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| Encens noir de Van Quan dans l’objectif d’un visiteur étranger. |
| Photo : VNA/CVN |
Nichée au cœur des paysages verdoyants de Hung Yên (Nord), la commune de Diên Hà abrite le village de Van Quan, berceau d’un trésor immatériel séculaire : l’encens noir traditionnel. Bien plus qu’un simple artisanat, la confection de ces bâtonnets odorants façonne la vie spirituelle des campagnes vietnamiennes. Dans l’imaginaire collectif, chaque volute de fumée dresse un pont mystique entre le monde terrestre et l’au-delà, permettant aux vivants d’honorer leurs ancêtres.
Mémoire des gestes
La réputation d’excellence de l’encens de Van Quan repose sur une formule jalousement gardée, fruit d’un équilibre parfait entre des ingrédients d’origine exclusivement naturelle. Le secret de cette fragrance à la fois intense et d’une infinie douceur réside dans l’alliance méticuleuse de la résine de canarium sauvage et d’une poudre de charbon hautement purifiée. Ce charbon est obtenu à partir de la combustion lente de tiges de sésame et de soja préalablement séchées. Une fois calcinées, ces matières végétales sont broyées avec une extrême finesse, puis mélangées selon des proportions ancestrales. Ce dosage rigoureux confère à l’encens sa signature olfactive inimitable : un parfum chaud, boisé, profondément apaisant, qui enveloppe l’espace sacré sans jamais agresser les yeux ni ternir les autels familiaux de dépôts de suie.
À la différence de nombreux autres centres de production qui ont succombé à la mécanisation, les artisans de Van Quan s’enorgueillissent de perpétuer le façonnage entièrement manuel. L’instrument central de ce travail d’orfèvre demeure la planche de bois traditionnelle, usée et polie par des décennies d’usage. Sur cette surface patinée, les mains expertes des artisans, teintées d’un noir d’ébène indélébile, s’activent avec une régularité métronomique. D’un geste fluide, ils étirent, roulent et compressent la pâte d’encens autour de fines tiges de bambou. Ce geste garantit une densité homogène et une forme régulière, assurant ainsi une combustion lente et une diffusion optimale des arômes.
La sélection rigoureuse des plantes aromatiques enrichit encore la complexité de cette recette. En effet, au mélange de base s’ajoutent diverses herbes médicinales traditionnelles telles que le biote d’Orient, l’angélique de Chine ou encore le cyprès de Chine. Les artisans veillent à ce que chaque composant conserve ses propriétés aromatiques.
C’est précisément cette pureté absolue, exempte de tout adjuvant chimique, qui confère à l’encens sa propriété unique : celle de se consumer de manière stable et harmonieuse, même dans des conditions d’humidité.
Alors que la modernité pousse vers l’industrialisation, de nombreuses familles choisissent de résister à la tentation des machines. Pour elles, seule la sensibilité de la main humaine est capable de transmettre l’âme nécessaire à la création d’un produit de qualité. Chaque étape, depuis le pétrissage jusqu’au séchage sous le soleil, s’effectue dans le respect d’un rythme immuable. Durant les mois d’automne et d’hiver, à l’approche des célébrations du Têt, le village offre un spectacle saisissant : les cours se couvrent de milliers de bouquets d’encens écarlates séchant à l’air libre.
Défis et transmission
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| Encens noir de Van Quan exhalant une fragrance naturelle, née de l’alliance entre résine de canarium et charbon de bois. |
| Photo : VNA/CVN |
Malgré cette vitalité, le village de Van Quan fait face à des défis structurels majeurs à l’ère de l’urbanisation rapide. L’un des obstacles les plus préoccupants réside dans la raréfaction de la main-d’œuvre qualifiée. Ce métier exigeant demande une patience infinie et un apprentissage long qui rebute une partie de la jeune génération. Attirés par des salaires plus réguliers dans les zones industrielles périphériques, de nombreux jeunes choisissent de s’éloigner de l’artisanat. Il en résulte un vieillissement de la population active, la main-d’œuvre ne se densifiant véritablement qu’à l’approche du Têt pour répondre à l’explosion saisonnière de la demande.
Néanmoins, la passion des anciens demeure un rempart solide contre le déclin. De nombreuses familles continuent de faire vivre ce patrimoine avec ferveur, considérant la sauvegarde de ce métier d’art comme un devoir moral envers leurs lignées et la communauté villageoise. Selon les statistiques locales, environ 300 foyers maintiennent activement la production au sein de la commune. Ces structures jouent un rôle socio-économique crucial en offrant des emplois de proximité aux habitants, limitant ainsi l’exode rural tout en consolidant le tissu culturel local.
Au-delà de la main-d’œuvre, la concurrence des produits industriels représente une menace constante. L’encens façonné à la main, bien que de qualité supérieure, peine à rivaliser avec les produits d’importation vendus à bas coût et déclinés sous des formes attractives grâce à des colorants artificiels. Un autre défi réside dans l’évolution des habitudes de consommation : certains clients privilégient désormais les encens dits “à cendres courbées” - un effet esthétique souvent obtenu par l’ajout de substances chimiques -, alors que l’encens traditionnel de Van Quan, totalement naturel, se consume en laissant tomber sa cendre sainement.
Face à ces problématiques, une synergie s’est mise en place entre les producteurs locaux et les autorités publiques. Plusieurs familles se sont regroupées au sein de coopératives dynamiques. Elles exploitent désormais les canaux de distribution modernes, améliorent le design des emballages et développent des stratégies de marketing numérique pour promouvoir la marque collective de Van Quan. De son côté, l’administration locale soutient activement la protection de la marque et encourage le développement d’un tourisme d’expérience.
Cette mobilisation collective porte aujourd’hui ses fruits. L’encens noir ne se contente pas de survivre ; il s’affirme comme un pilier de la mémoire collective au Vietnam. Contre vents et marées, la flamme de la tradition continue de briller à Van Quan, assurant la transmission de ce savoir-faire unique et propageant les douces effluves d’un passé toujours vivant.
Huong Linh/CVN




