Quand le patrimoine culturel crève l’écran pour réinventer l’avenir créatif

Hô Chi Minh-Ville cherche à transformer son riche patrimoine et ses ressources culturelles en récits cinématographiques, en s’appuyant sur son nouveau statut de "Ville créative du cinéma" de l’UNESCO pour renforcer les liens entre la préservation du patrimoine, la production cinématographique, le tourisme et l’économie créative dans son ensemble.

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Des films classiques sont projetés dans le cadre des Journées de la littérature et des arts de Hô Chi Minh-Ville. 
Photo : baotintuc.vn/CVN

L’adhésion au Réseau des villes créatives de l’UNESCO offre à Hô Chi Minh-Ville l’opportunité de promouvoir son patrimoine, ses espaces culturels et ses ressources créatives. Toutefois, pour transformer ces atouts en films à large portée, il est nécessaire de tisser des liens plus étroits entre la recherche, la production, la distribution, le tourisme et la coopération internationale.

Du patrimoine à l’écran : des récits qui prennent vie

Hô Chi Minh-Ville possède un riche patrimoine, tant matériel qu’immatériel, ainsi qu’un paysage urbain et une vie communautaire façonnés au fil des époques historiques. Ces éléments constituent une précieuse source d’inspiration pour le cinéma, tout en offrant un moyen de transmettre des valeurs culturelles au public à travers des images et des récits.

Selon l’Artiste émérite Nguyên Thi Thanh Thuy, directrice adjointe du Service de la culture et des sports de Hô Chi Minh-Ville, la reconnaissance de la ville par l’UNESCO en tant que "Ville créative du cinéma" représente à la fois un honneur et une responsabilité : celle de concrétiser ses engagements par des programmes et des solutions tangibles.

La valeur de ce titre ne réside pas uniquement dans la reconnaissance internationale ; elle doit également se traduire par des changements significatifs dans les activités cinématographiques et la vie culturelle de la ville. Dans cette dynamique, le patrimoine peut devenir une source de recherche et d’inspiration pour les cinéastes.

À l’inverse, le cinéma permet de faire sortir le patrimoine des archives et des espaces d’exposition pour toucher un public plus large, notamment les jeunes. Une histoire captivante portée à l’écran peut susciter l’intérêt pour l’histoire, les lieux emblématiques, les coutumes et la vie culturelle associés au film.

La production du film "Hô linh trang si - Bi ân mô vua Dinh" (Les Gardiens de l’esprit : Le dernier secret du premier empereur) démontre que, derrière chaque scène historique, se cache un travail considérable de recherche et de reconstitution. 
Photo : CTV/CVN

Toutefois, la transposition d’éléments culturels en images cinématographiques ne constitue pas un processus simple. La production du film "Hô linh trang si – Bi ân mô vua Dinh" (Les Gardiens de l’esprit : Le Dernier Secret du premier empereur) démontre que derrière chaque scène historique se cache un travail considérable de recherche et de reconstitution.

Selon Ngô Thi Bich Hanh, représentante de la société de production, la reconstitution des décors d’époque a exigé de l’équipe l’étude d’une multitude de sources concernant les costumes, les accessoires, l’architecture, les fêtes, les coutumes, les rituels et la vie populaire.

Certains détails ne sont visibles à l’écran que quelques instants, mais ils nécessitent des recherches approfondies, des recoupements d’informations et un travail de reconstitution minutieux.

Cette réalité montre que porter le patrimoine à l’écran ne saurait se résumer au simple choix d’un sujet historique ou à l’utilisation d’un site culturel comme toile de fond.

La crédibilité d’un film repose également sur la fiabilité des sources, sur l’expertise en matière de reconstitution ainsi que sur la collaboration entre cinéastes, chercheurs, artisans, concepteurs et les communautés qui préservent et perpétuent ce patrimoine.

Le créateur Si Hoàng a souligné que ce processus doit concilier "exactitude" et "esthétique". La créativité artistique doit s’ancrer dans l’histoire et la culture sans en altérer arbitrairement l’essence, tout en trouvant des modes de présentation adaptés au langage cinématographique et au public contemporain. C’est là que se rejoignent préservation et créativité.

Si le patrimoine est conservé uniquement dans des archives ou des espaces d’exposition, il risque de peiner à déployer toute sa valeur dans la vie contemporaine. En revanche, lorsqu’il est transposé de manière responsable en récit cinématographique, il peut continuer à susciter des émotions, encourager l’exploration et inspirer de nouvelles formes de créativité.

