Un art profondément enraciné dans la culture vietnamienne

Matériau ancien mais aux formes plastiques entièrement renouvelées depuis bientôt un siècle, la peinture à la laque vietnamienne est née de la rencontre de multiples influences, asiatiques et occidentales, pour devenir l’expression nationale par excellence, capable de relier le présent au passé tout en questionnant l’avenir. L’artiste Mai Ngọc Lâm, dit Maixanh, est un ardent défenseur de cette technique.

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Mai Ngoc Lâm dit Maixanh en plein travail dans son atelier.

Né le 1er décembre 1974 dans la province de Nam Dinh (Nord), l’artiste a étudié au Lycée My Tho dans le district de Y Yên de cette province de la région du delta du Fleuve Rouge. Diplômé de l'école d'art de Nam Dinh en 1995, il organise tout jeune sa première exposition de peinture à l'École nationale d'art de Hanoï. Par la suite, il s’installe à Hô Chi Minh-Ville pour poursuivre des études en administration des affaires. Il obtiendra son diplôme d’administrateur d'entreprise à l’Université ouverte de la mégapole du Sud en 2002.

À partir de ce moment-là, il multipliera les projets autour de l’art, de la peinture traditionnelle et de la laque. Il dirigera la célèbre galerie Art Arcade en plein centre de Hô Chi Minh-Ville et mettra en lumière un nombre colossal de peintures dont il est l’auteur lors d’expositions autant sur le territoire national qu’a l’étranger.

On le retrouve ainsi à Séoul en République de Corée en 2008 pour une exposition personnelle de peintures tout autant qu’à Nha Trang et An Giang en 2009 pour des expositions nationales. De retour à Hanoï entre 2013 et 2015, il continue de produire pour différentes galeries puis il s’installe en Europe entre 2017 et 2019 pour mieux faire connaître l’art de la laque vietnamienne.

Un tableau des femmes en áo dài.

De retour au Vietnam, son exposition de nouvelles laques à l'association des Beaux-Arts de Hô Chi Minh-Ville en 2023 sera un de ses plus grands succès artistiques. De nombreuses œuvres signées Maixanh font désormais partie de collections privées à travers le monde comme à Singapour, au Japon, en Russie, au Canada ou encore en Australie. La laque est pour lui tout une science et à la base un matériau à la mise en œuvre extrêmement exigeante.

S’armer de patience

Pour la récolter, il est nécessaire de pratiquer des incisions sur le tronc d’un arbre à laque âgé de trois à huit ans. La sève est ensuite récoltée au sein de coquilles de moules de rivière à l’abri des rayons du soleil et de l’humidité. Cette matière blanchâtre qui brunit très rapidement au contact de l’air est mise à décanter pendant plusieurs mois dans des jarres hermétiques ; la couche supérieure, liquide et transparente, est utilisée pour le décor.

Les couches visqueuses du fond, mélangées avec de la sciure de bois ou de l’argile, servent à la préparation des panneaux. Deux couches de mastic sont nécessaires pour préparer des panneaux qui sont ensuite revêtus sur toutes ses faces d’un textile très fin (en chanvre ou en coton), lui-même de nouveau recouvert de six à sept couches de laque au minimum. Entre chaque couche, environ deux semaines de séchage dans un milieu chaud et humide sont nécessaires, ainsi qu’un ponçage intermédiaire. Les couches supérieures, destinées à réaliser le décor, vont être barattées pendant sept à quinze jours.

L’utilisation d’un contenant et d’une spatule en fer permet d’obtenir, grâce à l’oxydation, une laque d’un noir profond, particulièrement appréciée. S’ensuit l’étape de filtrage de la laque à l’aide d’un fin textile torsadé entre deux planchettes de bois.

L’incrustation de nacre, de pierres, de métal et l’application de feuilles d’or ou d’argent sont également utilisées.

L’incrustation de nacre, de pierres, de métal et l’application de feuilles d’or ou d’argent sont également utilisées. La mosaïque en coquille d’œuf, largement pratiquée au Vietnam, permet d’obtenir des zones d’un blanc pur. On peut également obtenir des laques colorées en ajoutant des minéraux en poudre. Cependant la laque réagit chimiquement lors du séchage et la plupart des pigments traditionnels s’altèrent. Pour cette raison, les couleurs se restreignent essentiellement au rouge (cinabre), au noir (obtenu par oxydation du fer), au jaune (orpiment) et toute la gamme des bruns (obtenus par oxydation naturelle de la laque).

Un tryptique magnifique.

Avant les années 1930, la laque était utilisée au Vietnam dans le domaine des arts décoratifs et de l’architecture. Elle permettait de protéger le bois des attaques d’insectes et des moisissures tout en l’embellissant. Dans les temples, elle participait à la spiritualité même du lieu. De fil en aiguille, elle s’utilisera pour des œuvres exceptionnelles comme des paravents, des coffrets à bijoux, des sets de table ou des plateaux de cuisine.

La laque vietnamienne séduit désormais le grand public ébloui par son caractère à la fois traditionnel et moderne. Après Phạm Hậu, Lê Phô, Nguyễn Văn Tỵ ou Nguyễn Gia Trí, Mai Ngọc Lâm dit Maixanh n’est pas étranger à ce succès énorme désormais à égalité avec l’áo dài, la pho (soupes de nouilles) ou encore le cai luong (théâtre rénové).

Pour contacter l’artiste :

Maingoclam.com

https://www.facebook.com/lamartpainting/

Tél : 09 13 66 95 49

Lamartpainting@gmail.com

Texte : Hervé Fayet/CVN

Photos : Mai Ngọc Lâm/CVN

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