Santé mentale
Une hausse alarmante des troubles psychiques chez les enfants

Les troubles psychologiques et psychiatriques chez les enfants et les adolescents suscitent une inquiétude croissante. La pression scolaire et familiale, les difficultés quotidiennes ainsi que l’usage excessif des réseaux sociaux et des appareils électroniques contribuent à cette tendance.

>> Plus de la moitié des Vietnamiens bénéficient d’un bilan de santé gratuit

>> À Hanoï, les dépenses de santé prises en charge dépassent 22.000 milliards de dôngs

>> Hô Chi Minh-Ville s’apprête à se doter d’un grand entrepôt de données de santé interconnectées

Face à cette situation, le dépistage précoce des signes d’alerte et une prise en charge rapide, avec le soutien des familles et de la société, sont essentiels pour prévenir des conséquences graves.

Constatant que son fils de quatre ans avait tendance à frapper ses camarades, éprouvait des difficultés à rester assis, courait et sautait constamment et semblait débordant d’énergie, M. P.B.C., résidant dans la commune de Hung Long, à Hô Chi Minh-Ville, a décidé de l’emmener à l’hôpital psychiatrique pour une consultation.

"Au début, je pensais simplement que mon fils était plus actif et plus turbulent que les autres enfants. Mais, avec le temps, j’ai remarqué une hyperactivité excessive, ce qui m’a beaucoup inquiété", témoigne-t-il.

À l’issue de l’examen, les médecins lui ont expliqué que son fils présentait un trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Ils lui ont recommandé une prise en charge thérapeutique associée à des interventions comportementales, avec la participation active de la famille.

Le diagnostic précoce des troubles mentaux chez l'enfant permet un traitement plus efficace.

Le Service de psychologie et de psychiatrie de l’enfant de l’hôpital psychiatrique de Hô Chi Minh-Ville reçoit chaque jour entre 300 et 500 enfants venus consulter pour des troubles psychiques. Les pathologies et troubles les plus fréquemment rencontrés comprennent le TDAH, les troubles envahissants du développement, les troubles du comportement, la dépression, les troubles liés au stress, l’épilepticité et la déficience intellectuelle.

Selon la docteure Chu Thị Dung, directrice adjointe de l’hôpital psychiatrique de Hô Chi Minh-Ville, le nombre d’enfants consultant pour des troubles mentaux dans cet établissement est en constante augmentation. Alors que le service accueillait auparavant environ 200 à 300 enfants par jour, ce chiffre a désormais été multiplié par environ 1,5.

Pour expliquer cette hausse, la docteure Dung évoque les pressions de la vie quotidienne, les exigences scolaires, les tensions familiales et le développement des réseaux sociaux, qui contribuent à fragiliser la santé mentale des jeunes.

"Aujourd’hui, de nombreux enfants sont passionnés de jeux vidéo, passent beaucoup de temps sur leur téléphone et utilisent intensivement les réseaux sociaux. Immergés dans le monde virtuel, ils se détournent de la vie réelle, ce qui peut entraîner des troubles du sommeil, des troubles du comportement, des symptômes dépressifs ou anxieux, entre autres", explique-t-elle.

Cette augmentation des consultations en santé mentale pédiatrique est également observée dans les grands hôpitaux pédiatriques de référence de Hô Chi Minh-Ville, notamment les hôpitaux pour enfants n°1 et n°2 ainsi que l’Hôpital pédiatrique de la ville.

Une utilisation excessive du téléphone portable

Le docteur Nguyễn Thanh Sang, chef du service interdisciplinaire de psychologie clinique, de réadaptation et de médecine traditionnelle de l’Hôpital pédiatrique n° 2, indique que de nombreux jeunes enfants et adolescents sont amenés en consultation par leurs parents pour des troubles émotionnels et psychiques liés à une utilisation excessive du téléphone portable.

Il cite notamment le cas d’une fillette de dix ans, laissée seule à la maison pendant de longues périodes parce que ses parents devaient travailler pour subvenir aux besoins de la famille. Le téléphone était devenu son unique compagnon. Lorsque sa famille a pris conscience de la situation, ses capacités langagières s’étaient considérablement détériorées. Son regard était devenu absent et elle avait perdu le contact avec ses camarades.

Un autre cas concerne un garçon de 14 ans, désigné par l’initiale N., qui souffrait d’une dépendance aux jeux vidéo et y consacrait au moins cinq heures par jour. Lorsqu’on lui interdisait de jouer ou qu’on lui confisquait ses appareils, il devenait irritable, cassait des objets, se montrait violent envers ses proches et pouvait sombrer dans un état de détresse psychologique aiguë.

Les enfants ont besoin d’un environnement sécurisé pour développer une bonne santé mentale.

Le docteur Nguyên Thanh Sang constate que de nombreux parents utilisent le téléphone portable comme une « nounou numérique » pour maintenir leurs enfants tranquilles et obtenir qu’ils obéissent. Plus préoccupant encore, 56 % des parents seraient eux-mêmes fréquemment absorbés par leur téléphone lorsqu’ils sont avec leurs enfants. Dans certains foyers, les appareils électroniques sont également laissés dans la chambre des enfants, rendant difficile le contrôle de leur utilisation, notamment avant le coucher.

