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| "Le mariage des souris", estampe populaire de Dông Hô à Bac Ninh (Nord). |
| Photo : Wikipedia/CVN |
Les chevaux figurent depuis longtemps sur des bas-reliefs en bois ou en pierre dans les temples, ainsi que dans les estampes populaires de Đông Hô (province septentrionale de Bac Ninh) et de Hàng Trông (Hanoï), notamment dans les objets d’artisanat. Les représentations sont variées et ne se limitent pas aux lieux de culte ou à la cour royale, mais se diffusent largement dans le folklore.
Dans l’estampe populaire de Đông Hô Đám cưới chuột (Le mariage des souris), également appelée Ông nghè vinh quy (Le lettré rentrant en gloire), le joyeux destrier rose incarne la vitalité et son intégration dans la vie sociale.
Dans le tableau représentant l’empereur Quang Trung (XVIIIe siècle), la monture de guerre est figurée majestueuse et puissante : sabots solides, regard intense, museau entrouvert et naseaux frémissants.
Une image similaire apparaît dans la peinture Phù Đổng Thiên Vương đại phá giặc Ân (Phù Ðông Thiên Vuong met en déroute les envahisseurs Yin). L’animal, cabré au milieu de la bataille, est représenté d’un rouge incandescent tel des braises, exprimant une vigueur héroïque. Selon la légende, le héros national Thánh Gióng (Saint Gióng) ou Phù Ðông Thiên Vuong, l’un des quatre immortels du folklore vietnamien, combattit les envahisseurs Yin sur le dos d’un coursier divin en fer.
L’image de cet animal apparais-sait aussi dans de nombreuses autres estampes populaires de Đông Hô et de Hàng Trông.
Dans les peintures votives, le destrier rose est parfois remplacé par un blanc ou un noir, chacun porteur de significations symbo-liques.
Lieux de culte
La plus ancienne représentation équine des beaux-arts viet-namiens remonte au milieu du XIe siècle, à la pagode Phât Tích (Bac Ninh). Les artisans y ont sculpté dans un bloc de pierre monolithique une paire de chevaux couchés, aux côtés de couples d’éléphants, de lions, de buffles et de rhinocéros. La silhouette robuste de ces deux chevaux exprime l’abondance et la prospérité. Ces dix figures en pierre, alignées devant le sanctuaire principal, datent de 1057.
Dans ce même édifice, l’animal figure aussi sur un socle en forme de lotus, symbole de son éveil par Bouddha et de sa mission de porter les sutras afin de les répandre auprès des êtres vivants. Parmi les centaines d’objets mis au jour lors des fouilles de 2008, les archéologues ont découvert de nombreuses statues de Kinnari, musiciens célestes mi-homme mi-cheval issus des mythologies bouddhique et hindoue, réalisées dans des tailles variées.
Des figurines votives en céramique glaçurée, datant de la dynastie des Lý (XIe-XIIIe siècles), ont aussi été retrouvées à Phât Tích.
Après le déclin du bouddhisme post-Lý, la figure équine se raréfie, avant de réapparaître au XVIe siècle sous la forme d’un animal sacré doté d’ailes sur le dos (maison commune de Tây Đang à Hà Tây).
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| Cheval de pierre dans un mausolée à Thanh Hóa (Centre). |
| Huu Dung/CVN |
Parmi les représentations remarquables, on peut citer les chevaux de combat finement sculptés sur la table de culte de la pagode Bút Tháp à Bac Ninh (XVIIe siècle), le singe chevauchant sa monture sur le mur de la pagode Tây Mô à Hanoï (XIXe siècle), ou encore les traversées florales gravées sur les stèles de pierre de la pagode Linh Quang à Hai Phòng (Nord).
Symboles sacrés
L’image équine s’est diffusée jusque sur les briques et tuiles de toiture. Les fouilles de la pagode Lang, dans la province de Hung Yên (Nord), ont révélé de nombreuses briques ornées de créatures ailées datant du XVIe siècle.
À partir de là, l’animal prit la forme du Long Mã, hybride mythologique à tête de dragon, corps de cheval, écailles de carpe, pattes de cerf et queue de bœuf (pagode Trà Phuong à Hai Phòng). Lié à l’eau, il incarne la volonté du sage de se déployer librement dans toutes les directions.
Au XVIIe siècle, les sculptures équestres se multiplient, parfois plus grandes que nature. Elles apparaissent notamment dans le tombeau du seigneur Đăng à Thanh Hóa (1629) et dans les statues de gardiens (giám mã) de la maison commune de Huong à Bac Ninh (début du XVIIIe siècle).
Dans les tombes, ces représen-tations symbolisent richesse et prospérité du défunt, tandis que dans les temples et maisons communes du village, elles rappellent les montures des généraux (maison commune de Nôi à Bac Ninh).
Les formes les plus courantes incluent le "vân mã" (cheval volant à travers les nuages), le "mã hầu" (singe assis sur la queue du cheval), ainsi que les destriers blancs ou roses, exprimant les relations yin-yang, chaud-froid, feu-eau.
À la fin du XVIIe siècle, l’animal sous un dais apparaît dans les cours royales avant de se diffuser dans le folklore.
Sous la dynastie des Nguyên (1802-1945), les chevaux de pierre se tiennent aux côtés des éléphants dans les temples et mausolées royaux. Leur image est entrée dans la littérature dès l’époque des Trân (XIIIe - début du XVe siècle), à travers le vers immortel du roi Trân Nhân Tông :
Xã tắc hai phen chồn ngựa đá
Non sông nghìn thuở vững âu vàng
(Deux fois le royaume chancela, les chevaux de pierre en furent ébranlés ;
Le pays demeure à jamais solide comme l’or).
Hoàng Phuong/CVN




