L’USTH, pivot de la formation aéronautique franco-vietnamienne

Face à la croissance rapide du trafic aérien et aux besoins accrus en ingénieurs, l’Université des sciences et technologies de Hanoï (USTH) a développé, avec des industriels français et vietnamiens, une filière devenue une référence pour le secteur.

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Le Professeur Jean-Marc Lavest.
Photo : USTH/CVN

Le Vietnam construit de nouveaux aéroports, multiplie les investissements dans ses infrastructures de transport et ambitionne de développer une industrie aéronautique capable d’accompagner l’essor rapide du trafic aérien. Dans ce contexte, l’USTH, établissement fondé à l’initiative des gouvernements français et vietnamien, s’est affirmée comme un pôle singulier pour la formation des compétences requises par le secteur.

Pour le Professeur Jean-Marc Lavest, ancien recteur principal de l’université, la réussite de cette filière aéronautique repose avant tout sur une méthode pragmatique : partir d’une demande industrielle concrète pour bâtir un cursus académique adapté aux réalités du marché.

Une formation conçue par et pour l’industrie

L’histoire de ce programme trouve son origine dans une requête formulée par Vietnam Airlines auprès d’Airbus, visant à “implanter au Vietnam une formation aux standards européens pour former de jeunes talents dans le secteur aéronautique, et plus particulièrement en maintenance”, a souligné le Professeur.

Autour de cette ambition se sont progressivement fédérés plusieurs acteurs français et vietnamiens majeurs dont Airbus, Vietnam Airlines, l’entreprise de maintenance VAECO, l’École nationale de l’aviation civile (ENAC) ainsi que le pôle de compétitivité Aerospace Valley. Ensemble, ils ont élaboré un parcours allant du Bachelor au Master, couvrant à la fois les métiers de la maintenance et la gestion des infrastructures aéroportuaires.

Cette co-construction représente l’une des spécificités du modèle USTH. Les industriels prennent part aux réflexions pédagogiques, orientent les contenus et accueillent les étudiants sur le terrain afin de réduire l’écart entre les attentes des entreprises et les profils disponibles sur le marché du travail.

Les étudiants de l’USTH s’exercent sur un moteur d’avion, dans une filière soutenue par Vietnam Airlines, Airbus et plusieurs grandes écoles françaises.
Photo : USTH/CVN

Le cursus s’intègre dans l’architecture européenne Licence-Master-Doctorat (LMD). “En 2026, il a obtenu l’accréditation du Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES), valable pour la période 2026-2031, rejoignant ainsi l’ensemble des formations d’ingénierie de l’établissement déjà reconnues selon les mêmes exigences de qualité”, a fait savoir Jean-Marc Lavest. “Cette reconnaissance témoigne de sa pleine conformité avec les exigences internationales les plus élevées”, a-t-il estimé.

L’enjeu dépasse largement le cadre strictement universitaire. Le Vietnam cherche actuellement à structurer une chaîne de valeur aéronautique nationale englobant la maintenance, la sous-traitance industrielle, l’exploitation aéroportuaire et, à plus longue échéance, des activités à plus haute valeur ajoutée.

Ambition aéronautique vietnamienne

Pour répondre à ces objectifs, l’USTH a noué un partenariat étroit avec VAECO, filiale de Vietnam Airlines spécialisée dans l’entretien des appareils. La répartition des tâches est clairement établie, l’université assurant l’enseignement scientifique et théorique, entièrement dispensé en anglais, tandis que les étudiants effectuent des immersions professionnelles au sein des ateliers et des infrastructures techniques.

Cette articulation entre théorie académique et pratique s’avère indispensable dans un secteur hautement réglementé, où toute intervention sur les aéronefs exige des certifications délivrées sous le contrôle de l’autorité vietnamienne de l’aviation civile. Les débouchés professionnels s’avèrent nombreux.

Des étudiants de l'USTH en stage chez la compagnie d’ingénierie de Vietnam Airlines (VAECO).
Photo : VNA/CVN

Les diplômés peuvent intégrer des compagnies aériennes nationales ou internationales, des sociétés de maintenance, des sous-traitants industriels ou des gestionnaires de plateformes. D’autres optent pour une poursuite d’études à l’étranger, notamment en France, au sein d’établissements prestigieux tels que l’ENAC ou l’ISAE-SUPAERO.

Cette attractivité se traduit concrètement dans les chiffres. “En cinq ans, nos effectifs en première année sont passés de 20 à 120 étudiants. C’est la croissance la plus rapide enregistrée au sein de nos formations à l’USTH. Cette montée en charge s’est accompagnée d’un renforcement de notre corps professoral - un défi exigeant car nous refusons tout compromis sur la qualité de l’enseignement - et d’une dynamique accrue autour des inscriptions en doctorat”, s’est réjoui Jean-Marc Lavest.

Un atout technologique pour la France

Au-delà de sa vocation pédagogique, la filière aéronautique de l’USTH témoigne de la place privilégiée qu’occupe la coopération universitaire dans les relations bilatérales franco-vietnamiennes.

D’après le Professeur, le transfert de compétences s’inscrit nécessairement dans la durée. L’objectif consiste à bâtir progressivement un corps enseignant et de recherche vietnamien capable d’administrer la formation en autonomie, tout en maintenant des liens étroits avec les partenaires français.

Airbus et Vietnam Airlines, membres permanents du Conseil d’université, continuent d’appuyer les missions d’experts français ainsi que les projets de développement académique. Cette démarche de co-construction vise moins à créer une dépendance qu’à pérenniser un dialogue constant avec les pionniers du domaine.

L’établissement entend désormais élargir son spectre d’intervention. Outre l’aéronautique, il a renforcé ces dernières années ses cursus en mécatronique, génie électrique, génie automobile et systèmes de contrôle-commande. De nouveaux axes d’expansion sont également à l’étude autour des drones et des technologies spatiales, jugés stratégiques par les autorités vietnamiennes dans le cadre de leur modernisation industrielle.

La future mise en service du campus de Hòa Lac, planifiée pour la rentrée 2028, offrira à l’institution des capacités d’accueil accrues ainsi que des équipements mieux adaptés aux exigences des formations d’ingénierie.

Pour l’ancien recteur, l’ambition de l’USTH ne consiste pas à former à elle seule l’ensemble des spécialistes du secteur aérien national, mais plutôt à demeurer un pôle d’excellence académique, au carrefour des savoir-faire français et vietnamiens, contribuant à l’émergence d’une nouvelle génération d’ingénieurs prêts à porter la transformation de toute une industrie.

Phuong Nga/CVN

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