La transformation numérique met à l’épreuve la gouvernance et les droits des citoyens

L’intégration du numérique dans la gestion étatique dépasse désormais la question technique pour devenir un enjeu de gouvernance. La fracture numérique et la sécurité des données invitent à une réflexion sur la capacité de l'appareil public à moderniser ses outils tout en préservant l'équité d'accès et le respect de la vie privée.

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Scanner des codes QR pour accomplir des démarches administratives au siège du Comité populaire du quartier de Cua Nam à Hanoï.
Photo : Van Diêp/VNA/CVN

Lors du récent Forum scientifique 2025 intitulé "Gouvernance du développement socio-économique du Vietnam dans le contexte de la transformation numérique", à Hanoï, de nombreux experts ont souligné que la transformation numérique ne saurait se réduire à une simple application des technologies. Elle constitue avant tout un changement de paradigme en matière de gouvernance, orienté vers le service public et plaçant le citoyen au cœur des politiques publiques.

Cet esprit est également au centre de la Résolution N°57-NQ/TW du Bureau politique sur les percées en matière de développement scientifique et technologique, d’innovation et de transformation numérique nationale, qui considère cette dernière comme un levier stratégique pour améliorer l’efficacité de la gestion publique, promouvoir un développement durable et garantir les droits humains et civiques.

Défis de la gouvernance du développement socio-économique

Selon le Professeur et Docteur Pham Van Duc, ancien vice-président de l’Académie vietnamienne des sciences sociales, la transformation numérique induit des mutations profondes des modes de gouvernance du développement socio-économique.

Toutefois, sa mise en œuvre au Vietnam se heurte encore à de nombreux obstacles. Le plus notable réside dans le manque d’homogénéité des infrastructures numériques entre les régions, ce qui se traduit par un accès inégal des citoyens aux services publics en ligne.

Par ailleurs, le niveau de compétences et de culture numériques d’une partie de la population demeure limité, notamment chez les personnes âgées, les travailleurs du secteur informel et les habitants des zones reculées. L’accès aux services publics dématérialisés - qu’il s’agisse du dépôt de dossiers administratifs ou de l’utilisation de services de santé, d’éducation ou d’assurance en ligne - reste souvent complexe.

En l’absence de politiques d’accompagnement adaptées, la transformation numérique risque ainsi d’accentuer les inégalités d’accès aux services publics, à rebours de l’objectif de développement inclusif.

Du point de vue de l’État, Pham Van Duc relève que la réforme administrative et la transition vers de nouveaux modèles de gouvernance, dans certains ministères, secteurs et collectivités locales, ne sont pas encore à la hauteur des exigences de l’ère numérique.

Les systèmes de données demeurent fragmentés et insuffisamment interopérables ; nombre de procédures, bien que numérisées, continuent d’exiger des documents papier, réduisant l’efficacité globale et générant des désagréments pour les citoyens. La coordination intersectorielle et le partage d’informations restent imparfaits, ce qui nuit à la qualité de la prise de décision et du suivi des politiques publiques.

Un autre défi majeur concerne les risques liés à la cybersécurité et à la sûreté de l’information. À mesure que les activités économiques et sociales deviennent de plus en plus dépendantes des plateformes numériques, la protection des données personnelles et la garantie de la sécurité informatique s’imposent comme des enjeux directement liés aux droits des citoyens. Mal maîtrisés, ces risques pourraient éroder la confiance sociale et compromettre l’efficacité attendue de la transformation numérique.


Le Professeur Pham Van Duc insiste ainsi sur le fait que la transformation numérique ne peut réussir si elle se limite à des investissements technologiques. Elle exige avant tout un renouvellement de la pensée managériale, un perfectionnement du cadre institutionnel et un renforcement des capacités de mise en œuvre des politiques publiques, afin que la transformation numérique serve réellement le développement durable et améliore concrètement la vie des citoyens, conformément à l’esprit de la Résolution N°57-NQ/TW.

Vers une gouvernance sociale numérique protectrice

Pour le Professeur et Docteur Dang Nguyên Anh, ancien vice-président de l’Académie vietnamienne des sciences sociales et ancien directeur de l’Institut de sociologie, la transformation numérique offre une opportunité majeure de réinventer l’organisation et la fourniture des services publics, en direction d’un modèle de gouvernance sociale plus moderne, plus transparent et plus inclusif.

L’application des technologies numériques à la gestion de la population, à la protection sociale, à la santé et à l’éducation a permis de raccourcir les procédures, de réduire les coûts et d’améliorer l’accessibilité des services pour les citoyens.

Le principe fondamental de la Résolution N°57-NQ/TW est de placer le citoyen au centre de la transformation numérique. Cela implique que les politiques de gouvernance sociale numérique ne considèrent plus les citoyens comme de simples bénéficiaires, mais comme des acteurs à part entière, capables de participer, de superviser et d’évaluer les politiques publiques.

Lorsque les citoyens peuvent accéder facilement à l’information et aux services, et disposer de canaux d’interaction efficaces avec les autorités, l’efficacité de la gouvernance sociale s’en trouve sensiblement renforcée.

Cependant, la réalité de la mise en œuvre révèle encore de nombreuses limites. Le manque de compétences numériques chez une partie des cadres locaux, combiné à l’insuffisance d’interconnexion des données entre secteurs et domaines, réduit l’efficacité de la fourniture des services publics. La fracture numérique entre zones urbaines et rurales persiste, affectant directement l’accès des populations défavorisées aux politiques de protection sociale, aux services de santé et à l’éducation.

Apportant un éclairage institutionnel, le professeur et docteur Vo Khanh Vinh, ancien vice-président de l’Académie vietnamienne des sciences sociales et ancien vice-directeur de l’Institut de l’État et du droit, souligne que le droit n’est pas seulement un instrument de gestion, mais aussi le socle de la construction d’un environnement de développement sûr, transparent et digne de confiance pour l’économie et la société numériques.

Lorsque les cadres juridiques relatifs à la protection des données personnelles, au respect de la vie privée et à la cybersécurité sont pleinement établis, les citoyens sont davantage enclins à participer aux plateformes numériques.

Dans la vie quotidienne, la transformation numérique ne prend tout son sens que si les droits des citoyens sont clairement garantis. De l’utilisation des services publics en ligne aux paiements dématérialisés, en passant par l’accès aux services de santé et d’éducation numériques, l’absence d’un cadre juridique solide expose les citoyens à des risques de fuite de données, d’escroquerie ou d’atteinte à la vie privée.

Mise en application de la technologie numérique dans un cours pratique à l'école iSchool Ninh Thuân, dans la province de Khanh Hoà.
Photo : Nguyên Thành/VNA/CVN

Dès lors, le perfectionnement du droit dans le contexte de la transformation numérique doit s’orienter vers des normes flexibles, applicables et en phase avec l’évolution technologique, tout en protégeant efficacement les droits et les intérêts légitimes des citoyens.

Il s’agit là d’une condition essentielle pour que la transformation numérique ne se limite pas à améliorer l’efficacité de la gouvernance, mais contribue également à l’édification d’une société numérique humaine, équitable et durable, fidèle à l’esprit de la Résolution N°57-NQ/TW.

La transformation numérique impose aujourd’hui une réforme globale de la gouvernance du développement socio-économique au Vietnam. La capacité à identifier correctement les défis, à saisir les opportunités et à perfectionner les institutions et les politiques conformément à la Résolution N°57-NQ/TW déterminera si cette transformation pourra réellement servir une croissance rapide et durable, tout en améliorant la qualité de vie des citoyens, a conclu le professeur Vo Khanh Vinh.

 Câm Sa/CVN

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