Une classe d’alphabétisation sème l’espoir à Tà Xùa

À Làng Sang, hameau isolé de Tà Xùa, des femmes H’mông suivent chaque soir des cours d’alphabétisation. En apprenant à lire et à écrire, elles gagnent progressivement en autonomie et entrevoient de nouvelles perspectives pour leur avenir.

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Des mains marquées par les travaux des champs apprennent désormais à tenir un stylo. 
Photo : VNA/CVN

Rejoindre Làng Sang, commune de Tà Xùa, province de Son La (Nord) relève déjà de l’aventure. Depuis le centre de Tà Xùa, il faut plus de deux heures de route sur des pistes étroites et sinueuses traversant une forêt protégée, où les motos ne peuvent parfois circuler qu’une par une.

Des élèves pas comme les autres

C’est pourtant dans ce village reculé que, du lundi au jeudi à partir de 19h30, une salle de classe s’illumine. Vingt-neuf femmes y suivent des cours d’alphabétisation avec une détermination remarquable.

Leur profil est atypique. Certaines sont déjà grands-mères, d’autres assistent aux cours avec leur bébé attaché dans le dos. Toutes partagent le même quotidien : elles accompagnent leurs enfants à l’école le matin, travaillent aux champs toute la journée, puis reviennent le soir dans le même établissement pour étudier à leur tour. Leurs enfants, déjà scolarisés en primaire, les attendent ou révisent à leurs côtés.

Habituées à manier la houe ou la machette pour cultiver les champs, leurs mains calleuses découvrent aujourd’hui la délicatesse d’un stylo. Dans le silence de la montagne, leurs voix hésitantes récitant l’alphabet se mêlent au chant des insectes.

Pour elles, apprendre à lire ne consiste pas seulement à signer un document ou à déchiffrer un avis administratif. C’est un moyen de gagner en indépendance, de mieux comprendre le monde qui les entoure et de surmonter les barrières qui les ont longtemps tenues à l’écart de la vie publique.

Cette initiative est portée par l’École primaire et secondaire de Hang Dông, qui a mobilisé deux enseignants pour assurer les cours. L’un d’eux, Luong Van Duong, explique qu’après une certaine timidité lors des premières séances, les participantes se montrent aujourd’hui assidues et particulièrement motivées.

Le directeur de l’établissement, Trân Viêt Cuong, précise que les horaires ont été adaptés au calendrier agricole afin de permettre aux femmes de participer sans compromettre leurs travaux. Soutenu par les autorités locales, le projet vise à améliorer la maîtrise du vietnamien chez les minorités ethniques afin de faciliter leur accès aux services publics et leur participation à la vie citoyenne.

Ouverte en mars 2026, la classe accueille notamment Song Thi Ly, près de cinquante ans. Toute sa vie, elle s’est consacrée aux travaux agricoles sans jamais apprendre à lire ni à parler correctement le vietnamien, ne communiquant qu’en langue h’mông.

L’espoir au bout des lettres

Dans cette classe d’alphabétisation se côtoient grand-mères, jeunes mères et enfants. 
Photo : VNA/CVN

Aujourd’hui, malgré des doigts usés par le travail, elle s’applique à tracer ses premiers caractères avec une patience admirable.

“Ne pas savoir lire complique tout. Nous dépendons toujours des autres pour la moindre démarche. J’aimerais simplement pouvoir lire un livre ou comprendre les informations à la télévision”, confie-t-elle.

À ses côtés, Song Thi Khua suit les cours avec son jeune enfant, faute de solution de garde. Lorsque le bébé reste paisible, elle peut se concentrer pleinement sur les leçons. Elle est désormais capable de lire de courts textes et d’écrire son propre nom.

Selon elle, Làng Sang évolue rapidement grâce à l’arrivée de l’électricité et à l’amélioration des routes. Pour accompagner cette modernisation, l’éducation est devenue indispensable afin d’offrir de meilleures perspectives à sa famille.

Ce qui impressionne le plus les enseignants reste cependant la détermination de leurs élèves. Après une journée entière passée aux champs, elles parcourent plusieurs kilomètres dans le froid et le brouillard pour assister aux cours, sans presque jamais s’absenter.

Pendant longtemps, Làng Sang est resté isolé du reste de la province. L’accès à l’éducation y était limité et la scolarisation des femmes était souvent considérée comme inutile.

Thào Thi Dâu, responsable locale de l’Union des femmes, se souvient qu’une première tentative d’alphabétisation en 2018 avait échoué. Beaucoup d’hommes refusaient alors que leurs épouses fréquentent l’école, estimant que leur rôle se limitait au foyer et aux travaux agricoles.

Il a fallu des années de sensibilisation, menées directement auprès des familles, pour convaincre la population que l’instruction pouvait bénéficier à toute la communauté.

Les investissements publics ont ensuite accéléré cette évolution. Les routes en béton ont remplacé les pistes de terre, l’électricité est arrivée dans les foyers et les enfants, filles comme garçons, fréquentent désormais l’école.

Selon Dô Van Xiêm, président de la commune de Tà Xùa, les effets des cours du soir sont déjà perceptibles. Les habitants comprennent davantage l’intérêt des connaissances modernes et des nouvelles techniques agricoles pour améliorer leurs récoltes et leurs conditions de vie.

Afin de pérenniser cette dynamique, la commune poursuit sa coopération avec les établissements scolaires et les organisations sociales. Des financements ont été accordés pour le matériel pédagogique et le fonctionnement des classes.

Face au succès de cette première expérience, les autorités envisagent désormais d’ouvrir d’autres classes d’alphabétisation dans les villages les plus reculés, où l’illettrisme demeure important.

Dans l’obscurité des montagnes de Tà Xùa, les lumières qui brillent chaque soir aux fenêtres de l’école symbolisent bien plus qu’une simple salle de classe : elles éclairent, lettre après lettre, le chemin vers la liberté, l’égalité des chances et le développement.

Trong Dat - Huong Linh/CVN

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