Légende des Mères Héroïnes

La Mère Héroïne vietnamienne est un titre conféré ou décerné à titre posthume par l’État aux femmes vietnamiennes ayant grandement œuvré pour la libération et la défense de la Patrie. Elles méritent la reconnaissance du pays pour leur esprit de sacrifice et leur sens du devoir.

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La Mère Héroïne Pham Thi Nghê et la radio souvenir de son fils aîné et de son mari.

Nombreuses sont celles qui ont vécu la douleur de la mort de leur mari, d’un ou de plusieurs de leurs fils à cause de la guerre. Parmi elles, Pham Thi Nghê, née en 1927, domiciliée dans le quartier de Thuân Phuoc, arrondissement de Hai Châu, ville de Dà Nang (Centre).

Tous les après-midis, la nonagénaire se met devant sa maison et regarde au loin comme si elle attendait son mari et son fils. Lorsque quelqu’un passe devant chez elle, elle lui demande : "Hùng est-il déjà revenu ?", "Tuong, tu pars si longtemps, rentre à la maison pour te marier…".

Contribuer à la révolution malgré son chagrin

En effet, son mari Hùng et son fils Tuong sont décédés pendant la guerre. Et chaque juillet - mois de reconnaissance envers ceux qui se sont sacrifiés pour la Patrie -, la vieille dame ne peut s’empêcher de penser à eux. Malgré son âge, elle se souvient encore bien de ce dont elle a été témoin à l’époque. De petites histoires racontées par la Mère Héroïne défilent comme dans un film au ralenti, retraçant une partie de la grande Histoire de la nation…

Pendant la guerre, Pham Thi Nghê menait des activités révolutionnaires chez elle. Dans la journée, elle s’occupait seule de ses affaires familiales, tout en fournissant du matériel agricole aux paysans. L’après-midi, elle faisait la cuisine, préparant beaucoup de riz et de mets, puis les cachait sous le baril de riz ou sous le moulin pour les donner à la nuit tombée aux combattants dissimulés sous sa maison. Celle-ci avait trois tunnels secrets où se cachaient des centaines de cadres et de soldats. Ses nuits blanches étaient nombreuses car elle devait surveiller leurs réunions et les avertir lorsque l’ennemi arrivait.

Lorsque la Mère Nghê évoque son fils aîné, Lâm Dinh Tuong, mort alors qu’il n’avait qu’une vingtaine d’années, ses larmes perlent. La dernière fois qu’ils étaient ensemble, il lui avait promis de se marier à son retour. Or, un jour de mars 1968, Tuong est décédé lors d’une bataille dans la commune de Hoà Hai, district de Hoà Vang (actuellement quartier de Hoà Hai, arrondissement de Ngu Hành Son). Quelques jours auparavant, il s’était blessé au pied et l’organisation révolutionnaire avait l’intention de l’envoyer au Nord pour le soigner, mais il avait décidé de rester pour poursuivre le combat aux côtés de ses camarades. Il n’est jamais revenu…

La Mère Héroïne Pham Thi Nghê a dû surmonter la douleur due à la mort de son mari et de son fils pendant la guerre.

Après avoir appris la terrible nouvelle, sa mère passa d’interminables nuits blanches en serrant dans ses bras la radio - le dernier souvenir de son fils disparu. Mais elle dut rapidement surmonter sa douleur pour continuer à soutenir les militaires dissimulés dans ses abris souterrains. Pour elle, chaque soldat était devenu comme un fils.

Lors d’une descente de l’ennemi chez Pham Thi Nghê, son mari fut torturé. En vain, car il ne donna jamais aucune information, il a rendu son dernier souffle juste au-dessus du bunker, où se cachaient ses camarades. Témoin du décès de son mari, la Mère Nghê s’est effondrée. Elle semblait totalement brisée.

Depuis la libération du pays en 1975, Pham Thi Nghê bénéficie chaque mois d’une pension de l’État. Ses quatre enfants restants ont tous réussi leur carrière. L’un d’entre eux - Lâm Quang Long - un blessé de guerre de grade 4/4 (taux d’invalidité égal ou supérieur à 21%), explique que de nombreuses organisations, collectivités et autorités locales rendent souvent visite à sa mère et lui offrent des cadeaux.

