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| Un champ de blé vert à Mersebourg, en Saxe-Anhalt (Allemagne). |
| Photo : VNA/CVN |
Le Vietnam et l’Allemagne disposent d’un fort potentiel de coopération dans l’agriculture de haute technologie alors que le pays d’Asie du Sud-Est accélère la transformation de son secteur agricole pilotée par la science et la technologie et la durabilité.
Ces remarques ont été faites par Heinrich Gerd-Witte, membre du conseil consultatif et président du comité Agriculture et Alimentation de l’Association fédérale pour la promotion économique et le commerce extérieur (BWA), et Hans-Joachim Radtke, représentant commercial de la BWA en charge du Vietnam et président du Forum germano-vietnamien sur l'innovation et la science (DVIW).
Parmi les domaines susceptibles d’accélérer cette coopération figurent la riziculture intelligente, l’agriculture de précision, l’aquaculture durable, la gestion de l’eau, l’économie circulaire, les applications de capteurs, les plateformes de données, l’intelligence artificielle et l’agriculture adaptative au climat, ont-ils indiqué à l’Agence Vietnamienne d’Information (VNA).
L’agriculture urbaine et le hors-sol émergent comme des domaines prometteurs, notamment à Hanoi et Hô Chi Minh-Ville. Ces modèles innovants sécurisent l’approvisionnement alimentaire local tout en optimisant durablement la gestion des ressources en terres et en eau.
Cependant, pour transformer ce potentiel en projets de coopération concrets, les deux parties doivent rechercher, expérimenter et développer conjointement des solutions adaptées aux réalités du terrain, ont-ils estimé.
Deux experts se sont accordés à dire que le Vietnam possède une agriculture relativement solide et une économie en plein développement. Néanmoins, il est confronté à de nombreux défis tels que le changement climatique, la gestion des ressources en eau, l’urbanisation et la demande croissante d’aliments sûrs et durables. Face à de telles pressions, l’émergence de nouvelles solutions technologiques devient une nécessité absolue.
Le secteur agricole vietnamien dispose d’un potentiel majeur pour généraliser l’usage des hautes technologies et de l’intelligence artificielle là où elles s’avèrent cruciales. Mais l’essentiel, selon Hans-Joachim Radtke, est que ces technologies offrent la meilleure rentabilité possible.
Concernant l’objectif de neutralité carbone, Hans-Joachim Radtke a salué une trajectoire fondamentalement juste, tout en plaidant pour une mise en œuvre progressive et ancrée dans les réalités du terrain. Il a ainsi souligné que le Vietnam gagnerait à tirer les leçons des nombreuses erreurs commises par l’Allemagne et l’Europe afin de ne pas les reproduire.
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| Heinrich Gerd-Witte (gauche), président de la Commission de l’agriculture et de l’alimentation de la BWA, et Hans-Joachim Radtke, représentant commercial de la BWA pour le Vietnam. |
| Photo : VNA/CVN |
Pour Heinrich Gerd-Witte, la coopération bilatérale dépasse le cadre du simple développement agricole et de l’amélioration du niveau de vie local. Il ambitionne de propulser les produits vietnamiens sur la scène internationale, en particulier vers le marché européen, dynamisant ainsi durablement les échanges bilatéraux.
Par ailleurs, l’Allemagne excelle dans l’agriculture de précision - de l’IA à la conduite autonome, en passant par la connectivité, l’automatisation, l’économie circulaire et l’adaptation au changement climatique. Le partage de ces savoir-faire constitue un levier majeur pour moderniser durablement l’agriculture vietnamienne.
Toutefois, pour que la coopération agricole entre les deux pays porte pleinement ses fruits, plusieurs défis de taille restent à relever, selon les deux experts. L’un des problèmes réside dans la divergence des attentes de chaque partie.
Hans-Joachim Radtke a illustré ce défi par un exemple concret : lors d’un projet conjoint avec le Vietnam, son entreprise s’est heurtée à une impasse structurelle. Tandis que la partie vietnamienne était en quête d’investisseurs, la partie allemande exigeait des projets financièrement viables pour débloquer des crédits bancaires. Faute de ressources financières mutuelles, la concrétisation de plusieurs projets se trouve compromise.
Au-delà du simple levier financier, la viabilité des initiatives agricoles exige une étude de terrain concertée et une synergie d’expertises, unissant la voix des producteurs, des techniciens, des scientifiques, des décideurs publics et des consommateurs. Une solution efficace conçue pour l’Allemagne ne se transpose pas d’elle-même au Vietnam. Planifier à distance, sans une maîtrise fine des réalités du terrain, condamne le projet à l’échec.
Le décalage technologique et méthodologique représente un autre défi majeur pour la coopération. Alors que le tissu industriel vietnamien repose encore largement sur des équipements traditionnels, l’approche allemande privilégie l’automatisation poussée et l’intégration de l’intelligence artificielle. Sans une préparation psychologique et cognitive adéquate des travailleurs, l’introduction brutale de ces technologies de pointe risque d’alimenter l’anxiété liée à la sécurité de l’emploi.
Forts de leur expérience au Vietnam, les experts de la BWA préconisent de substituer la "transformation conjointe" à la simple "exportation de technologies". L’enjeu n’est plus d’importer un modèle allemand clé en main, mais de co-développer, adapter et ancrer localement chaque solution avant son déploiement à grande échelle.
Guidée par le principe "de la pratique au service de la pratique", l’adoption d’une technologie requiert une validation en conditions réelles de sa rentabilité et de son efficacité future. Cette exigence impose une préparation minutieuse en amont : enveloppe budgétaire claire, enquêtes de terrain, états des lieux et études de préfaisabilité.
Heinrich Gerd-Witte et Hans-Joachim Radtke ont mis en avant le rôle déterminant des intermédiaires bilingues (vietnamien-allemand). Véritables passerelles culturelles et socio-professionnelles, ces derniers s’avèrent essentiels pour fluidifier les échanges.
Loin de vouloir calquer le modèle technologique allemand sur le Vietnam, les deux experts ont souligné que cette coopération ne vise pas à transposer massivement les technologies allemandes au Vietnam. Son ambition première est de co-concevoir et de développer des solutions locales, adaptées aux réalités vietnamiennes, afin de générer un impact positif et durable sur la population, l’économie et l’environnement.
VNA/CVN