La dépendance à la télévision et aux smartphones n’a pas seulement des effets immédiats : elle peut également avoir des répercussions durables sur la santé mentale et les capacités d’apprentissage des enfants.

Les enfants régulièrement exposés aux écrans tendent à réduire leurs interactions avec leur entourage, ce qui peut freiner le développement du langage. Certains présentent également des troubles du sommeil, des difficultés de concentration, une diminution des capacités d’assimilation et une baisse des résultats scolaires. D’autres développent des troubles du comportement, notamment lorsqu’ils ont été habitués dès leur plus jeune âge à obtenir systématiquement ce qu’ils souhaitent grâce aux appareils électroniques.

Soins et consultations spécialisées 

Selon les données de l’UNICEF au Vietnam, les études nationales et internationales actualisées pour la période 2025-2026 indiquent que les troubles psychiques les plus couramment observés chez les enfants et les adolescents comprennent le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), les troubles anxieux, la dépression et les troubles du comportement.

D’autres difficultés psychologiques tendent également à prendre de l’ampleur, notamment les troubles du comportement alimentaire, l’isolement social, les troubles liés au stress dans le contexte post-pandémique et les répercussions de l’utilisation des réseaux sociaux.

Au Vietnam, environ 12 à 30 % des enfants et des adolescents rencontreraient des problèmes de santé mentale. Pourtant, seule une faible proportion d’entre eux bénéficie actuellement d’un accompagnement adapté dans des délais appropriés. Le manque de connaissances sur les troubles psychiques, les préjugés sociaux et l’insuffisance des services de santé mentale empêchent encore de nombreux jeunes d’accéder aux soins et aux consultations spécialisées dont ils ont besoin.

Selon les médecins, le diagnostic des troubles psychiatriques chez l’enfant demeure complexe. Certains comportements susceptibles d’être associés à un trouble psychique, comme la timidité, l’anxiété, des habitudes alimentaires inhabituelles ou l’irritabilité, peuvent également correspondre à des manifestations normales du développement de l’enfant. Cette ambiguïté complique l’identification des signes véritablement pathologiques et peut retarder la consultation.

Par ailleurs, certains parents éprouvent encore des difficultés à accepter que leur enfant puisse présenter un trouble psychique et tardent, de ce fait, à solliciter une prise en charge spécialisée.

Les médecins soulignent qu’il est indispensable de prêter attention aux signes précoces de troubles psychiques et neurologiques chez l’enfant, de procéder à un dépistage et d’intervenir rapidement afin de prévenir des conséquences graves.

Les parents et les personnes chargées de la garde des enfants, les enseignants ainsi que les personnels de santé scolaire doivent notamment disposer des connaissances nécessaires pour reconnaître les premiers signes de difficultés en matière de santé mentale.

L'amour parental aide les enfants à se développer de manière globale.

La capacité des parents à reconnaître les problèmes et à agir sans tarder, conjuguée à la mobilisation des établissements scolaires et de la communauté, constitue un facteur déterminant pour aider les enfants à surmonter leurs difficultés psychiques et à se développer de manière harmonieuse.

Un diagnostic tardif peut entraîner une aggravation des troubles, prolonger la durée du traitement et nuire à la qualité de vie ainsi qu’aux relations sociales de l'enfant.

Les parents et les personnes qui en prennent soin doivent donc être attentifs aux signes susceptibles de révéler un problème de santé mentale, notamment : Un affaiblissement de l’état général, une perte d’appétit, une diminution de l’activité physique et un manque d’énergie; un état émotionnel négatif persistant, une sensibilité accrue et une tendance à la tristesse ou au découragement; une instabilité émotionnelle, des réactions de peur fréquentes, une agitation excessive, une irritabilité ou des accès de colère; un stress récurrent, des troubles anxieux et des perturbations du sommeil, pouvant se manifester par des insomnies ou, au contraire, un sommeil excessif; des difficultés de concentration, une baisse de la mémoire et des difficultés à s’exprimer avec fluidité, compte tenu de l’âge et du stade de développement de l’enfant; une tendance à l’isolement, au retrait social, à l’automutilation ou à la dépendance à des substances psychoactives.

"Dès que les parents constatent de tels signes chez leur enfant, ils devraient consulter un service spécialisé en pédiatrie ou une consultation de psychologie clinique afin que l’enfant puisse bénéficier rapidement d’une évaluation et, si nécessaire, d’une prise en charge adaptée", recommande le docteur Nguyên Thanh Sang, chef du service interdisciplinaire de psychologie clinique, de réadaptation et de médecine traditionnelle de l’Hôpital pédiatrique n° 2.

Texte et photos : Quang Châu/CVN

Rédactrice en chef : Nguyễn Hồng Nga

Adresse : 79, rue Ly Thuong Kiêt, Hanoï, Vietnam

Permis de publication : 25/GP-BTTTT

Tél : (+84) 24 38 25 20 96

E-mail : courrier@vnanet.vn, courrier.cvn@gmail.com

back to top