"Passer après Karl" : Virginie Viard sonde sa brutale éviction de Chanel

"On va s'arrêter là" : par cette formule d'un des propriétaires de Chanel, la styliste Virginie Viard apprend le 5 juin 2024 que la marque où elle a passé 30 ans ne sera plus la sienne le soir même, un épisode qu'elle décortique dans son autobiographie.

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La styliste française Virginie Viard, à Paris, le 5 octobre.
Photo : AFP/VNA/CVN

Dans Un regard, Une vie chez Chanel (Éditions Stock), la couturière fait preuve d'une transparence inattendue dans le milieu feutré de la mode et livre les raisons de cette chute, l'une des plus brutales des derniers mercatos qui la voit être "débranchée" à la veille d'un défilé qu'elle a pourtant préparé.

"C'est un tout qui fait que, soudainement, cela ne marche plus", dit, lors d'un entretien , la créatrice, entrée comme stagiaire chez Chanel en 1987 et désignée pour succéder à Karl Lagerfeld à sa mort en 2019.

Un mois avant cette éviction, le défilé Chanel à Marseille, sur les toits de la Cité radieuse et sous la pluie, a été mal accueilli. La créatrice dit dans le livre que personne n'a essayé d'empêcher ce désastre au sein de la Maison.

Il y avait pourtant des signes.

"Passer après Karl"

"Je me dis que je suis trop entière. Trop affective. Peut-être trop vieille pour ces parties d'échecs-là, (...) qui se font dans les couloirs des grandes maisons et que je n'ai jamais voulu voir parce qu'elles m'indifféraient", estime Mme Viard, 64 ans.

Le styliste allemand Karl Lagerfeld avec Virginie Viard, alors responsable de studio de création chez Chanel, à Paris. 
Photo d’archives : AFP/VNA/CVN

Virginie Viard restait en retrait de tous, aussi discrète que son mentor était flamboyant. Invisible dans la presse, refusant les interviews, s'éclipsant après les défilés.

"Je ne suis pourtant pas du tout difficile d'accès. Je ne me rendais pas compte !", dit-elle de ce cocon de tweed dans lequel elle s'est enfermée, happée par le rythme effréné des collections annuelles.

Sa plus grande erreur, reconstitue-t-elle, est de ne pas avoir mis en place de binôme, son "Karl" à elle pour l'aider à diriger. Après deux ans d'introspection et "un coaching" qui l'a sauvée, Virginie Viard met des mots sur cette épreuve : "Ce qui est difficile... c'est de passer après Karl".

"Mon rôle était de faire en sorte que Karl puisse être Karl, pleinement et entièrement", rembobine-t-elle, rappelant aussi que, lorsque le créateur se démultipliait, c'est elle qui "tenait la maison".

"Il n'y a pas d'autre designer qui savait dessiner comme lui. Pas seulement une jupe ou un col, mais le chaud ou le froid, un sentiment, une attitude", ajoute-t-elle.

Coaching

Durant son mandat, les ventes ont pourtant atteint des sommets, avec un record de près de 20 milliards de dollars en 2023. Mais les chiffres n'étaient pas son affaire.

Le styliste franco-belge Matthieu Blazy apparaît à la fin du défilé Chanel femmes automne/hiver 2026-2027 à Paris durant la Fashion Week, le 7 juillet. 
Photo : AFP/VNA/CVN

"On m'a totalement protégée. Bien sûr, si ça ne marchait pas, je le savais et je pouvais changer mais, pour reprendre l'expression fétiche de Karl, +ça n'allait pas faire la prochaine+ (collection, NDLR)", explique-t-elle.

Son travail, que ce soit dans le prêt-à-porter ou en haute couture, a toutefois été décrié dans le milieu de la mode pour son design parfois hasardeux ou un manque de prise de risques.

Matthieu Blazy lui a succédé en 2025. "Un homme, beaucoup plus jeune", note Mme Viard. "Pas le Chanel de votre grand-mère", titrait le New York Times à propos de sa première collection, acclamée et qui s'est arrachée - au sens propre - en boutique.

Regarder un défilé Chanel n'est plus aujourd'hui un supplice pour son ex-directrice. Mais elle le découpe par petites touches, "quelques silhouettes". "Toujours le lendemain."

Elle reste toujours aussi discrète, ne se montrant qu'au défilé de son amie Stella McCartney, et confie dans son livre avoir été soulagée que les papesses de la mode ne la snobent pas totalement.

Sur ce milieu qu'elle a connu et adulé, Virginie Viard estime que la mode manque aujourd'hui "d'intimité", que tous les regards sont appelés à "aller dans le même sens" et que le style doit rester quelque chose qui "fluctue".

Elle admet avoir reçu des propositions "mais il me faut une rencontre avec quelqu'un, le +truc+, et que cela me fasse rêver", soupire-t-elle.

AFP/VNA/CVN




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