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| La conférence internationale intitulée "La santé pour tous à l'ère nouvelle - Le rôle de la médecine de famille" s'est tenue les 29 et 30 octobre 2026 à l'Université de médecine de Hanoi. |
La conférence internationale intitulée "La santé pour tous à l'ère nouvelle - Le rôle de la médecine de famille" s'est tenue les 29 et 30 octobre 2026 à l'Université de médecine de Hanoi. Organisée avec la participation du ministère vietnamien de la Santé, de la Délégation Wallonie-Bruxelles au Vietnam, de l'Université de Liège et de plusieurs établissements de formation et de soins, elle a réuni des responsables institutionnels, des universitaires et des professionnels de santé vietnamiens et étrangers.
Au cœur des échanges : le renforcement des ressources humaines et de la qualité des soins de santé primaires, ainsi que les perspectives de développement d'un réseau de médecine de famille au Vietnam. À partir de différentes expériences, notamment celle de la Belgique, les participants ont examiné les conditions nécessaires pour faire de cette discipline un pilier d'un système de santé davantage axé sur la prévention, l'accessibilité et la prise en charge globale des patients.
Prévention et soins de proximité : les priorités du Vietnam
La promotion de la médecine de famille s'inscrit dans une évolution plus générale des politiques sanitaires vietnamiennes. Évoquée lors de la séance d'ouverture par la Professeure associée Hồ Thị Kim Thanh, vice-rectrice de l'Université de médecine de Hanoi, la Résolution N°72-NQ/TW du Bureau politique souligne la nécessité de faire évoluer le système de santé, encore largement orienté vers les soins curatifs, en privilégiant davantage la prévention, le renforcement des soins de santé de base et le développement d'un réseau de médecins de famille.
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| La Professeure associée Hồ Thị Kim Thanh, vice-rectrice de l'Université de médecine de Hanoi, prononce le discours d'ouverture de la conférence. |
"Le médecin de famille accompagne le patient et sa famille tout au long de la vie, de la prévention au dépistage, au traitement et à la réadaptation", a-t-elle rappelé. Cette approche globale, centrée sur la personne plutôt que sur le traitement isolé d'une pathologie, prend une importance croissante face à la progression des maladies non transmissibles et au vieillissement de la population.
Représentant le ministère de la Santé, le Docteur Dương Huy Lương, directeur adjoint du Département des services médicaux, a néanmoins souligné la persistance de plusieurs difficultés. Malgré plus de vingt ans d'expérience dans la formation et le développement de la médecine de famille à l'Université de médecine de Hanoi, de nombreux aspects de cette discipline restent à harmoniser : programmes de formation, référentiels de compétences, nomenclature des actes médicaux, conditions d'autorisation d'exercice des cabinets de médecine de famille et organisation des soins à domicile.
Il a également relevé que cette spécialité peinait encore à attirer les jeunes médecins. Lors des concours de recrutement en internat, la médecine de famille figure souvent parmi les derniers choix des candidats. "Nous souhaitons que les professeurs et les experts belges partagent leur expérience afin de contribuer à revaloriser la position du médecin de famille au Vietnam", a-t-il déclaré.
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| Dương Huy Lương, directeur adjoint du Département des services médicaux du ministère de la Santé, souligne la volonté du Vietnam de développer un réseau de soins de proximité au service de la population. |
Pour le représentant du ministère, l'enjeu est désormais de mieux harmoniser les textes réglementaires et les orientations professionnelles. L'Administration des services médicaux travaille ainsi avec les établissements de formation et les unités concernées du ministère à l'élaboration de programmes, de référentiels et de recommandations professionnelles plus cohérents. Il s'agit également d'élargir les possibilités de reconversion et de formation complémentaire en médecine de famille aux médecins issus d'autres spécialités, notamment la médecine interne, la chirurgie et l'obstétrique.
Médecine de famille : un cadre professionnel à consolider
Au-delà des orientations générales, les échanges ont mis en évidence la nécessité de préciser davantage le cadre d'exercice de la médecine de famille au Vietnam.
