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| Le "Mo Muong" est pratiqué lors des cérémonies associées à la vie religieuse et aux cycles de vie des Muong. |
| Photo : VNA/CVN |
Au rythme de la transformation numérique du Vietnam, des efforts sont déployés pour sauvegarder les valeurs culturelles traditionnelles, de plus en plus mises sous pression par la vie moderne.
Dans la province de Phu Tho (Nord), l’attention se concentre sur le Mo Muong, forme unique de chants rituels et de savoirs folkloriques, dans la vie spirituelle de la communauté ethnique Muong.
Reconnu patrimoine culturel immatériel national en février 2024, cet héritage dépasse les simples textes cérémoniels : il préserve l’histoire, les coutumes, les croyances et les valeurs sociales transmises de génération en génération. Aujourd’hui, la coutume est pratiquée dans sept villes et provinces : Ninh Binh, Phu Tho, Hanoï, Son La, Thanh Hoa et Dak Lak, témoignant de l’étendue de son ancrage au sein des communautés Muong.
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| Le "thây Mo", grand connaisseur en rites et coutumes. |
| Photo : VNA/CVN |
Une véritable encyclopédie vivante
Pratique rituelle essentielle de la vie spirituelle des Muong, cette tradition reflète leur conception de l’être humain, de la nature et de l’univers. Ses vers et rimes sont utilisés dans 23 rituels de cette minorité ethnique. La pratique est classée en trois catégories : Mo Nghi lê (Cérémonie), Mo Kê chuyên (Narration) et Mo Nhom (Description). L’expression la plus complète de ses valeurs s’incarne dans le rite funéraire Mo Tang lê, qui comprend des dizaines de milliers de vers récités pendant douze jours et douze nuits. Cette cérémonie est considérée comme l’événement rituel le plus important des Muong.
La coutume est une performance rituelle mêlant récitation et chant, transmise exclusivement par voie orale. Composés de mythes fondateurs, de légendes populaires, d’épopées et de récits cosmogoniques, ses textes constituent une véritable mémoire vivante des Muong et offrent une vision de ses origines ainsi que de sa conception du monde.
Pour cette ethnie, le maître des rituels, appelé thây mo, est bien plus qu’un officiant : il est le gardien d’un art oral sacré. Il connaît par cœur des milliers de vers et maîtrise une grande diversité de rites, des funérailles aux bénédictions pour les naissances, les mariages, les nouvelles maisons ou encore les cérémonies de protection spirituelle.
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| Offrandes lors de la cérémonie de refroidissement de la maison. |
| Photo : VNA/CVN |
Un héritage à promouvoir
Dans les communautés Muong de Phu Tho, notamment à Thuong Côc et Dai Dông, ce rituel demeure étroitement lié à la vie communautaire et aux pratiques spirituelles. Les chants exécutés lors des cérémonies remplissent non seulement une fonction religieuse, mais servent également d’archives de la mémoire collective, préservant les récits sur les origines, les coutumes et la vision du monde des Muong.
Selon l’“Artisan du Peuple” Bùi Van Minh, de la commune de Thuong Côc, chaque chant porte une signification culturelle qui dépasse largement son usage rituel.
“Pour les Muong, ce patrimoine n’est pas simplement une prière déclamée durant les cérémonies. Il contient l’identité culturelle et les savoirs accumulés par la communauté au fil des générations”, explique-t-il.
Pourtant, ce trésor fait aujourd’hui face à de nombreux défis. Sa transmission repose essentiellement sur la tradition orale. Les artisans, qui en détiennent les connaissances et maîtrisent son exécution, sont désormais âgés, tandis que les jeunes souhaitant reprendre le flambeau restent peu nombreux.
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| Un maître des rituels attache un fil aux poignets d’un jeune pour la chance et la santé. |
| Photo : VNA/CVN |
Le nombre de praticiens diminue progressivement et les espaces traditionnels de pratique deviennent de plus en plus rares.
Par ailleurs, les changements socio-économiques ont modifié l’organisation des cérémonies traditionnelles. Certains rites sont aujourd’hui célébrés moins fréquemment, réduisant les occasions de pratiquer et de transmettre naturellement ce rituel.
“Ces éléments figurent parmi les plus grands défis auxquels le +Mo Muong+ fait face aujourd’hui, souligne Bùi Van Minh. Beaucoup de formes précieuses de savoirs folkloriques n’existent encore principalement que dans la mémoire et l’expérience des artisans”.
La technologie, levier de sauvegarde
Conformément à la Résolution N°80 du Politburo du Parti, le Vietnam compte achever cette année la numérisation de l’ensemble du patrimoine culturel national reconnu, avec des améliorations prévues jusqu’en 2030. Cette politique s’inscrit dans une stratégie plus large d’intégration des patrimoines culturels traditionnels à l’ère numérique. Dans ce contexte, les technologies avancées apparaissent comme un levier concret pour préserver et promouvoir ce trésor culturel.
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| Cérémonie de refroidissement de la maison, l’un des rituels typiques des Muong. |
| Photo : VOV/CVN |
Pour répondre à ces enjeux, les autorités locales et les organisations culturelles ont renforcé leurs efforts afin de collecter, enregistrer et archiver les matériaux liés au rituel. Des enregistrements audio, des photographies et des vidéos documentent désormais les cérémonies et les pratiques avant qu’elles ne disparaissent.
La technologie numérique est devenue une solution de plus en plus efficace. De nombreux artisans utilisent aujourd’hui des smartphones et des appareils d’enregistrement pour documenter leurs prestations, puis conserver et partager ces contenus en ligne afin d’atteindre un public plus large.
Bùi Van Minh indique que des plateformes telles que Zalo et Facebook offrent des avantages concrets. “Les plateformes numériques permettent de préserver les matériaux tout en les rendant plus accessibles aux personnes intéressées par l’apprentissage du Mo Muong”, indique-t-il.
La technologie contribue également à mettre en relation les praticiens de différentes localités, leur permettant d’échanger leurs expériences et de s’entraider dans la préservation des traditions. Pour les jeunes praticiens, les outils numériques offrent un accès à des ressources d’apprentissage jusque-là difficiles à obtenir.
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| Spectacle de gongs faisant partie du rituel "Mo Muong". |
| Photo : QDND/CVN |
Les jeunes reprennent le flambeau
Bùi Van Hùng, jeune praticien de la commune de Dai Dông, explique que des formations ont permis aux artisans de développer leurs compétences en enregistrement et en diffusion de contenus.
“Les formations nous ont appris à enregistrer et à partager plus efficacement les activités du +Mo Muong+, raconte-t-il. Cela nous permet de présenter ce patrimoine non seulement à la communauté Muong, mais aussi à un public beaucoup plus large”.
Les experts soulignent que la numérisation doit dépasser le simple enregistrement. Le processus doit être systématique pour garantir l’authenticité et préserver les caractéristiques originales du patrimoine.
Bùi Huy Vong, chercheur en culture folklorique, estime que la numérisation de ce patrimoine doit être considérée comme une tâche à long terme.
“Ce rituel tend à disparaître, ajoute-t-il. Protéger et promouvoir ses valeurs constituent aussi une manière de sauvegarder les fondements culturels du pays”.
Thuy Hà/CVN








