Le livre, socle fondamental de l’essor des industries culturelles

La place du livre dans l’écosystème créatif, tout comme la capacité du secteur de l’édition à interagir avec les autres domaines culturels, apparaît de plus en plus déterminante dans le développement des industries culturelles. Tel était le principal thème du colloque "Livre et industries culturelles", organisé récemment à Hanoï.

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Des étudiants découvrent la bibliothèque numérique intelligente du quartier de Tân Son Nhât, à Hô Chi Minh-Ville.
Photo : Liên Son/VNA/CVN

Cette orientation a été clairement réaffirmée dans la Directive N°04 du Secrétariat du Parti sur le renforcement du leadership du Parti dans les activités éditoriales dans le nouveau contexte.

Le texte souligne que "l’édition constitue une composante importante des industries culturelles, contribuant à diffuser les valeurs culturelles, à former des chaînes de valeur de contenus numériques et d’actifs numériques, à accroître l’efficacité économique ainsi qu’à renforcer les performances de l’économie nationale et la compétitivité du pays".

Élargir "l’écosystème" du livre

Selon le Professeur associé et Docteur Nguyên Toàn Thang, ancien directeur de l’Institut de la culture et du développement de l’Académie nationale de politique Hô Chi Minh, le livre continue d’occuper une place centrale dans l’écosystème du savoir et du développement culturel, malgré la forte concurrence des médias numériques.


Pour lui, dans le processus de développement culturel, le livre constitue véritablement "la source originelle". Loin de disparaître, il est en train "d’évoluer" afin de s’adapter au nouveau contexte.

Le livre demeure notamment une matière première essentielle pour les autres formes artistiques. Une grande partie des films cultes, des scénarios marquants ou encore des jeux vidéo à forte profondeur narrative trouvent leur origine dans des œuvres littéraires. Par ailleurs, l’émergence des livres audio et des livres électroniques ne signe pas la disparition du livre, mais contribue au contraire à élargir son "écosystème".

Selon Nguyên Toàn Thang, l’édition joue ainsi un rôle de plateforme fondamentale, de noyau intellectuel et de source durable pour les autres industries créatives.

En premier lieu, l’édition – qu’il s’agisse de livres, de journaux ou de magazines – constitue le socle du savoir, participant à la formation de la personnalité et au renforcement de l’esprit national. Elle représente également une source de contenus pour les industries culturelles : de nombreux films, pièces de théâtre ou jeux de divertissement à succès reposent sur des intrigues issues d’œuvres publiées.

Dans le contexte actuel de transformation numérique, l’édition moderne crée également une véritable dynamique industrielle grâce à la numérisation des contenus, à travers les livres audio et les livres électroniques, devenant progressivement un secteur économique et technologique à forte valeur ajoutée.

Les industries culturelles peuvent certes se développer à partir d’autres atouts comme les technologies, le jeu vidéo, le tourisme culturel ou les arts du spectacle. Mais, en l’absence d’une solide base éditoriale, ces secteurs risquent de manquer d’identité, de dépendre de contenus empruntés ou de produire des œuvres sans profondeur.

L’expert insiste : "L’édition n’est pas l’unique voie, mais elle demeure la voie la plus durable et la plus fondamentale pour bâtir une industrie culturelle dotée d’une identité propre et d’une compétitivité à long terme".

Vers la construction d’un écosystème multidimensionnel

D’un point de vue pratique, Khuc Thi Hoa Phuong, directrice générale et rédactrice en chef de la Maison d’édition Phu nu (Femme) du Vietnam, partage cette analyse. Selon elle, le livre constitue un savoir fondateur, une connaissance "originelle" indispensable au développement des industries culturelles.

Une visiteuse découvre la lecture numérique au Salon du livre et de la culture de la lecture de Hanoï 2026.
Photo : Khanh Hòa/VNA/CVN

Elle rappelle que les industries culturelles reposent avant tout sur la créativité, laquelle naît précisément des politiques de soutien et des ressources intellectuelles. Chaque ouvrage est en effet le fruit d’un processus d’accumulation de connaissances, d’expériences et de réflexion, donnant naissance à des valeurs originales.

"Une fois cette source de savoir originel constituée, nous pouvons développer des produits dérivés et bâtir tout un écosystème autour de celle-ci. C’est ainsi que les industries culturelles disposeront de nombreuses opportunités de croissance", souligne-t-elle.

Cependant, au Vietnam, la construction d’un véritable écosystème créatif autour du livre se heurte encore à de nombreuses difficultés.