Dans sa présentation consacrée au champ d'exercice et aux autorisations professionnelles, le professeur Pham Lê An, président de l'Association vietnamienne des médecins de famille, a rappelé que la loi de 2023 sur l'examen et le traitement médicaux, ainsi que le décret n° 96/2023, avaient consacré la reconnaissance juridique de cette discipline. L'article 81 de la loi prévoit notamment une prise en charge continue, couvrant la prévention, le dépistage précoce, les soins de premier recours, la gestion des maladies non transmissibles, la réadaptation, les soins palliatifs et à domicile, ainsi que l'orientation et le suivi des patients.
Le professeur a toutefois pointé un décalage entre cette conception relativement large de la médecine de famille et certains textes d'application, encore structurés autour de listes d'actes propres à chaque spécialité. Pour remédier à cette situation, il a proposé d'organiser les conditions d'exercice autour de trois niveaux complémentaires : l'autorisation du praticien, la licence de l'établissement et la reconnaissance des compétences, des équipements et des procédures nécessaires à chaque activité.
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| L'évènement a réuni des responsables institutionnels, des universitaires et des professionnels de santé vietnamiens et étrangers. |
Trois chantiers lui paraissent prioritaires : compléter le cadre juridique, établir des référentiels de compétences adaptés aux différents parcours de formation et faire évoluer les mécanismes de financement. Sur ce dernier point, il a évoqué la possibilité de passer progressivement d'une rémunération reposant essentiellement sur le paiement à l'acte à un système mixte, associant forfait ou capitation et assurance maladie. Il a également plaidé pour une meilleure répartition des médecins de famille en fonction des besoins de la population et leur interconnexion avec les dossiers médicaux électroniques.
La formation constitue un autre levier essentiel de cette évolution. Le Professeur Nguyễn Như Vinh, de l'Université de médecine et de pharmacie de Hô Chi Minh-Ville, a présenté les différents parcours proposés au Vietnam, des études médicales générales aux formations postuniversitaires, en passant par les certificats de courte durée. Dans son établissement, l'enseignement de la médecine de famille est intégré dès le premier cycle, avec des stages en milieu communautaire, un apprentissage fondé sur des cas cliniques et des formations pratiques en milieu hospitalier.
Il a également exposé les outils numériques mobilisés dans l'enseignement et la formation continue, notamment les dossiers électroniques des patients ainsi que les plateformes dédiées aux échanges scientifiques et aux discussions de cas cliniques.
Pour la Professeure Hồ Thị Kim Thanh, les établissements vietnamiens de formation médicale doivent davantage mutualiser leurs efforts afin d'élaborer des référentiels de compétences communs, d'améliorer les parcours de spécialisation et de rapprocher les pratiques nationales des standards internationaux. La conférence devrait ainsi contribuer à une meilleure harmonisation de la formation des médecins résidents et des spécialistes en médecine de famille.
La Belgique, un modèle de coordination des soins
Le système belge a constitué l'un des principaux points de référence de la conférence. Dans sa présentation, le Professeur Didier Giet, de l'Université de Liège, a analysé la place de la médecine de famille à partir de plusieurs critères retenus par l'OCDE et l'OMS pour évaluer les performances d'un système de santé : accessibilité, couverture, organisation du parcours de soins, qualité et sécurité des prestations, satisfaction des patients et protection financière.
Il a notamment indiqué que l'assurance maladie obligatoire belge couvre 99,4% de la population et que 89% des Belges disposent d'un médecin de famille qu'ils choisissent librement. En moyenne, chaque patient consulte ce praticien 6,1 fois par an, avec des écarts significatifs selon l'âge : douze consultations annuelles pour les personnes âgées, contre quatre pour les plus jeunes.
La coordination des soins constitue l'une des caractéristiques de ce modèle. En Belgique, les patients restent libres de consulter directement un spécialiste, sans obligation de passer au préalable par leur médecin de famille. Des incitations financières les encouragent toutefois à privilégier ce dernier comme premier interlocuteur, notamment lorsqu'ils souffrent de maladies chroniques. Une consultation spécialisée sur orientation du médecin de famille ouvre ainsi droit à un remboursement plus avantageux par l'assurance maladie.
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| Le Professeur Didier Giet présente la place de la médecine familiale dans le système de santé en Belgique. |
Le Professeur Giet a également insisté sur le rôle de la médecine de première ligne dans l'amélioration de la qualité et de la sécurité des soins. Il a notamment présenté l'indicateur des hospitalisations évitables, qui permet de mesurer dans quelle mesure une prise en charge précoce et adaptée aurait pu prévenir certaines hospitalisations liées à des maladies courantes, telles que le diabète, l'asthme ou la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO).
