Transformation numérique et autonomie stratégique des industries culturelles au Vietnam

Les industries culturelles sont de plus en plus reconnues comme une composante essentielle de la croissance économique, tout en constituant un vecteur de diffusion de l’identité nationale et de renforcement de la puissance douce, contribuant à la construction et à l’élargissement des "passerelles" de la diplomatie culturelle. La résolution n° 80-NQ/TW du Bureau politique sur le développement de la culture vietnamienne fixe des objectifs ambitieux et des défis majeurs, tout en traçant clairement la voie de développement dans la nouvelle phase.

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Programme artistique d’ouverture du Festival du temple des rois Hùng et de la Semaine de la culture et du tourisme de la terre ancestrale en 2026.
Photo : VNA/CVN

De nombreux publics internationaux s’intéressent à la culture vietnamienne, mais l’accès aux produits des industries culturelles du pays demeure encore limité. Selon des experts ayant étudié les modèles de la République de Corée et d’autres pays, le développement des industries culturelles vietnamiennes doit d’abord reposer sur le contenu. Ensuite, la transformation numérique est nécessaire pour franchir un cap décisif, avant de s’appuyer sur l’économie des plateformes afin de diffuser largement les produits auprès du public, tant au niveau national qu’international.

À ce jour, les premières pierres d’un socle adapté au développement des industries culturelles vietnamiennes ont été posées. Plus récemment, le gouvernement a adopté la décision n° 611/QĐ-TTg du 4 avril 2026 approuvant le projet "Transformation numérique dans le domaine de la culture à l’horizon 2030, avec une vision jusqu’en 2045" (Projet 611). Celui-ci affirme clairement que la transformation numérique dans le secteur culturel constitue une percée prioritaire pour élargir l’espace de création, un moteur essentiel du développement des forces productives modernes et de l’amélioration des relations de production.

Le projet fixe également des objectifs : d’ici 2030, viser 100% des domaines culturels dotés de plateformes numériques communes ; 100% des types de patrimoine culturel numérisés avec des données normalisées selon le cadre national et partagées conformément aux réglementations ; 80% du patrimoine culturel numérique public disposant d’identifiants numériques pour établir les droits de propriété et en contrôler l’exploitation ; au moins 70% des musées, bibliothèques, théâtres, troupes artistiques, fédérations sportives, sites touristiques, organes de presse et entreprises de contenus numériques disposant de données connectées à une infrastructure commune.


Selon l’avocat Nguyên Hung Quang, expert en conseil pour l’élaboration des dispositions relatives aux industries culturelles dans la Loi sur la capitale 2024, le Projet 611 témoigne d’une forte détermination du gouvernement à mettre en œuvre la résolution n° 80-NQ/TW du 7 janvier 2026 du Bureau politique sur le développement de la culture vietnamienne, ainsi que la Stratégie de développement des industries culturelles du Vietnam à l’horizon 2030, avec une vision jusqu’en 2045.

Pour atteindre les objectifs fixés d’ici près de quatre ans (à l’horizon 2030), le volume de travail est considérable et nécessite une mobilisation importante des ressources financières, institutionnelles et humaines.

"Si nous atteignons ces objectifs, ou au moins les deux tiers, cela contribuera déjà à stimuler de manière significative le développement des industries culturelles au Vietnam. Par exemple, lorsque 100% des types de patrimoine culturel seront numérisés et normalisés selon le cadre national, les ressources culturelles pourront être largement partagées et mises au service de la population, des entreprises et de la société. Les acteurs de la création et de la production de produits culturels - tels que le cinéma, les arts de la scène, les jeux vidéo ou le tourisme culturel - pourront accéder à un vaste réservoir de données sur l’histoire, les arts populaires, les costumes, la musique traditionnelle, des patrimoines aujourd’hui dispersés et difficiles d’accès", analyse Nguyên Hưng Quang.

Résoudre l’équation de l’"économie des plateformes"

Concernant le développement de l’économie des plateformes, en particulier des plateformes numériques communes fournissant des ressources culturelles et créant un marché pour les produits culturels, Nguyên Hưng Quang souligne que le secteur le plus dynamique est celui des jeux en ligne. Les revenus y ont atteint plusieurs milliards de dollars américains. Toutefois, en raison de leur orientation vers l’exportation, les jeux produits au Vietnam reflètent encore peu l’identité culturelle vietnamienne.

L’avocat Nguyên Hung Quang, expert en conseil pour l’élaboration des dispositions relatives aux industries culturelles dans la Loi sur la capitale 2024.
Photo : CTV/CVN

Deuxièmement, bien que les services de diffusion de contenus en ligne (OTT) se développent fortement - dans le cinéma, la télévision et la publicité avec VTVGo, VieOn, FPT Play, Netflix, YouTube ; dans la musique avec Spotify, Apple Music, Tidal, Zing MP3, YouTube Music ; dans la photographie avec Getty Images - les plateformes étrangères dominent en termes d’utilisateurs au Vietnam, notamment dans les domaines du cinéma et de la musique. Les plateformes vietnamiennes restent moins compétitives tant en termes de taille que d’algorithmes.

L’expert identifie plusieurs faiblesses. Premièrement, les plateformes sont fragmentées et manquent d’interconnexion. Chaque institution culturelle (musée, centre de recherche, etc.), même si elle développe sa propre plateforme numérique, ne peut pas ou difficilement se connecter aux autres. Deuxièmement, les formes d’art traditionnelles telles que le tuồng, le chèo, le cải lương, les marionnettes sur l’eau, le ca trù ou le quan họ ne disposent pratiquement d’aucune plateforme numérique significative alors qu’elles constituent un patrimoine essentiel de l’identité vietnamienne.