Khuc Thi Hoa Phuong cite l’exemple des rencontres organisées par sa maison d’édition autour de l’écriture de récits fantastiques destinés aux enfants vietnamiens. Lorsqu’ils sont invités à écrire dans ce genre, de nombreux jeunes auteurs se trouvent confrontés à l’absence d’un écosystème culturel de référence.

En Occident, au contraire, la littérature fantastique bénéficie déjà d’un ensemble de figures archétypales - vampires, mythologies ou savoirs anciens - qui constituent une matière commune permettant aux auteurs de bâtir personnages et univers narratifs.

Pour la responsable éditoriale, afin que le livre devienne véritablement la source première des industries culturelles, il est indispensable de construire un écosystème créatif autour de chaque genre littéraire.

"Nous ne devons pas seulement produire des livres, mais construire ensemble un écosystème propre à chaque catégorie d’ouvrages. Les différents secteurs doivent collaborer pour y parvenir. Si nous réussissons cela, les industries culturelles vietnamiennes gagneront en solidité et pourront rayonner davantage", affirme-t-elle.

Elle pointe également un autre défi : le Vietnam dispose d’un patrimoine culturel extrêmement riche, mais la conservation et la systématisation de ces ressources restent limitées, empêchant de nombreuses valeurs culturelles d’être pleinement exploitées.

Ainsi, dans le Truyên Kiêu (Histoire de Kiêu) de Nguyên Du ou dans les œuvres poétiques classiques vietnamiennes, abondent des expressions et des images d’une grande richesse symbolique. Pourtant, ces éléments demeurent encore confinés aux pages des livres et peinent à entrer en résonance avec la société contemporaine, notamment auprès des jeunes générations.

"La question est de savoir comment relier les archétypes culturels, les mots-clés culturels et les valeurs linguistiques traditionnelles au contexte moderne", explique-t-elle. "Cela exige une base culturelle systématiquement conservée, classifiée et sélectionnée afin de nourrir la création".

Le "savoir originel" du cinéma

Du point de vue du cinéma, la productrice Cao Phuong Diêm estime également que les réalisateurs ne peuvent se détacher du savoir contenu dans les livres, ceux-ci constituant une base essentielle pour construire la profondeur narrative et l’authenticité des œuvres cinématographiques.

Images tirées du projet de film d'animation sur Hoàng Thi Thê.
Photo : VNA/CVN

Selon elle, la consultation et l’étude des ouvrages représentent une étape indispensable pour comprendre pleinement les personnages, les contextes historiques et les multiples dimensions d’un récit.

Cette réalité s’est imposée lors du lancement d’un projet de film d’animation consacré à Hoàng Thi Thê, fille du célèbre résistant Hoàng Hoa Tham.

La productrice explique que ce personnage au destin mouvementé demeure entouré de nombreuses zones d’ombre, bien que son séjour en France soit connu du grand public. Afin de combler ces lacunes, l’équipe du film a commencé par rechercher des documents dans les ouvrages et les archives disponibles.

Mais si les ressources existent au Vietnam, elles restent fragmentaires et insuffisamment systématisées. L’équipe a ainsi dû envoyer des collaborateurs en France pour consulter directement les archives coloniales, où les documents sont classés de manière méthodique par année, mois et jour, avec témoignages et signatures à l’appui. Ces recherches ont permis d’obtenir une vision plus complète et plus précise du personnage.

À travers cette expérience, Cao Phuong Diêm estime que l’étude documentaire à partir des livres demeure essentielle pour comprendre en profondeur les personnages et les contextes historiques. Toutefois, tout le contenu d’un ouvrage ne peut être transposé à l’écran.

Un livre peut compter des milliers de pages, tandis qu’un film dispose d’une durée limitée, obligeant les cinéastes à sélectionner les détails les plus représentatifs afin de les transformer en langage cinématographique. Mais c’est précisément le travail de recherche à partir des livres qui permet ensuite d’opérer ces choix avec pertinence et de construire une œuvre riche de sens.

La productrice souligne également que ce projet a ouvert des perspectives encourageantes de coopération entre éditeurs et cinéastes, favorisant l’émergence d’un écosystème créatif multidimensionnel.

Elle révèle qu’au cours de la promotion du film, un éditeur a spontanément proposé de collaborer à la publication d’une collection d’ouvrages liés au projet cinématographique. Il ne s’agit plus d’une relation à sens unique où le cinéma puise uniquement dans les livres ; les nouvelles informations et les regards produits par le travail cinématographique peuvent eux aussi donner naissance à des ouvrages.

"Cette interaction multidirectionnelle constitue un signal très positif pour la construction des industries culturelles. Ce qu’il faut particulièrement saluer, c’est l’évolution de la vision éditoriale des maisons d’édition", conclut-elle.

Công Bac - Câm Sa/CVN

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