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| Femmes collectant des déchets plastiques à Dông Thap (Sud). |
| Photo : VNA/CVN |
La pollution plastique a largement dépassé le simple stade de crise environnementale pour devenir un défi majeur du développement durable, mettant en jeu la santé publique, la biodiversité et la croissance économique.
Le Dr. Nguyên Trung Thang, directeur adjoint de l’Institut de stratégie et de politique agricole et environnementale, informe que chaque année, le Vietnam génère entre 2,93 et 3,1 millions de tonnes de déchets plastiques. Près de 48% de ce volume n’est pas correctement traité, tandis que 180.000 à 200.000 tonnes se déversent directement dans les écosystèmes aquatiques. Parallèlement, l’utilisation de sacs non biodégradables et d’articles à usage unique reste largement répandue.
Meilleure gestion
Face à cette urgence, les autorités ont mis en place plusieurs orientations majeures. La Loi sur la protection de l’environnement de 2020 a posé les bases de la responsabilité élargie des producteurs (REP/EPR), favorisant le développement de l’économie circulaire et du recyclage. Le gouvernement a également adopté un Plan d’action national sur la gestion des déchets plastiques océaniques à l’horizon 2030, accompagné d’un programme de développement de l’économie circulaire et de mesures visant à encourager une production plus durable.
Cependant, la mise en œuvre de ce cadre juridique se heurte encore à d’importants obstacles. Le tri, la collecte et le recyclage manquent de coordination, les technologies de traitement restent limitées et le marché des matières recyclées peine à se développer. En outre, la substitution des polymères vierges rencontre des contraintes liées aux coûts et à la viabilité commerciale.
Le cadre réglementaire actuel manque encore d’instruments économiques suffisamment incitatifs pour limiter l’utilisation du plastique vierge. L’absence d’objectifs obligatoires concernant l’intégration de matières recyclées, le déficit d’infrastructures de tri et le manque de données fiables sur les flux de matériaux accentuent l’écart entre les politiques et la réalité du terrain. Pour lever ces obstacles, l’évolution législative doit aller de pair avec la modernisation technologique et l’émergence de modèles économiques circulaires.
Pour réduire la dépendance aux plastiques d’origine fossile, la valorisation des coproduits agricoles et des déchets organiques en biomatériaux apparaît comme une piste prometteuse. Biodégradables, ces alternatives permettent de limiter la prolifération des microplastiques tout en optimisant l’utilisation des ressources résiduelles.
Économie circulaire
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| Emballages éco-responsables à faible teneur en plastique à Huê (Centre). |
| Photo : VNA/CVN |
Évoquant les nouvelles tendances technologiques, la directrice de BUYO Bioplastics, Dô Hông Hanh, souligne que de nombreux pays renforcent progressivement leurs politiques afin de promouvoir les biomatériaux. À l’échelle internationale, les réglementations évoluent rapidement pour accélérer le déploiement de ces technologies propres. À titre d’exemple, le règlement européen sur les emballages et les déchets d’emballages (PPWR) prévoit un calendrier à partir de 2027-2028 afin d’accroître la part des composants biosourcés et de favoriser l’utilisation de matériaux compostables dans certains secteurs.
Selon Mme Hanh, au Vietnam, les résidus agro-industriels tels que la drêche de bière ou la bagasse de canne à sucre représentent une source importante pour la production de bioplastiques. Cette approche permet à la fois de réduire la dépendance au pétrole, de valoriser les sous-produits agricoles, de limiter les émissions et d’accroître la valeur ajoutée au sein des chaînes de production circulaires.
Néanmoins, cette transition reste confrontée à plusieurs défis. Les pionniers des biomatériaux et du recyclage doivent surmonter des barrières techniques, notamment en matière d’homologation des produits écologiques, d’accès aux financements, d’intégration dans les marchés publics responsables et d’industrialisation des procédés.
La résolution de cette crise repose sur trois piliers indissociables : la politique, la science et l’innovation. Les réglementations doivent créer un environnement favorable à une production plus propre et à une consommation responsable. La science et la technologie doivent concevoir des solutions alternatives viables, améliorer les procédés de recyclage et intégrer l’intelligence artificielle ainsi que la transformation numérique dans la gestion des flux de matériaux.
Enfin, l’innovation ne doit pas être uniquement technologique : elle doit également transformer les modèles économiques, les chaînes d’approvisionnement et les modes de consommation afin de passer d’une économie linéaire à une économie circulaire.
Dans un contexte mondial de transition vers une économie bas carbone, les entreprises fortement dépendantes du plastique vierge s’exposent à des risques croissants liés aux évolutions du marché et aux exigences des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). Ainsi, parallèlement au perfectionnement du cadre juridique, il devient essentiel de construire un écosystème d’innovation reposant sur des mécanismes d’expérimentation réglementaire (“sandboxes”), l’harmonisation des normes techniques et l’accélération de la mise sur le marché des technologies biosourcées.
À l’avenir, il sera nécessaire d’imposer progressivement des seuils minimaux d’intégration de plastique recyclé dans certaines catégories de produits. Cette mesure devra être accompagnée d’un référentiel technique rigoureux ainsi que d’incitations fiscales ou de mécanismes de financement vert afin d’encourager les industriels à franchir cette étape.
Enfin, le renforcement des synergies entre les autorités de régulation, les instituts de recherche, les universités, le secteur privé et les partenaires internationaux constituera un moteur essentiel du transfert technologique. Cette dynamique permettra de diffuser les initiatives innovantes et de concrétiser les objectifs de développement durable.
Huong Linh - Trà My/CVN




