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| L’ambassadeur de France au Vietnam, Olivier Brochet, prend la parole lors d’une réception des chercheurs français et vietnamiens pour la conférence post-PLUME organisée au Vietnam les 14 et 15 avril. |
| Photo : IRD/CVN |
Le 14 avril au soir, à l’ambassade de France à Hanoï, une réception a réuni chercheurs, diplomates et institutions vietnamiennes et françaises autour d’un objectif commun : dresser le premier bilan de la campagne océanographique PLUME. Organisée par l’Académie des sciences et des technologies du Vietnam (VAST) et l’Institut des sciences et technologies pour l’énergie et l’environnement (ISTEE), cette rencontre a illustré la vitalité d’un partenariat scientifique qui s’inscrit dans la durée.
Dans la continuité du récent sommet "One Health" (Une seule santé), déroulé au début du mois d’avril à Lyon (France), l’événement a mis en lumière le rôle croissant de la science dans la compréhension des interactions entre santé humaine, environnementale et animale. "Le Vietnam partage pleinement cette approche globale", affirme l’ambassadeur de France au Vietnam, Olivier Brochet. "Nous le constatons chaque jour à travers les coopérations scientifiques engagées entre nos deux pays, notamment sur les zoonoses et les enjeux environnementaux", souligne-t-il.
Pour le diplomate, la campagne PLUME constitue un jalon majeur dans cette dynamique. "Elle a mobilisé de très nombreux chercheurs pendant des années. Aujourd’hui, elle met à disposition une masse de données essentielle pour éclairer les décisions publiques face aux défis du changement climatique", précise M. Brochet.
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| Les échanges des scientifiques français et vietnamiens lors de la réception du 14 avril à l’ambassade de France à Hanoï. |
| Photo : IRD/CVN |
Quarante-deux jours en mer : les coulisses d'une prouesse technique
Le projet PLUME (Processus de dispersion des apports fluviaux dans les PANACHES) ne s’est pas fait en un jour. Du 28 mai au 11 juillet 2024, le navire de recherche français Antea a sillonné les eaux côtières vietnamiennes sur plus de 4 800 km, de Hai Phong à Hô Chi Minh-Ville. Ce voyage de 42 jours a mobilisé près de 60 scientifiques, dont 23 ont travaillé directement à bord grâce à un système de rotation rigoureux (11 Vietnamiens et 12 Français). Son objectif : mieux comprendre le transport des eaux, des sédiments et des polluants le long du continuum fleuve-océan, dans un contexte marqué par la saison des pluies et les effets du changement climatique.
Le Dr. Vu Duy Vinh de la VAST, chercheur principal et cheville ouvrière du projet côté vietnamien, se remémore la complexité de la mission : "Contrairement aux expéditions en haute mer, PLUME a navigué très près des côtes, là où les courants, la salinité et les nutriments changent à une vitesse fulgurante. C’est un environnement complexe, comparable à une zone urbaine dense". D’ajouter également les défis administratifs et logistiques. "Obtenir les autorisations nécessaires a été une véritable épreuve. À un moment, nous pensions même que la mission ne pourrait pas avoir lieu", rappelle le scientifique.
Malgré tous ces obstacles, l'équipe a réussi à étudier 79 stations marines et 55 stations fluviales dans le système Saïgon/Dông Nai et le delta du Mékong. Un record pour ce type de mission côtière au Vietnam !
Le bilan matériel est impressionnant : plus de 2 000 kg d’échantillons d’eau, de sédiments et de plancton ont été prélevés, générant plus de 100 gigaoctets de données. Pour Vu Duy Vinh, ces outils modernes sont une chance : "Nous avons pu utiliser des moyens de pointe français, moins imposants que les navires russes habituels, mais parfaitement équipés. C’est une expérience précieuse pour imaginer, à l’avenir, l’investissement du gouvernement vietnamien dans ses propres navires de recherche", souligne-t-il.
Des microplastiques au génome : les premières révélations scientifiques
Le colloque organisé à la VAST les 14 et 15 avril a permis de lever le voile sur les premiers résultats de cette moisson de données. Si 15 à 20 articles sont attendus dans les prochaines années, deux publications majeures ont déjà bousculé les certitudes.
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| Le colloque organisé à la VAST les 14 et 15 avril a permis de lever le voile sur les premiers résultats de la campagne de recherche PLUME. |
| Photos : IRD/CVN |
Marc Tedetti, océanographe biogéochimiste à l’IRD, partage une découverte surprenante concernant la pollution plastique. "Contrairement à ce que l’on attendait, nous avons observé des concentrations de microplastiques plus importantes au large qu’à la côte", fait part le chercheur. Ce phénomène s'explique par la dynamique complexe des courants côtiers vietnamiens, qui agissent comme des zones de convergence, accumulant les débris loin des rivages.