La satisfaction des patients constitue un autre indicateur révélateur. Selon les données présentées, 86% des Belges se déclarent satisfaits du système de santé dans son ensemble, tandis que 97,5% estiment que leur médecin de famille leur accorde suffisamment de temps.
Le modèle belge n'est toutefois pas exempt de difficultés. Le Professeur Giet a notamment évoqué les inégalités d'accès aux soins liées aux revenus et aux territoires, ainsi que les pénuries de médecins de famille dans certaines régions. Il a également rappelé que le système repose sur une grande liberté de choix et sur un mode de financement majoritairement fondé sur le paiement à l'acte.
De son côté, la Professeure Laëtitia Buret, également de l'Université de Liège, a détaillé le parcours de formation et d'agrément des médecins de famille en Belgique. La spécialisation s'étend sur trois ans et comprend six mois de stages hospitaliers et trente mois de pratique en médecine de famille. Elle est complétée par 200 heures de cours obligatoires, la réalisation d'un travail de fin d'études et des gardes médicales. La formation continue constitue ensuite une obligation professionnelle.
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| Un cadeau commémoratif est remis au Professeur Didier Giet en hommage à sa contribution au développement de la médecine de famille au Vietnam. |
Ces expériences offrent plusieurs pistes de réflexion au Vietnam, notamment en matière de formation pratique, de reconnaissance de la profession et de coordination entre les différents niveaux de soins. Elles ne sauraient cependant être transposées telles quelles. Comme l'a souligné Pierre Du Ville, délégué général Wallonie-Bruxelles au Vietnam, l'enjeu est de partager les expériences, y compris les difficultés rencontrées, afin de faire émerger des solutions adaptées aux réalités de chaque pays.
Vietnam - Wallonie-Bruxelles : un partenariat au service des soins primaires
La coopération entre le Vietnam et Wallonie-Bruxelles dans le domaine de la médecine de famille s'inscrit dans un partenariat universitaire et scientifique noué depuis de nombreuses années. Dans son allocution de bienvenue, Pierre Du Ville a rappelé que la Délégation générale Wallonie-Bruxelles, qui célèbre en 2026 ses trente ans de présence au Vietnam, avait accompagné cette coopération dès ses débuts, contribuant au rapprochement des cultures médicales et au partage des pratiques entre les deux partenaires.
Il a souligné que la couverture sanitaire universelle ne devait pas être considérée comme un simple objectif technique, mais comme "une promesse : celle que chacun puisse se soigner sans se ruiner, où qu'il vive et quels que soient ses revenus".
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| Pierre Du Ville, délégué général Wallonie-Bruxelles au Vietnam, met en avant l'importance de la coopération bilatérale dans le développement de la médecine de famille. |
À ses yeux, le renforcement des soins de santé primaires est indissociable du développement de la médecine de famille. Premier interlocuteur du patient, le médecin de famille assure un suivi dans la durée, privilégie la prévention, coordonne le parcours de soins et contribue à limiter les hospitalisations évitables, souvent coûteuses pour les patients comme pour le système de santé.
Cette coopération se concrétise notamment à travers les échanges entre l'Université de Liège et les établissements vietnamiens, en particulier l'Université de médecine de Hanoi. Elle couvre plusieurs domaines : formation médicale, partage d'expériences, recherche scientifique et amélioration des pratiques en matière de soins de santé primaires.
Dans ce contexte, les organisateurs ont rendu un hommage particulier au Professeur Didier Giet, saluant son engagement auprès de l'Université de médecine de Hanoi et sa contribution au développement de la médecine de famille au Vietnam. À l'approche de son départ à la retraite, cet hommage a également mis en lumière le rôle déterminant qu'il a joué dans la consolidation de ce partenariat.
Au terme de ces deux journées d'échanges, un constat se dégage : le développement de la médecine de famille ne saurait se limiter à la formation de nouveaux praticiens. Il nécessite également un cadre réglementaire adapté, des mécanismes de financement appropriés, un réseau de structures de proximité suffisamment développé et une meilleure coordination entre les différents acteurs du système de santé. Autant de chantiers auxquels le Vietnam entend s'atteler, en tirant notamment parti des expériences et de la coopération internationales.
Texte et photos : Hông Anh/CVN