Récemment, dans le cadre d’un programme de soutien à la réparation des logements, les autorités de la ville de Dà Nang lui ont accordé une somme de

60 millions de dôngs pour construire une nouvelle maison.

Profiter au mieux des dernières années de vie

Des certificats "Mère Héroïne vietnamienne" attribués à Phan Thi Tham et "La Patrie reconnaissante" à ses proches.

Nguyên Sanh, chef d’une guérilla locale dans la commune de Hoà Phong, est tombé héroïquement en 1951 en combattant les colonialistes français, lorsque son fils Nguyên Nhung n’était encore qu’un enfant. Dix-sept ans plus tard, en 1968, ce dernier a, lui aussi, trouvé la mort alors qu’il était en service. En 1977, le Premier ministre a décerné à titre posthume le certificat de reconnaissance de la Patrie à ces deux héros morts.

Les souvenirs de son mari Nguyên Sanh et de son fils Nguyên Nhung restent toujours intacts dans l’esprit de la Mère Héroïne Phan Thi Tham, née en 1927, qui a consacré toute sa vie à la cause révolutionnaire. En plus de ces deux derniers, son frère Phan Van Tùng est, lui aussi, tombé en 1947 pendant la guerre de résistance contre les Français.

Derrière sa maison, sont toujours visibles les traces d’un tunnel secret qui abritait des combattants vietnamiens. L’ennemi débarqua à plusieurs reprises à leur recherche. Animée par son courage et son intelligence, Mme Tham a toujours réussi à les tromper et à protéger les soldats dans leur cachette. "Quand j’ai vu l’ennemi arriver, bien sûr que j’ai eu très peur. Mais j’ai dû faire semblant d’être calme. Heureusement, aucun soldat n’a été découvert", raconte-t-elle.

Nonagénaire, la Mère Tham a une santé chancelante. Elle se déplace difficilement et souffre des maux inhérents à son grand âge. Pourtant, elle demeure toujours forte malgré toutes les peines de cœur qu’elle a vécues.

Pour ses nombreux contributions et sacrifices à la cause de la libération nationale, de l’édification et de la défense de la Patrie, Phan Thi Tham a été reconnue Mère Héroïne en 2014 par le président de la République.

Pham Thi Nghê et Phan Thi Tham ne sont que deux exemples parmi les 127 Mères Héroïnes vietnamiennes encore en vie à Dà Nang, selon des données du Service municipal du travail, des invalides de guerre et des affaires sociales. "Prendre soin des personnes méritantes, dont les Mères Héroïnes, est l’une des priorités de la ville. Les fonds mis à leur disposition étant importants, celles qui en ont besoin peuvent donc être aidées comme il faut", indique Truong Thi Nhu Hoa, une responsable dudit service.

"Ces dernières années, les autorités locales se sont régulièrement employées à faire reconnaître les familles des Héros morts pour la Patrie et les Mères Héroïnes", partage Ngô Van Nhân, vice-président du Comité populaire de la commune de Hoà Phong.

Émue, Ngô Thi Tính, née en 1922, une autre Mère Héroïne de Dà Nang, confie : "Les visites et les encouragements réguliers des autorités locales lors des fêtes, du Nouvel An, et surtout lors de la Journée des invalides de guerre et des Héros morts pour la Patrie sont une grande joie pour les personnes âgées comme moi. Cela constitue vraiment une source de consolation pour nous. C’est aussi une preuve de notre tradition d’être reconnaissants envers les gens ayant œuvré pour la grandeur du pays”.

Outre les activités au profit des familles des personnes méritantes, les autorités municipales de Dà Nang tiennent à impliquer davantage les collectivités et les particuliers. Ces programmes permettent d’exprimer notre reconnaissance et de sensibiliser le public, surtout les jeunes générations, à l’amour de la Patrie, ainsi qu’à mettre en valeur l’esprit de sacrifice de nos aînés.


Texte et photos : BDN - Mai Quynh/CVN