>> Hanoï accueillera en octobre une conférence internationale sur l’éducation
>> Vietnam - OIF : la mobilité des enseignants au service de la coopération francophone
>> Les enseignants de français se forment aux nouveaux outils pédagogiques
La coopération doit désormais dépasser le simple recrutement pour évoluer vers la co-conception des programmes de formation, la recherche et le développement technologique, afin de permettre aux étudiants d’être davantage confrontés aux réalités professionnelles et de mieux répondre aux besoins du marché du travail.
Une implication accrue des entreprises dans la formation
Le 28 septembre, à Hô Chi Minh-Ville, le ministère de l’Éducation et de la Formation a organisé le forum 2026 sur la coopération entre établissements d’enseignement et entreprises, placé sous le thème : "Connecter les commandes de formation de ressources humaines hautement qualifiées pour les secteurs technologiques émergents".
![]() |
| Panorama du forum. |
Lors du forum, le vice-ministre de l’Éducation et de la Formation, Lê Quân, a souligné que le développement rapide de technologies émergentes telles que l’intelligence artificielle (IA), la transformation numérique, les technologies quantiques et les matériaux avancés pose des exigences croissantes en matière de ressources humaines, notamment de ressources humaines hautement qualifiées. Cette évolution constitue un défi à la fois pour les entreprises et pour les établissements d’enseignement supérieur.
Dans ce contexte, les entreprises ne peuvent plus se contenter d’attendre l’arrivée sur le marché du travail de diplômés répondant à leurs besoins. Elles doivent participer activement au processus de formation dès sa conception. En prise directe avec les besoins du marché et les tendances technologiques, elles peuvent contribuer à l’élaboration des programmes de formation, au transfert de technologies et à la mobilisation d’experts, tout en offrant aux étudiants des possibilités de stages, d’immersion professionnelle et de participation à des projets concrets.
Selon le vice-ministre Lê Quân, la coopération entre entreprises et établissements de formation joue un rôle essentiel dans la résolution de plusieurs problématiques, allant de la conception des programmes et de l’accès aux technologies au transfert de technologies, en passant par la propriété intellectuelle, l’investissement dans les équipements et le développement du corps enseignant.
Des formations interdisciplinaires adaptées à l’ère de l’IA
L’évolution rapide des technologies, notamment de l’IA, transforme profondément les méthodes traditionnelles d’enseignement et d’apprentissage. Face à cette mutation, le ministère de l’Éducation et de la Formation demande aux établissements d’enseignement supérieur et de formation professionnelle d’accélérer la modernisation des programmes et des méthodes pédagogiques en s’appuyant sur les technologies numériques et l’IA.
![]() |
| Le vice-ministre Lê Quân prend la parole lors de l'ouverture du forum. |
Les formations tendent de plus en plus vers l’interdisciplinarité. Les cursus trop spécialisés risquent en effet de rencontrer davantage de difficultés à s’adapter à l’évolution rapide des technologies et du marché du travail. Les apprenants doivent donc développer une vision globale et bénéficier de méthodes pédagogiques fondées sur l’expérience, la recherche, les projets concrets et l’apprentissage tout au long de la vie.
Dès la première année, les étudiants doivent pouvoir être confrontés à la réalité professionnelle et commencer à acquérir les compétences recherchées par les entreprises et la société. Les entreprises sont ainsi appelées à participer plus tôt et plus profondément au processus de formation, en proposant avec les établissements d’enseignement des problématiques concrètes permettant aux étudiants de développer leur capacité à maîtriser les technologies et de contribuer à la constitution d’un vivier de ressources humaines hautement qualifiées et de talents dans les nouveaux secteurs.
Le ministère de l’Éducation et de la Formation a par ailleurs mis en place des dispositions plus souples pour l’ouverture de nouvelles filières technologiques et demande aux établissements de préparer les conditions nécessaires à la formation de ressources humaines destinées aux nouveaux secteurs, notamment au développement du réseau ferroviaire à grande vitesse.
Une coopération fondée sur quatre piliers
Les participants au forum ont estimé que la coopération entre établissements d’enseignement et entreprises devait désormais reposer sur quatre piliers interdépendants : éducation et formation, science et technologie, innovation et transformation numérique.
