Réguler la crypto pour mieux protéger données et capitaux

Alors que les cryptomonnaies deviennent un vecteur privilégié d’escroqueries numériques, le Vietnam cherche à encadrer ce marché en développant des plateformes domestiques perçues comme un outil clé pour limiter les dérives.

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En 2024, malgré de nombreuses plaintes pour escroquerie, les enquêtes ont été entravées par le refus de coopération des plateformes d’échange.
Photo : CTV/CVN

Selon le colonel Hoàng Ngoc Bach, représentant du Département de la cybersécurité et de la lutte contre la criminalité de haute technologie (A05) du ministère de la Police, de nombreuses affaires d’escroquerie révèlent un schéma récurrent : les fonds détournés sont rapidement convertis en cryptomonnaies afin d’effacer les traces ou d’être transférés à l’étranger. "Les criminels considèrent ces actifs comme un refuge sûr", a-t-il souligné.

Le manque de base légale pour saisir ces actifs et tracer les flux financiers complique considérablement les enquêtes. Cette zone grise juridique favorise ainsi la prolifération des pratiques frauduleuses dans un environnement difficile à contrôler.

Un refuge pour les flux illicites

D’après des estimations non officielles, près de 20 millions de Vietnamiens détiennent aujourd’hui des cryptomonnaies, soit environ un cinquième de la population. Les volumes d’échanges atteignent des dizaines de milliers de milliards de dôngs, mais s’effectuent majoritairement sur des plateformes étrangères, échappant à toute supervision nationale.

Le colonel Hoàng Ngoc Bach, représentant du Département de la cybersécurité et de la lutte contre la criminalité de haute technologie du ministère de la Police.
Photo : CTV/CVN

Cette situation entraîne non seulement un manque à gagner fiscal, mais expose également les investisseurs à de multiples risques. Parmi les fraudes les plus répandues figure la création de fausses plateformes destinées à piéger les utilisateurs. L’anonymat inhérent aux cryptomonnaies rend l’identification des auteurs particulièrement complexe.

Pour protéger les données et les investisseurs

Face à ces défis, les autorités vietnamiennes plaident pour la mise en place de plateformes domestiques soumises à des règles comparables à celles du marché boursier. Un tel dispositif permettrait d’identifier clairement les parties prenantes des transactions et de faciliter le suivi des flux en cas d’infraction.

Au-delà des enjeux financiers, la question de la protection des données personnelles suscite également des inquiétudes croissantes. L’inscription sur des plateformes internationales implique souvent la transmission d’informations sensibles - carte d’identité, coordonnées bancaires, numéros de téléphone ou adresses électroniques. Ces données peuvent ensuite être exploitées à des fins frauduleuses, notamment pour usurper des identités ou ouvrir des comptes en ligne via des formulaires d’authentification électronique (eKYC).

Les autorités redoutent ainsi une fuite massive de données vers l’étranger. Dans plusieurs affaires, ces informations ont été utilisées pour alimenter des réseaux criminels sophistiqués.

Dans ce contexte, la création d’un écosystème national apparaît comme une réponse stratégique, visant à la fois à encadrer le marché et à renforcer la sécurité des citoyens. "Nous espérons qu’une avancée, même expérimentale, dans la mise en place de ces plateformes contribuera à réduire les infractions", a affirmé le colonel Bach.

Président de l’Association vietnamienne de la blockchain et des actifs numériques, Phan Duc Trung.
Photo : CTV/CVN

Toutefois, ces infrastructures devront répondre à des exigences élevées en matière de cybersécurité, les plateformes d’échange constituant des cibles privilégiées pour les cybercriminels. Les experts recommandent également un contrôle rigoureux des sources de financement ainsi qu’un renforcement de la sensibilisation des investisseurs.

Cette initiative s’inscrit dans un projet pilote de développement du marché des actifs numériques sur cinq ans. Le ministère des Finances a déjà commencé à recevoir des demandes de licence, avec l’intérêt manifeste d’une dizaine de sociétés de courtage et d’établissements bancaires. Le nombre d’opérateurs sera volontairement limité afin de maîtriser les risques tout en préservant une certaine concurrence.

Président de l’Association vietnamienne de la blockchain et des actifs numériques, Phan Duc Trung a indiqué que de grandes entreprises internationales suivent de près les évolutions du règlement vietnamien, dans l’espoir de pénétrer un marché estimé à plus de 200 milliards de dollars.

Du côté des régulateurs, la prudence reste de mise. Tô Trân Hòa, représentant de la Commission nationale des valeurs mobilières, a précisé que l’ouverture du marché se fera de manière progressive. Dans un premier temps, seuls les investisseurs nationaux déjà détenteurs de cryptomonnaies ainsi que les investisseurs étrangers, seront autorisés à opérer sur les plateformes vietnamiennes.

Thao Nguyên/CVN

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