La relève passionnée d’un trésor de la gravure sur bois

Dans un village de la ville de Hai Phong, des jeunes artisans perpétuent l’art ancestral de la xylographie. Entre tradition et renouveau, ils sauvent un savoir-faire unique, autrefois lié aux dynasties royales et aujourd’hui classé par l’UNESCO au Registre Mémoire du monde.

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La gravure sur bois n’est pas seulement une activité manuelle : c’est une part de l’identité vietnamienne qu’il faut transmettre. 
Photo : VNA/CVN

À Thanh Liêu, un village artisanal de Hai Phong (Nord), le métier ancestral de fabrication d’estampes populaires refuse de disparaître. Là où les artisans d’autrefois gravaient sur bois les textes destinés aux livres, aux sceaux et aux planches royales, une nouvelle génération s’efforce aujourd’hui de préserver ce savoir-faire exigeant, discret, mais essentiel à l’histoire culturelle du pays.

Le monde connaît déjà l’héritage laissé par ces maîtres graveurs. Les môc ban (tablettes de bois gravées ou planches gravées sur bois) de la dynastie des Nguyên (1802-1945), inscrits par l’UNESCO au Registre Mémoire du monde en 2009, témoignent d’un art aussi précis qu’inestimable. Mais derrière ce patrimoine documentaire mondial se cache une réalité moins visible : sans les artisans de Thanh Liêu, ces trésors n’auraient jamais existé. Et sans des jeunes héritiers passionnés, ce métier risquerait aujourd’hui de s’éteindre.

Un travail d’une extrême minutie

Parmi eux, Nguyên Công Dat, 28 ans, incarne cette relève rare. Descendant de la 17e génération d’artisans du village, il parle de son métier avec une fierté mêlée de responsabilité. Pour lui, la gravure sur bois n’est pas seulement une activité manuelle : c’est un héritage familial, une mémoire vivante, une part de l’identité vietnamienne qu’il faut transmettre. Son engagement illustre celui de jeunes artisans qui, face à la modernisation rapide et à l’abandon progressif des métiers traditionnels, choisissent de rester fidèles à l’art des ancêtres.

Au village de Thanh Liêu, ville de Hai Phong (Nord), le bruit du burin continue de résonner comme un écho venu du passé. 
Photo : TT/CVN

L’histoire de Thanh Liêu remonte au XVe siècle. Selon les sources historiques, l’art de la xylographie y aurait été introduit par Luong Nhu Hôc, grand lettré revenu de Chine avec une technique alors peu connue au Vietnam. Il l’enseigna aux habitants de Thanh Liêu, de Liêu Tràng et de Khuê Liêu. Ces trois villages formèrent bientôt un véritable centre national de la gravure sur bois.

Hommes, femmes et enfants y participaient chacun à leur manière : les hommes sculptaient, les femmes imprimaient et les enfants préparaient le papier. L’artisanat n’était pas seulement une tradition, mais aussi un moyen de subsistance et de prospérité.

Mais cette richesse ne s’obtenait qu’au prix d’un travail d’une extrême minutie. Chaque planche exige le choix d’un bois adapté, une gravure parfaitement inversée, la préparation de l’encre, puis l’impression sur papier do (tiré de l’écorce de rhamnoneuron), un papier traditionnel de grande qualité. Selon les artisans, il faut entre trois et cinq jours pour réaliser une planche simple, mais plusieurs mois lorsqu’il s’agit de textes longs ou complexes. Les caractères, parfois minuscules comme des grains de riz, demandent une concentration absolue ainsi qu’une maîtrise rare du han (caractères chinois) et du nôm (écriture démotique sino-vietnamienne), les écritures classiques utilisées dans les textes anciens.

Un tournant décisif

Estampes gravées de textes bouddhiques conservées par les artisans du village de Thanh Liêu, ville de Hai Phong, depuis des siècles. 
Photo : VNA/CVN

Autrefois, la profession comptait des centaines de graveurs dans la région, mais seuls quelques-uns savaient reproduire les textes sacrés avec une précision parfaite. Aujourd’hui, cette expertise devient exceptionnelle. Les anciens artisans s’inquiètent du fait que peu de jeunes acceptent d’apprendre un métier aussi long, aussi technique et aussi exigeant. Pourtant, quelques héritiers ont décidé de ne pas laisser se rompre la chaîne de transmission.

Nguyên Công Dat fait partie de ceux-là. Son travail ne se limite pas à restaurer d’anciens textes ou à reproduire des modèles traditionnels. Avec d’autres artisans de sa génération, il cherche aussi à insuffler un nouvel élan à cet héritage. Certaines gravures sont transformées en objets culturels destinés aux visiteurs, tandis que d’autres servent de support à des ateliers d’initiation et à des démonstrations publiques. Cette ouverture au grand public offre un second souffle à un art longtemps resté dans l’ombre.

Une estampe, fabriquée par Nguyên Công Dat, représentant la légende du lac Hoàn Kiêm, à Hanoï, sur l’épée restituée à la tortue magique. 
Photo : VNA/CVN

En août 2025, l’équipe de Dat s’est rendue à Huê (Centre) pour participer à la Semaine des sources du patrimoine. Ce voyage a revêtu une portée particulière. Les artisans y ont retrouvé des planches gravées autrefois issues de Thanh Liêu, aujourd’hui conservées dans plusieurs sites patrimoniaux de l’ancienne capitale impériale. Ils y ont présenté leur savoir-faire, raconté l’histoire du village et invité les visiteurs à s’essayer eux-mêmes à la gravure et à l’impression sur bois.

Pour Nguyên Công Dat, cette rencontre entre les trois régions du pays a été bien plus qu’une simple démonstration. Elle a permis de montrer qu’un patrimoine ne survit pas seulement dans les musées ou les collections privées, mais aussi dans la pratique, la transmission et la créativité. Inspiré par les motifs découverts à Huê, il a enrichi sa collection de nouveaux modèles, dont l’œuvre Ma dao thành công (Quand le cheval arrive, le succès est accompli), présenté à l’occasion du Têt traditionnel 2026.

À Thanh Liêu, le bruit du ciseau à bois continue de résonner comme un écho venu du passé. Entre les mains des jeunes graveurs, il ne s’agit plus seulement de sculpter le bois, mais d’inscrire l’avenir dans la continuité des ancêtres. Et c’est peut-être là que réside la plus belle victoire de ce patrimoine : ne pas rester figé dans l’histoire, mais continuer à vivre.

Thuy Hà/CVN

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