doivent prendre des portions de riz salé et sec cuit à la va-vite au bord du ruisseau et leur sommeil est agité au milieu de forêts guère accueillantes. Que ce soit sous un soleil brûlant ou une pluie torrentielle, ils continuent coûte que coûte de se rendre sur les anciens champs de bataille avec l’espoir de trouver et de rapatrier toujours plus de martyrs.

Cette mission sacrée est une course contre la montre, car plus le temps passe, plus l’acidité des sols qui ronge les os abîme les restes, et la recherche devient d’année en année plus difficile.

Parlant des marches en pleine jungle, le commandant Lê Ðình Thích souligne que presque les tombes à proximité ont été toutes fouillées, il ne reste plus que de cas complexes, situés dans des reliefs escarpés.

Un jour de novembre 2019, son groupe est parti à 05h00 d’un poste de garde-frontière au Laos pour arriver à 10h30 à la rivière Nam Nern. Il faut ensuite la traverser pour atteindre la zone d’intervention où des corps restaient introuvables.

Après une délibération rapide, c’est le commandant Nguyên Quang Trung, le meilleur nageur du groupe, qui fut choisi pour être le pionnier. La rivière était profonde, l’eau coulait violement et rapidement, chaque pierre pouvait lui être fatale. Grâce à son mental d’acier, M. Trung traversa la rivière sans encombre. Il attacha ensuite une corde à la base d’un arbre pour que les autres soldats, sac au dos, puissent rejoindre le rivage opposé. Puis, il leur faille encore environ deux heures de marche pour arriver enfin sur place.

"Après deux jours de travail acharné, nous avons retrouvé les restes de soldats vers midi. Notre fatigue a alors disparu", se rappelle-t-il. En 38 ans depuis sa fondation, l’Équipe de rapatriement des restes des Héros morts pour la Patrie du Commandement militaire de la province de Nghê An a retrouvé les restes de plus de 12.300 soldats volontaires et experts vietnamiens tombés au Laos.

Canh Huê - Huong Linh/CVN