Renouveau technologique des remèdes vietnamiens

Le Vietnam propulse sa médecine traditionnelle dans une nouvelle ère. En conjuguant innovations de pointe et savoir-faire séculaire, le pays valorise ses plantes médicinales pour en faire un moteur de santé publique et un atout majeur de son économie à l’échelle mondiale.

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Projet de partenariat pour la culture de l’igname de Chine entre des ménages locaux et la Coopérative de plantes médicinales de Lung Lô, commune de Thuong Bang La, province de Lào Cai (Nord). 
Photo : VNA/CVN

Le Vietnam dispose d’un patrimoine de plantes médicinales d’une richesse exceptionnelle. Toutefois, une exploitation intensive, déconnectée de toute stratégie de conservation, entraîne aujourd’hui un déclin alarmant de ces ressources. Afin de valoriser ce potentiel et d’optimiser son rôle dans la santé publique, l’intégration des avancées scientifiques et technologiques s’impose désormais comme une nécessité absolue.

Selon diverses études et recensements, le Vietnam abrite plus de 5.000 espèces médicinales, dont environ 200 font déjà l’objet d’une exploitation commerciale. Nombre d’entre elles, d’une valeur thérapeutique inestimable, bénéficient d’une reconnaissance mondiale, à l’instar du ginseng de Ngoc Linh, de l’if rouge, du sophora du Japon, du Crinum latifolium (Trinh nu hoang cung), du jiaogulan ou encore de l’artichaut.

Trois objectifs majeurs

Fort d’une tradition séculaire, le Vietnam possède une médecine traditionnelle dynamique. Les plantes médicinales y sont transformées en une vaste gamme de produits : médicaments, compléments alimentaires, boissons thérapeutiques ou encore soins cosmétiques. Selon les données du ministère de la Santé, le secteur consomme annuellement environ 100.000 tonnes de matières premières, générant une valeur de 400 millions de dollars.

À l’échelle mondiale, la tendance est tout aussi marquante. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) rapporte que 80% de la population globale a recours aux herbes médicinales pour les soins de santé primaires. Ce marché international, en pleine effervescence, pourrait culminer à 430 milliards de dollars d’ici 2028. Ces chiffres placent le Vietnam devant une opportunité économique historique.

Zone de culture de l’ipomée à Phu Tho (Nord). 
Photo : ND/CVN

Toutefois, cette richesse est aujourd’hui menacée. La maîtresse de conférences Pham Thanh Huyên, directrice du Centre des ressources médicinales, tire la sonnette d’alarme : des décennies d’exploitation sauvage, sans stratégie de régénération ni protocoles normés, ont poussé de nombreuses espèces au bord de l’extinction. Outre la raréfaction des ressources, cette cueillette non contrôlée compromet gravement la qualité et l’efficacité des principes actifs issus du milieu naturel.

D’autre part, la problématique des plantes médicinales d’origine inconnue, issues de la contrebande ou de mélanges, persiste, affectant grandement la qualité des sources de matières premières et des produits dérivés. Cela nuit à la confiance des consommateurs envers les produits issus des plantes médicinales et de la médecine traditionnelle, tout en rendant difficiles la gestion et la supervision par les autorités compétentes.

L’explosion de la demande intérieure - que ce soit pour l’industrie pharmaceutique, les compléments alimentaires ou la cosmétique - couplée aux ambitions d’exportation, souligne une urgence majeure : la transparence. Jusqu’à présent, l’opacité sur l’origine et la traçabilité des ressources a empêché la pharmacopée vietnamienne d’atteindre la place qu’elle mérite sur l’échiquier mondial. Sans une certification rigoureuse, le secteur restera limité.

Pour inverser cette tendance, et suivant les directives nationales, le secteur de la santé engage une synergie interministérielle pour sanctuariser ce patrimoine. Au cœur de ce dispositif, l’Institut des produits médicaux déploie une stratégie baptisée “Préserver l’âme de la médecine du Sud” .

Comme l’explique le Docteur Trân Minh Ngoc, directeur de l’Institut, ce concept ne se limite pas à la simple sauvegarde des plantes ou des formules thérapeutiques. Il s’agit d’une démarche plus profonde : pérenniser l’esprit, la philosophie et les savoirs ancestraux forgés au fil des siècles. L’objectif est de marier cette sagesse indigène à l’excellence scientifique contemporaine. En s’appuyant sur l’expertise de ses chercheurs, l’Institut mise sur quatre axes majeurs : conservation, transmission, standardisation et valorisation. Cette approche holistique forge désormais l’identité et la souveraineté de l’industrie médicinale vietnamienne.

Un sanctuaire pour le savoir

Pour la Docteure Dô Thi Hà, vice-directrice de l’Institut, la transition numérique est bien plus qu’une simple mise à jour technique : c’est le levier indispensable pour moderniser la gestion et décupler la valeur des ressources. L’application de ces outils permet désormais une traçabilité de bout en bout. Qualité des semences, zones de culture, protocoles de récolte et circuits de distribution : chaque maillon de la chaîne est scruté de manière transparente. Ce contrôle rigoureux constitue le socle de confiance nécessaire pour que les plantes vietnamiennes intègrent durablement les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Les scientifiques du Centre national de recherche sur les gènes et les variétés de plantes médicinales mesurent les indices de conservation des plantes médicinales. 
Photo : ND/CVN

Face au risque d’érosion des connaissances ancestrales, le numérique devient un outil de sauvegarde stratégique. L’Institut s’attèle aujourd’hui à la création d’une base de données nationale exhaustive. Composition chimique, effets biologiques et secrets des recettes populaires y sont répertoriés. Cette numérisation ne sert pas uniquement à la conservation ; elle accélère de manière spectaculaire le cycle de Recherche & Développement (R&D) et facilite la coopération scientifique internationale.

En parallèle, un réseau de jardins conservatoires représentatifs des différents écosystèmes du pays est en cours de déploiement, créant ainsi un pont physique et numérique pour une industrie à la fois moderne et durable.

Dans le cadre de son plan d’action stratégique, l’Institut mise sur une synergie de technologies de pointe pour propulser le secteur. En intégrant l’intelligence artificielle et le Big Data pour optimiser l’analyse de données complexes issues de la résonance magnétique ou de la spectrométrie, l’Institut accélère la découverte de nouveaux principes actifs, tandis que les biotechnologies multiomiques permettent de créer des cultures résilientes face au changement climatique.

Cette modernisation, complétée par l’Internet des objets (IoT) pour une agriculture de précision, place invariablement l’humain au cœur du progrès : en réconciliant les racines du Nam Duoc avec l’excellence scientifique du XXIe siècle, le Vietnam bâtit un système de santé communautaire performant, éthique et résolument tourné vers l’avenir.

L’Institut conjugue savoirs ancestraux et technologies de pointe pour optimiser l’excellence des plantes médicinales, la performance des produits et, in fine, l’efficacité des soins. Cette démarche s’inscrit dans une mission fondamentale : placer la santé, le bien-être social et la dignité humaine au sommet de chaque recherche. Comme l’affirme le Docteur Trân Minh Ngoc : “Garder l’âme du Nam Duoc, c’est préserver nos racines et les connaissances indigènes tout en modernisant la pharmacopée nationale”. L’objectif ultime demeure de servir l’humain et de bâtir une santé communautaire de haut niveau, alliant tradition et progrès.

HUONG LINH/CVN

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