Le Projet 611 aide à surmonter ces obstacles. Toutefois, un défi majeur subsiste : la protection des droits d’auteur dans l’environnement numérique, notamment la qualité du cadre juridique, la capacité de mise en œuvre des autorités compétentes et les mécanismes techniques de soutien. Cette situation rend difficile l’organisation par les plateformes vietnamiennes de leurs activités économiques et la protection de leurs droits patrimoniaux dans l’environnement numérique.

En revanche, les plateformes étrangères bénéficient d’un cadre institutionnel solide (juridique et opérationnel) et de capacités financières leur permettant d’assurer efficacement la protection des droits d’auteur et d’exploiter les droits de propriété intellectuelle dans le domaine culturel. "La résolution 80 a fixé pour objectif le développement de plateformes de distribution de contenus numériques et d’outils de protection du droit d’auteur, ce qui constitue une base pour surmonter cette faiblesse", conclut Nguyên Hung Quang.

Une numérisation à structurer

Le docteur Vo Xuân Vinh, directeur de l’Institut d’histoire (Académie vietnamienne des sciences sociales), estime que la définition de l’objectif de numérisation intégrale du patrimoine culturel constitue une étape importante, témoignant d’une volonté de moderniser la gouvernance culturelle. Toutefois, l’essentiel ne réside pas uniquement dans l’atteinte d’un taux de numérisation, mais également dans l’approche adoptée à l’égard des données.

En 2025, "Duo Love" avait déjà remporté la médaille d’or au Festival international du cirque d’Almaty (Kazakhstan) et la médaille d’argent au Festival international "Sans frontières"en Russie.
Photo : VNA/CVN

À cet égard, il est nécessaire d’identifier clairement quelles sont les valeurs historiques fondamentales et quelles données doivent être priorisées afin d’éviter une démarche dispersée et dépourvue de points focaux. La numérisation doit répondre aux exigences d’une information "exacte, complète et systématique", tout en garantissant le rôle des historiens dans l’évaluation, la sélection et la normalisation des contenus.

Dans une vision d’ensemble, la numérisation du patrimoine n’est pas seulement une solution technique, mais également un processus de réévaluation de la valeur historique. Lors que l’histoire est correctement comprise et justement valorisée, la numérisation peut produire toute son efficacité, en devenant une base pour l’éducation, la recherche et la création.

Du point de vue de la recherche culturelle, le docteur Lê Hoài Nam, directeur de l’Institut de recherche et de préservation de la culture des croyances populaires vietnamiennes, considère que la résolution 80 a clairement fixé l’exigence de construire un système national de données sur la culture, dans lequel la numérisation constitue un volet important de la gouvernance culturelle moderne.

Selon lui, la promulgation de la résolution 80 à ce moment précis était nécessaire, car elle fournit une base pour accélérer le processus de numérisation du patrimoine dans une orientation moderne, cohérente et systématique. Toutefois, pour que ces orientations se traduisent dans la pratique, il convient de résoudre simultanément plusieurs questions, parmi lesquelles se distinguent l’uniformité et la précision des données.

Concert "Hanoï paisible" a réuni des milliers de spectateurs autour d’artistes de renom.
Photo : VNA/CVN

La réalité montre que, dans certains domaines, il subsiste encore, par moments et dans certains lieux, des situations où les données historiques ne sont pas homogènes, voire des interprétations inexactes. La mise en place d’un système unifié de données numériques contribuera à limiter cette situation, en garantissant la précision et le caractère officiel des informations.

En ce qui concerne le patrimoine immatériel, l’exigence de numérisation devient encore plus urgente. De nombreuses formes de patrimoine subsistent principalement grâce à la transmission orale et à la pratique des artisans et maîtres âgés. Si elles ne sont pas enregistrées et conservées à temps, ces valeurs risquent de disparaître progressivement. La numérisation permet de préserver de manière fidèle des éléments tels que le son, l’image et les rituels, transformant ainsi le patrimoine d’une mémoire vivante en un actif numérique susceptible d’être conservé durablement.

Au-delà de la seule conservation, les données numériques peuvent également devenir une ressource pédagogique vivante au service de l’éducation et de la communication. Lorsqu’il est intégré aux plateformes numériques, le patrimoine peut être accessible sous de multiples formes visuelles, aidant les apprenants, en particulier les jeunes, à mieux comprendre et ressentir la profondeur des valeurs culturelles nationales.

Dans le ballet "Dó", des images familières de la campagne vietnamienne apparaîtront sur scène comme élément créatif central.
Photo : CTV/CVN

Dans une perspective globale, la construction d’un système de données culturelles ne vise pas seulement l’archivage, mais aussi l’établissement d’une base pour le développement futur de l’économie culturelle. Lorsque le patrimoine est numérisé, normalisé et interconnecté, les valeurs culturelles peuvent être exploitées plus efficacement, contribuant à la création de produits, de services et de nouvelles formes de créativité.

"Si elle est réalisée de manière méthodique, la numérisation permettra de préserver intégralement les valeurs patrimoniales, en particulier le patrimoine immatériel face au risque d’érosion. Plus important encore, lorsque les données seront normalisées et harmonisées, cela limitera les erreurs et créera une base pour intégrer le patrimoine à l’éducation, à la recherche et au développement de produits culturels. À ce moment-là, le patrimoine ne sera pas seulement conservé, mais deviendra également une ressource pour le développement", a déclaré le Docteur Lê Hoài Nam.

VNA/CVN

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