Agroalimentaire
L’impératif d’une transition de la simple production vers la maîtrise des chaînes de valeur

Bien que le Vietnam figure désormais parmi les vingt plus grandes économies exportatrices au monde et participe profondément dans les chaînes d’approvisionnement globales, le secteur agroalimentaire national fait face à un défi de taille : la majeure partie de la valeur ajoutée lui échappe encore.

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Ligne de production pour la transformation de mangues surgelées destinées à l’exportation de la société Antesco, commune de Châu Phu, province d’An Giang. 
Photo : Vu Sinh/VNA/CVN

Ce constat impose aujourd'hui une transformation profonde du modèle économique, incitant les entreprises locales à passer du statut de simple fournisseur de matières premières à celui de maître d'œuvre de la chaîne de valeur.

Le marché alimentaire mondial, dont la valorisation annuelle avoisine les 10.000 milliards de dollars, présente un secteur à potentiel de croissance stable, mais la répartition des profits y est particulièrement déséquilibrée. Alors que la production de matières premières ne capte que 5% à 10% de la valeur finale, les segments de la distribution et du commerce de détail s'en approprient entre 50% et 70%.

Selon le Dr. Dinh Thê Hiên, directeur de l’Institut de recherche en information et en économie appliquée (IIB), la véritable valeur du secteur agroalimentaire réside dans la capacité de contrôle du marché, de la marque et du système de distribution. C’est le nœud gordien pour les entreprises vietnamiennes malgré leur participation profonde dans la chaîne de valeur et un grand potentiel à exploiter.

Cette réalité est flagrante à travers plusieurs filières clés. Le café, par exemple, se négocie entre 2,5 et 3 dollars le kilogramme à l’état brut, mais son prix peut bondir jusqu'à 60 dollars une fois transformé et commercialisé sous une marque de détail sur les marchés développés. Un constat similaire s'applique à la crevette ou au fruit de la passion, dont les prix sont multipliés de manière exponentielle après transformation.

Pour inverser cette tendance, Phan Minh Thong, président du groupe Phuc Sinh, souligne que la pérennité de l'agriculture vietnamienne dépend de l'abandon des exportations brutes au profit d'investissements massifs dans la transformation profonde et la certification qualité. Ce changement de paradigme, soutenu par le Dr. Dinh Thê Hiên, appelle à une transition de la pensée de production vers une pensée de chaîne de valeur. En maîtrisant la transformation, le branding et l'intégration dans les chaînes de distribution mondiaux, la valeur ajoutée du secteur pourrait être multipliée par trois, voire par cinq, dans les années à venir.

Par ailleurs, l’isolement n’est plus une option pour les entrepreneurs vietnamiens. Nguyên Dang Hiên, vice-président de l'Association de l'alimentation et des denrées alimentaires de Hô Chi Minh-Ville (FFA), insiste sur la nécessité de participer aux réseaux de connexion concrets via les activités commerciales, la promotion commerciale et la coopération économique. Au-delà du produit lui-même, la confiance et la transparence deviennent des fondements de la compétitivité mondiale, surpassant désormais le simple avantage lié aux coûts de production.

Enfin, la transition écologique s'impose comme une condition sine qua non pour accéder aux marchés exigeants. Dinh Hông Ky, vice-président de l'Association des entreprises de Hô Chi Minh-Ville, avertit que le durcissement des normes environnementales, des émissions et de traçabilité pourrait exclure les entreprises non préparées, tout en offrant des opportunités de réduction de coûts et d’augmentation de la valeur des produits à long terme pour celles qui s'adaptent.

Pour accompagner cette mutation, les acteurs du secteur appellent le gouvernement à élaborer des politiques, à instaurer un environnement d’investissement stable, transparent et prévisible, à faciliter l'accès au crédit vert et à renforcer la promotion commerciale, afin de permettre aux entreprises alimentaires vietnamiennes de rivaliser avec les grands groupes internationaux et d'assurer une croissance agricole durable.

VNA/CVN

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