Quand les chevaux de bât deviennent rois de la piste

Sans enjeu commercial ni esprit professionnel, la course de chevaux de Bac Hà, dans la province montagneuse de Lào Cai (Nord-Ouest), oppose des paysans à cheval sur leurs montures de bât. Une épreuve brute et sincère où la ferveur populaire célèbre un lien ancestral entre l’homme et l’animal.

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À Bac Hà, la course de chevaux n’a rien d’un spectacle formaté. Ici, pas de chevaux de race ni de selles sophistiquées. Les montures sont celles qui, le reste de l’année, transportent bois, récoltes et outils sur les sentiers escarpés. Les cavaliers, souvent pieds nus et coiffés d’un simple casque en plastique, montent à cru, sans étriers, guidant l’animal uniquement à la force des rênes et de leur équilibre.

Les paysans-cavaliers en pleine course. 
Photo : CTV/CVN

Cette simplicité confère à l’épreuve une intensité rare. Le public, massé autour de la piste, retient son souffle à chaque virage, encourage les cavaliers et acclame l’audace plus que la victoire. Gagner, ici, n’est pas seulement un exploit personnel : c’est aussi porter chance et prospérité à tout un village.

Des champions du quotidien

Dans les communes d’altitude de Lào Cai, le cheval est bien plus qu’un moyen de transport. Dès l’aube, malgré le froid et la brume, il accompagne les familles H’mông ou Tày vers les champs, portant semences et outils. Au crépuscule, il ramène patiemment les produits récoltés par des chemins abrupts et pierreux.

Mais sa place dépasse le cadre utilitaire. Dans les croyances H’mông, le cheval occupe une dimension sacrée : il guide l’âme du défunt vers l’au-delà et permet au chaman de voyager entre les mondes pour retrouver l’esprit d’un malade. Cette charge symbolique explique le respect profond qui entoure chaque course.

Pour les habitants nés sur le “plateau blanc” de Bac Hà, le martèlement régulier des sabots fait partie de la mémoire intime. Ce bruit familier, résonnant sur les chemins sinueux à l’aube ou au coucher du soleil, ravive chez les exilés de longue date le souvenir des courses traditionnelles, organisées depuis des siècles.

 La course reste brute : pas de selle, pas d’étriers, seulement une sangle et deux crochets métalliques pour diriger l’animal.
Photo : CTV/CVN

L’été, lorsque les collines se couvrent de pruniers chargés de fruits rouges, chevaux de bât et cavaliers suspendent un temps les travaux agricoles. Tous se préparent à la fête : un rendez-vous sportif autant que culturel, reflet de l’identité des peuples montagnards du Nord-Ouest.

Selon les archives locales, la course de Bac Hà se tenait autrefois au printemps. En 1975, plus de 200 chevaux défilèrent dans le centre du district pour célébrer la réunification du pays. En 1980, l’armée locale organisa même des compétitions mêlant équitation et tir afin de sélectionner cavaliers et tireurs pour le transport de vivres.

Après une longue interruption, la tradition renaît officiellement en 2007. Depuis, la course est devenue un événement annuel majeur, contribuant à la préservation du patrimoine culturel et à la promotion touristique de Bac Hà auprès des visiteurs vietnamiens et étrangers.

Autrefois, l’épreuve se déroulait à travers champs et collines, avec une arrivée au cœur du bourg. Les cavaliers descendaient alors de cheval pour tirer au fusil avant de repartir au galop. Aujourd’hui, si le tir a disparu, l’organisation s’est structurée : piste dédiée, règles de sécurité renforcées et participation de cavaliers venus d’autres provinces du Nord-Ouest comme Hà Giang, Yên Bai ou Diên Biên.

L'adrénaline au bout des rênes

Remise des prix aux vainqueurs. 
Photo : CTV/CVN

Malgré cette évolution, l’esprit demeure. La course reste brute : pas de selle, pas d’étriers, seulement une sangle et deux crochets métalliques pour diriger l’animal. Une discipline exigeante qui requiert courage, technique et parfaite complicité avec le cheval.

Observer les cavaliers penchés sur l’encolure de leurs montures lancées à pleine vitesse suffit à mesurer la difficulté de l’épreuve. Vàng Van Huỳnh, double champion en 2012 et 2013, explique l’importance de garder ses distances, de maîtriser l’allure dans les virages et de libérer la puissance du cheval sur les lignes droites. Une chute peut survenir à tout instant.

Chaque année, les spectateurs vivent des émotions contrastées : frissons lorsqu’un cheval s’emballe, inquiétude lors d’une chute, puis explosion de joie quand un cavalier dépasse ses rivaux dans un final haletant.

En 2021, la course de chevaux de Bac Hà a été inscrite au patrimoine culturel immatériel national, consacrant sa valeur unique. Depuis le 15 novembre 2025, des compétitions hebdomadaires ont lieu chaque samedi après-midi au stade central de Bac Hà, avec la participation du tout nouveau club équestre local.

Thao Nguyên/CVN

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