Vieillissement : le grand virage des services de soins à domicile

Le Vietnam voit ses services de santé à domicile passer progressivement de l’informel à des standards quasi internationaux. Un tournant majeur pour la silver économie, désormais au cœur des stratégies nationales.

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L’accompagnement des personnes âgées à domicile, une tendance en plein essor. 
Photo : CTV/CVN

À lors que le rythme urbain s’intensifie, la prise en charge des aînés souffrant de pathologies chroniques devient un défi majeur pour de nombreux foyers. Les services de soins à domicile médicalisés se déploient rapidement pour combler ce manque, répondant à l’urgence sociale tout en ouvrant un marché de plusieurs milliards de dollars au sein de l’économie de la longévité au Vietnam.

À Hô Chi Minh-Ville, Nguyên Thu Trang en a fait l’expérience. Son père, 82 ans, victime d’un accident vasculaire cérébral, a brutalement perdu son autonomie. Nutrition, hygiène, mobilité : chaque geste requiert désormais une assistance spécia-lisée, bouleversant l’équilibre familial.

“Le placer en institution était hors de question. Mais faire appel à une aide non qualifiée s’est révélé dangereux. Il a développé des escarres. J’étais dépassée”, raconte-t-elle.

Mme Trang explique que s’occuper d’un parent âgé n’est pas seulement éprouvant physiquement, mais aussi épuisant psychologiquement. Concilier sa vie professionnelle avec ce rôle d’infirmière improvisée, sans connaissances médicales, faisait peser sur elle une pression immense.

Sa situation a commencé à s’améliorer lorsqu’elle a fait appel à un service de soins à domicile. Des soignants qualifiés interviennent désormais quotidiennement pour l’aider dans les soins d’hygiène, l’alimentation par sonde et les exercices de rééducation.

“Depuis que nous bénéficions d’un soutien professionnel, mon père a progressivement retrouvé une certaine mobilité. Le plus important est qu’il puisse rester chez lui, entouré de sa famille”, confie-t-elle.

Une demande croissante

L’histoire de Mme Trang est de plus en plus courante dans les zones urbaines du Vietnam, où les parents âgés ont besoin de soins alors que leurs enfants sont pris du matin au soir dans des emplois exigeants. La plupart des personnes âgées dépendent encore largement des membres de leur famille pour les activités quotidiennes et préfèrent de loin vieillir à domicile plutôt que d’intégrer des établissements de soins.

Cependant, l’urbanisation rapide et l’évolution des modes de vie fragilisent les structures familiales multigénérationnelles traditionnelles, réduisant la disponibilité des aidants familiaux. Parallèlement, les pressions professionnelles laissent aux familles moins de temps pour prodiguer des soins adéquats.

Selon le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), le Vietnam est officiellement entré dans la phase de vieillissement en 2011. Alors qu’il a fallu 115 ans en France et 85 ans en Suède pour devenir des sociétés vieillissantes, le Vietnam devrait achever cette transition en seulement 25 ans, atteignant ce cap d’ici 2036.

Ce basculement alimente l’essor de la silver économie, un écosystème en pleine structuration qui dépasse largement le cadre médical pour englober services, technologies et solutions dédiés aux seniors.

Le potentiel du marché est significatif. Un rapport conjoint de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Vietnam (VCCI) à Hô Chi Minh-Ville et du FNUAP prévoit d’ici 2035, près de 20 millions de Vietnamiens pourraient avoir recours à des services de prise en charge. Ce changement devrait attirer des investissements substantiels et remodeler le paysage des services de santé.

Jusqu’à récemment, les familles ayant besoin d’aidants s’en remettaient souvent à des intermédiaires informels dans les hôpitaux. Bien que pratique, cette approche comportait des risques : personnel non formé, qualité de service inégale et problèmes de sécurité potentiels pour les patients.

D’un autre côté, les maisons de retraite, bien que mieux équipées, restent coûteuses et sont souvent considérées comme un dernier recours pour des raisons culturelles et affectives. Le fossé entre ces deux modèles a créé un terrain fertile pour les services de soins à domicile.

Vide structurel et opportunité économique

Seniors bénéficiant de soins de jour à l’Hôpital de rééducation et de réadaptation des maladies professionnelles de Hô Chi Minh-Ville. 
Photo : CTV/CVN

Selon le Vietnam Elderly Care Market Report 2023, le marché des soins aux personnes âgées dans le pays était évalué à environ 2,21 milliards de dollars en 2023 et devrait atteindre près de 4,8 milliards de dollars d’ici 2031, avec un taux de croissance annuel moyen de 7,7%.

Conscientes de cette tendance, les entreprises de technologie de la santé s’imposent comme des acteurs clés, apportant les standards de soins hospitaliers au sein des foyers privés.

C’est le cas de bTaskee, qui s’est récemment associé au Centre de formation des ressources humaines de santé à la demande de l’Université de médecine et de pharmacie de Hô Chi Minh-Ville pour former des soignants capables d’intervenir au domicile avec des protocoles standardisés, sous sa marque bCare.

“Il ne s’agit plus seulement d’assistance, mais de soins. Cela exige des compétences, mais aussi une éthique et une responsabilité fortes”, souligne son dirigeant, Dô Dac Nhân Tâm.

“Notre partenariat vise à standardiser les services pour que les familles puissent confier leurs proches en toute confiance. En même temps, tous les stagiaires qui terminent le programme se voient garantir des opportunités d’emploi avec des revenus stables”, a-t-il précisé.

D’autres entreprises s’adaptent également. WeCare 247 gère actuellement un effectif d’environ 1.800 à 1.900 soignants. Elle a intégré ses services dans plus de 34 grands hôpitaux à travers le pays, dont les hôpitaux Cho Rây et Nhân Dân 115. Cela permet un modèle de soins continus s’étendant de l’hôpital au domicile.

En outre, de nombreux modèles aux standards internationaux gagnent également du terrain. L’application Bluecare applique des protocoles de stérilisation et de soins basés sur les normes néerlandaises, tandis qu’eDoctor s’est associé aux services de santé familiale Vietnam - Australie pour mettre en œuvre un modèle de soins clos “ un médecin - une infirmière”.

Même les groupes immobiliers s’y intéressent, à l’image de NovaGroup, qui s’est associé à l’hôpital de l’Université de médecine et de pharmacie de Hô Chi Minh-Ville pour développer un réseau de cliniques générales de haute qualité, complétant ainsi le volet santé de son écosystème “tout-en-un”.

Au-delà de la croissance du marché, c’est toute une transformation du métier qui s’opère. Le rôle d’aidant, longtemps perçu comme informel et peu qualifié, tend à devenir une profession à part entière, avec des formations certifiées, des protocoles précis et une reconnaissance accrue.

Ce basculement répond à une double exigence : sécuriser les patients et rassurer les familles.

À mesure que le Vietnam avance dans sa transition démographique, le domicile s’impose ainsi comme un nouveau front de la médecine. Et les services qui s’y déploient pourraient bien redessiner en profondeur l’organisation du système de santé.

Huong Linh/CVN

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