Le Vietnam cherche à libérer le potentiel de croissance de l’économie de basse altitude

Le Vietnam dispose d’opportunités considérables pour développer l’économie de basse altitude, compte tenu d’une forte demande du marché et de ses applications potentielles dans divers secteurs.

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Panel d'experts lors de la table ronde consacrée à l’économie de basse altitude, à Hô Chi Minh-Ville, le 26 octobre. 
Photo : VNA/CVN

L’économie de basse altitude, propulsée par les drones, les systèmes autonomes et l’exploitation des données, ouvre de nouvelles perspectives de croissance pour le Vietnam.

Toutefois, pour transformer ce potentiel en réussite concrète, des efforts coordonnés sont nécessaires afin de relever les défis liés au cadre institutionnel, aux infrastructures techniques, au marché et à l’efficacité des investissements.

Ces questions ont été abordées par des experts et des entreprises, nationaux comme internationaux, lors d’une table ronde consacrée à l’économie de basse altitude, organisée le 26 octobre à Hô Chi Minh-Ville dans le cadre de l’"Open Innovation Day 2026" – événement inaugural du Forum économique d’automne (AEF) 2026.

De la nécessité de lever les verrous institutionnels

Le Vietnam possède un potentiel majeur pour propulser son économie de basse altitude, a souligné Nguyên Tiên Truong, directeur de l’Institut pour le développement de l’espace aérien à basse altitude (ILASD), une entité rattachée à l’Association aérospatiale du Vietnam (VASA).

Selon lui, cette opportunité historique repose sur une demande locale en pleine expansion et des débouchés stratégiques multiples. Celles-ci vont de l’agriculture de précision, de la surveillance urbaine et de la gestion du trafic, aux opérations de recherche et de sauvetage, à la réponse aux catastrophes, ainsi qu’à la surveillance des frontières et des îles dans un souci de défense et de sécurité nationales. Le transport médical d’urgence et la logistique urbaine s’avèrent particulièrement prometteurs, dans un contexte où les axes routiers sont de plus en plus saturés.

Selon le responsable, le Vietnam possède des capacités de recherche et le potentiel nécessaire pour développer des infrastructures technologiques, rattraper les avancées mondiales et maîtriser progressivement des solutions d’infrastructure numérique, tout en assurant une conformité aux normes internationales et en conservant la maîtrise des données.

Les visiteurs découvrent l'espace gouvernemental numérique de Hô Chi Minh-Ville.

S’appuyant sur des recherches et des études de terrain, l’ILASD préconise de donner la priorité à quatre domaines : l’agriculture de précision, la surveillance des infrastructures, la logistique médicale et la cartographie numérique, la collecte et l’exploitation des données constituant le socle des applications futures.

Toutefois, trois freins majeurs bloquent encore l’essor de ce secteur : le flou juridique entourant la gestion de l’espace aérien à basse altitude, l’autonomie encore trop limitée des batteries face aux impératifs du terrain, et l’enjeu crucial de la sécurité des vols au-dessus des zones habitées.

L’expert a pointé d’ailleurs un véritable cercle vicieux : sans vols d’essai, impossible d’engranger les données de sécurité nécessaires. Or, sans ces précieuses données, le législateur peine à concevoir une réglementation adaptée. Attendre que le cadre juridique soit totalement finalisé avant de lancer les tests risquerait donc de paralyser durablement le projet, a-t-il prévenu.

Pour Nguyên Hoàng Long, directeur adjoint de la division innovation de Viettel High Technology Industries Corporation, le véritable défi n’est pas technologique : il tient d’abord à la maturité du marché et à la rentabilité des investissements. Selon lui, une impulsion initiale de l’État reste donc indispensable pour stimuler la demande et lancer la dynamique.

Bùi Trung Hiêu, membre du conseil de direction du centre d’innovation ouverte "SoiHub" de SAIGONTEL, a estimé que le marché domestique s’avère trop restreint pour soutenir à lui seul l’essor de l’économie de basse altitude.

Actuellement, les entreprises engagées dans des projets pilotes naviguent à vue, faute de débouchés commerciaux identifiés, et ce malgré le levier des premières commandes publiques. Face à ce défi, il a précisé que SAIGONTEL articule sa stratégie autour de deux priorités clés : stimuler progressivement la demande locale tout en connectant directement ses solutions aux chaînes de valeur internationales.

Infrastructures et environnements de bacs à sable

Les experts ont souligné que les mécanismes de test contrôlés - souvent appelés "bacs à sable" - ainsi que le développement des infrastructures sont essentiels à la progression du secteur.

Nguyên Tiên Truong a insisté sur le fait que l’espace aérien à basse altitude et ses données associées représentent de véritables ressources nationales. Selon lui, les deux prochaines années devront être consacrées en priorité au déploiement de ces zones d’expérimentation. L’objectif : éprouver les mécanismes sur le terrain afin de bâtir un cadre juridique parfaitement adapté aux réalités du secteur.

Conformément à la conclusion n°99-KL/TW du Politburo relative à l’exploitation, à la gestion et à la protection de l’espace aérien à basse altitude en faveur du développement national dans le contexte actuel, l’ILASD a proposé la création de trois zones d’expérimentation, représentatives de différents types de terrains, situées à Diên Biên, Tây Ninh et Dà Nang.

Joe Felter, PDG de l’entreprise américaine Pickaxe Technologies, a estimé que le Vietnam devrait se concentrer sur des missions concrètes plutôt que sur le seul matériel. Ces zones d’expérimentation devraient former un réseau intégrant des mécanismes de test, des normes techniques, ainsi que des activités de recherche, d’essai, de formation et de fabrication, afin d’accélérer le développement des produits et de renforcer les capacités industrielles.

Pour Nguyên Hoàng Long, la priorité doit être donnée aux applications à forte valeur ajoutée, au déploiement des infrastructures et aux leviers de stimulation du marché. En effet, si la construction de drones s’est largement démocratisée pour les entreprises technologiques, la gestion sécurisée d’une économie à basse altitude change d’échelle : elle exige des infrastructures d’envergure, des technologies de pointe et une synergie intersectorielle totale.

Luong Pham, conseiller mondial au sein de la société chinoise EHang, a suggéré que le Vietnam devrait d’abord déployer des zones pilotes afin de tester l’efficacité de ces technologies, de valider les modèles économiques et d’éprouver les méthodes opérationnelles. Ce n’est qu’en s’appuyant sur les enseignements de ces essais en conditions réelles que le pays pourra, dans un second temps, concevoir et affiner un cadre réglementaire national adapté.

VNA/CVN

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