Dans le domaine de l’éducation et de la formation, les entreprises sont appelées à participer à la co-conception des programmes, à la définition des acquis d’apprentissage et à l’élargissement des formations sur commande dans les secteurs stratégiques.
En matière de science et de technologie, les activités de recherche devraient davantage partir des problématiques concrètes rencontrées par les entreprises et les collectivités locales. Elles devraient également s’appuyer sur des mécanismes de cofinancement et de mutualisation des infrastructures et laboratoires.
Les participants ont également souligné la nécessité de renforcer le rôle des bureaux de transfert de technologies, des incubateurs et des entreprises spin-off issues des universités, ainsi que de mettre en place des fonds de co-investissement et des mécanismes de partage des risques afin de stimuler l’innovation.
Dans le domaine de la transformation numérique, la mise en relation des données relatives à l’offre et à la demande de main-d’œuvre et aux technologies est considérée comme un élément essentiel pour construire un écosystème reliant l’État, les établissements d’enseignement et les entreprises.
![]() |
| Cérémonie de singature d'accord de coopération entre l'université Văn Lang et la compagnie par actions Navigos Group Vietnam. |
Introduire les problématiques réelles dans les amphithéâtres
Forte de son expérience dans le domaine de la formation, la Professeure associée et Docteure Trân My Diêu, rectrice de l’Université Van Lang, a indiqué que son établissement avait développé un réseau de coopération avec plusieurs milliers d’entreprises, avec des résultats positifs dans les domaines de la formation et de la recherche.
Cependant, la coopération entre universités et entreprises demeure confrontée à plusieurs obstacles. L’une des principales limites réside dans le manque d’occasions offertes aux étudiants de travailler sur des problématiques réelles, des données réelles et des technologies réelles, alors que l’apprentissage repose encore largement sur des cas simulés.
Selon la professeure associée Trân My Diêu, les problématiques concrètes proposées par les entreprises sont utiles non seulement aux étudiants pour développer leurs compétences professionnelles, mais également aux enseignants, qui peuvent ainsi mieux actualiser leurs connaissances du terrain et renforcer leurs capacités de recherche et d’enseignement.
À partir de cette expérience, la rectrice de l’Université Van Lang a proposé au ministère de l’Éducation et de la Formation de mettre en place une plateforme de mise en relation et de partage permettant aux entreprises de soumettre leurs problématiques concrètes et aux universités, enseignants et étudiants de participer conjointement à la recherche et à la formulation de solutions.
Une telle plateforme contribuerait à mieux valoriser les synergies entre établissements d’enseignement et entreprises, tout en générant des bénéfices concrets pour les entreprises, les apprenants et la société.
Préparer des ressources humaines capables de s’adapter à l’IA
Les entreprises participant au forum ont également souligné que les exigences en matière de ressources humaines évoluent rapidement à l’ère de l’IA. Au-delà des connaissances spécialisées, elles accordent une importance croissante à des compétences telles que la capacité d’adaptation, la flexibilité, la résolution de problèmes, la pensée analytique, l’apprentissage tout au long de la vie et la maîtrise des technologies.
Dans ce contexte, le renforcement des liens entre entreprises, établissements d’enseignement et apprenants constitue un levier important pour réduire l’écart entre la formation et les besoins réels du marché du travail.
Les entreprises peuvent notamment partager de manière proactive leurs besoins en recrutement et leurs informations sur le marché de l’emploi, participer davantage au processus de formation et élargir les possibilités de stages et d’emploi proposées aux étudiants. Ceux-ci peuvent ainsi être confrontés plus tôt aux exigences concrètes du monde professionnel, tandis que les établissements disposent de références supplémentaires pour adapter leurs programmes et leurs méthodes pédagogiques.
Cette coopération ne vise donc pas seulement à répondre aux besoins immédiats en main-d’œuvre. Elle tend également à construire un écosystème intégré de formation, de recherche et d’innovation, dans lequel établissements d’enseignement et entreprises contribuent conjointement à former une nouvelle génération de professionnels capables de s’adapter aux évolutions technologiques et de maîtriser les technologies émergentes.
Texte et photos : Quang Châu/CVN