L’autre surprise vient des sédiments marins. Sylvain Ouillon, représentant de l’IRD au Vietnam, évoque ce qu'il appelle la "sérendipité" scientifique. En analysant le fond des océans, les chercheurs ont isolé des bactéries dotées de propriétés de résistance aux métaux lourds. "Ces découvertes pourraient avoir des applications concrètes en biotechnologie ou en bioremédiation pour dépolluer des systèmes contaminés", précise-t-il.
L'étude s'est également penchée sur l'impact de la saison des pluies sur le continuum fleuve-océan. Les analyses montrent comment les flux du fleuve Rouge et du Mékong transportent des matériaux anthropiques, des pesticides comme le glyphosate, et influent sur la biodiversité marine. L'antibiorésistance, thématique centrale du concept One Health, a aussi été cartographiée le long des côtes, révélant comment les bactéries résistantes circulent du circuit hydrographique vers la mer.
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| Le Pr-Dr.Chu Hoàng Hà, vice-présidente de la VAST, prononce son discours lors de la conférence post-PLUME tenue à Hanoï. |
| Photo : VAST/CVN |
Cependant, les chercheurs appellent à la prudence. "Nous n’en sommes qu’au début", rappelle Sylvain Ouillon. Il est à prévoir qu’"il faudra au moins cinq ans pour exploiter pleinement l’ensemble des données".
Science, formation et politiques publiques : un impact multidimensionnel
Au-delà des résultats scientifiques, la campagne PLUME a également joué un rôle structurant dans le renforcement des capacités humaines et institutionnelles.
Depuis vingt ans, la coopération franco-vietnamienne a permis de former 28 doctorants en océanographie, dont plusieurs travaillent actuellement sur les données de PLUME. "La formation des jeunes chercheurs est le fil rouge de notre collaboration", souligne Sylvain Ouillon.
À bord du navire, la rotation des équipes a favorisé un transfert de compétences techniques essentiel. "Travailler sur un bateau océanographique exige un savoir-faire spécifique. Nous avons formé les étudiants directement sur le terrain", explique Marc Tedetti.
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| Collecte et analyse des échantillons des scientifiques durant 42 jours à bord du navire Antea en 2024. |
| Photos : IRD/CVN |
Pour la partie vietnamienne, les retombées sont également stratégiques. "Cette campagne nous a permis d’accéder à des équipements modernes et de renforcer notre expertise", note Vu Duy Vĩnh. D'ajouter également qu'"elle ouvre la voie à de nouveaux projets, comme l’installation de stations de mesure automatiques le long des côtes, susceptibles de capter plusieurs types de données". Cette transparence des données scientifiques est aussi un atout commercial majeur. En certifiant la sécurité environnementale des eaux vietnamiennes grâce à des protocoles européens, le Vietnam pourrait faciliter l'exportation de ses produits halieutiques vers l'Union européenne. "Ces instruments de mesure sont comme un +laissez-passer+ pour nos fruits de mer sur les marchés les plus exigeants", précise le chercheur.
Les implications dépassent largement le cadre scientifique. Les données collectées permettront d’éclairer les politiques publiques, notamment en matière de lutte contre la pollution, de gestion des ressources marines et d’adaptation au changement climatique.
"Une fois analysées, ces données sont mises à disposition des autorités pour guider leurs décisions", rappelle pour sa part l’ambassadeur Olivier Brochet. "C’est un outil précieux pour faire face aux défis environnementaux actuels", affirme le diplomate.
Vers une nouvelle génération de coopérations scientifiques
Alors que les résultats continuent d’être exploités, la campagne PLUME s’impose déjà comme une référence en matière de coopération scientifique internationale.
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| Les scientifiques vietnamiens et français participant aux deux jours de conférence post-PLUME organisée à Hanoï les 14 et 15 avril. |
| Photo : VAST/CVN |
D’ici les prochaines années, entre 15 et 20 publications scientifiques viendront compléter les premiers travaux déjà publiés, enrichissant considérablement les connaissances sur les écosystèmes côtiers vietnamiens.
Mais au-delà des publications, c’est une nouvelle vision de la recherche qui se dessine : une science collaborative, multidisciplinaire et tournée vers l’action.
"Nous espérons, à terme, développer des systèmes d’observation continue en mer », indique Sylvain Ouillon. "Cela permettra de suivre en temps réel l’évolution des paramètres environnementaux", ajoute-il.
Dans un contexte de changement climatique accéléré, de pression anthropique croissante et d’interconnexion des écosystèmes, PLUME apparaît ainsi comme bien plus qu’une campagne scientifique : un outil stratégique pour penser l’avenir des mers vietnamiennes. PLUME n'était qu'une étape ; la connaissance, elle, continue de couler, tel un fleuve rejoignant l'océan.
Hông Anh/CVN