L’enjeu ne consiste donc pas à savoir s’il convient de porter le patrimoine à l’écran, mais à définir un processus suffisamment solide pour garantir que les films respectent les valeurs d’origine tout en séduisant le public.

Élargir les horizons du cinéma

Pour transformer les ressources culturelles en produits cinématographiques, Hô Chi Minh-Ville a besoin d’infrastructures, d’espaces et de services de soutien capables de répondre aux exigences de l’ensemble du processus de création, du développement du projet et du tournage jusqu’à la post-production et la distribution.

Exposition "Hô Chi Minh-Ville s’élève avec le pays à travers le regard du cinéma", novembre 2025.
Photo : VNA/CVN

Selon la Dr. Nguyên Thi Hâu, secrétaire générale de l’Association des sciences historiques de Hô Chi Minh-Ville, la ville et la région du Sud disposent de nombreux espaces urbains, paysages naturels et cadres sociaux pouvant servir de "studios de tournage naturels".

Cet atout permet aux équipes de tournage d’utiliser des lieux réels tout en offrant l’occasion de mettre en valeur l’architecture, la culture et le mode de vie locaux à travers les films.

Toutefois, les paysages existants ne constituent qu’une partie des infrastructures cinématographiques. Une industrie cinématographique visant un développement durable nécessite également des studios, des installations techniques, des professionnels qualifiés et des services de soutien à la production. Sans ces conditions, les atouts liés aux lieux et aux ressources culturelles ne suffisent pas à attirer des projets nationaux et internationaux.

L’extension des espaces culturels à Hô Chi Minh-Ville pourrait offrir davantage de possibilités au cinéma. Le parc du port de Nhà Rông - Khanh Hôi est en cours d’aménagement, tandis que la ville prévoit également une série d’espaces culturels le long des deux rives de la rivière de Sài Gon.

Outre la satisfaction des besoins culturels des habitants, ces lieux pourraient accueillir des activités créatives, des échanges, des projections et des événements cinématographiques s’ils sont aménagés et gérés de manière appropriée. L’étape essentielle suivante consiste à relier des ressources qui fonctionnent actuellement de manière isolée.

Le patrimoine fournit la matière première ; les cinéastes la transforment en œuvres ; les infrastructures et les services soutiennent la production ; les espaces culturels présentent les œuvres au public ; et le tourisme renforce l’attrait suscité par les histoires et les lieux vus à l’écran. Lorsque ces maillons fonctionnent comme une chaîne continue, la valeur d’un film ne s’arrête pas à la fin de son exploitation en salles.

Ses lieux de tournage, ses personnages et ses histoires peuvent être transformés en produits touristiques, en activités éducatives, en expériences patrimoniales ou en d’autres produits créatifs. Les retombées économiques peuvent également dépasser le simple cadre du box-office pour toucher des secteurs connexes.

L’adhésion de Hô Chi Minh-Ville au Réseau des villes créatives de l’UNESCO offre des opportunités supplémentaires pour faire progresser ce processus à l’échelle internationale.

Selon la Dre. Pham Thi Thanh Huong, responsable du secteur Culture au bureau de l’UNESCO à Hanoi, ce réseau donne accès à un large éventail de ressources, non seulement financières, mais aussi en matière d’expertise (production, technologie, ressources humaines), de marchés et d’industries de soutien. La ville peut explorer des modèles de coproduction, renforcer la coopération entre cinéastes et faciliter la réalisation de certaines étapes de projets cinématographiques internationaux au Vietnam.

Une telle coopération permettrait aux professionnels locaux d’accéder à des technologies de pointe, d’acquérir une expérience de production et d’atteindre des normes professionnelles plus élevées, tout en offrant aux films vietnamiens davantage d’opportunités de conquérir de nouveaux marchés.

Ces impératifs montrent que le titre de "Ville créative du cinéma" ne constitue pas une finalité, mais le point de départ d’un processus de réorganisation des ressources culturelles. Le patrimoine doit être envisagé comme un atout susceptible de générer une valeur ajoutée grâce au processus de création ; les espaces culturels doivent être reliés à la production et aux publics ; et les ressources humaines ont besoin d’opportunités pour accéder aux technologies, à l’expertise et aux marchés internationaux.

VNA/CVN

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