La cybersécurité, un pilier de la sécurité énergétique du Vietnam

Face aux cyberattaques, aux tensions géopolitiques et aux aléas climatiques, le Vietnam entend renforcer la sécurité de ses infrastructures énergétiques. Diversification des approvisionnements, protection des systèmes numériques et intelligence artificielle sont au cœur des solutions envisagées pour garantir un système énergétique fiable et résilient.

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Vue d’ensemble du séminaire "Sécurité énergétique pour une transition verte à l’ère numérique".
Photo : NCA/CVN

Ces enjeux ont été au cœur du séminaire "Sécurité énergétique pour une transition verte à l’ère numérique", organisé récemment à Hanoï par Vietnam Cybersecurity E-Magazine, un magazine en ligne vietnamien spécialisé dans la cybersécurité.

L’événement s’est tenu sous l’égide du Département de la cybersécurité et de la prévention de la criminalité de haute technologie (A05), relevant du ministère de la Police, avec la participation de Vietnam Gas Corporation (PV GAS) en tant que partenaire stratégique.

Les échanges ont porté sur les défis de la sécurité énergétique, la diversification des sources d’approvisionnement, la protection des infrastructures critiques et le recours aux technologies numériques pour améliorer l’efficacité opérationnelle et renforcer la gestion des risques.

Placée sous le thème "Données fiables, opérations sécurisées, approvisionnement continu", la rencontre a souligné l’interdépendance croissante entre cybersécurité et sécurité énergétique. Elle visait à promouvoir un système énergétique sûr et résilient, capable d’accompagner la transformation numérique, la transition verte et le développement économique durable.

Protéger les infrastructures énergétiques critiques de manière proactive

Dans son discours d’ouverture, Vu Duy Hiên, secrétaire général adjoint et chef de bureau de l’Association nationale pour la cybersécurité, a souligné que les transitions numérique et verte transformaient en profondeur l’économie, ouvrant de nouvelles perspectives tout en renforçant la nécessité d’une coordination entre les différents secteurs.

Vu Duy Hiên, secrétaire général adjoint et chef de bureau de l’Association nationale pour la cybersécurité, lors du séminaire. 
Photo : NCA/CVN

Le secteur énergétique étant étroitement lié à de nombreuses autres activités économiques, ce séminaire offre aux organismes de réglementation, aux entreprises du secteur, aux experts et aux acteurs technologiques l’occasion de confronter leurs expériences et d’explorer de nouvelles pistes de coopération, a-t-il estimé.

Les entreprises énergétiques connaissent les besoins propres à leurs activités, de la production à l’exploitation des installations. Les fournisseurs de technologies apportent, quant à eux, leur expertise en matière de recherche, de développement et de déploiement de solutions. Les organismes de réglementation et les organisations professionnelles jouent pour leur part un rôle d’orientation, de soutien et de facilitation des partenariats.

La mise en commun de ces compétences doit permettre d’aller au-delà du simple échange d’informations pour apporter des réponses concrètes aux besoins des entreprises. Pour Vu Duy Hiên, la mise en relation des acteurs ne consiste pas seulement à créer des occasions de rencontre : elle permet aux entreprises de mieux cerner leurs besoins respectifs, aux fournisseurs de technologies de se confronter aux difficultés du terrain et, in fine, de favoriser le déploiement de solutions adaptées.

En assurant l’interface entre les entreprises et les experts en cybersécurité, l’Association nationale pour la cybersécurité (National Cybersecurity Association) entend ainsi intensifier sa coopération avec les secteurs économiques stratégiques, au premier rang desquels figure l’énergie.

Vu Duy Hiên a également mis en avant la contribution des médias spécialisés, qui favorisent le dialogue, rapprochent les parties prenantes et contribuent à inscrire leur coopération dans la durée, au-delà des rencontres ponctuelles.

À ses yeux, la valeur d’un tel forum ne se mesure pas tant au nombre de participants ou à la quantité d’informations présentées qu’à la solidité des liens noués et aux résultats concrets et durables des partenariats qui en découlent.

Prenant également la parole lors du séminaire, le colonel principal Triêu Manh Tùng, directeur adjoint du Département de la cybersécurité et de la prévention de la criminalité de haute technologie (A05) du ministère de la Police, a rappelé que les infrastructures énergétiques constituaient des actifs stratégiques susceptibles de devenir des cibles en période de conflit.

Le colonel principal Triêu Manh Tùng, directeur adjoint du Département de la cybersécurité et de la prévention de la criminalité de haute technologie (A05) du ministère de la Police, lors de son intervention.
Photo : NCA/CVN

Une paralysie du système énergétique aurait des répercussions bien au-delà du secteur lui-même. Les télécommunications, les systèmes de contrôle et de surveillance, ainsi que les activités d’exploitation de nombreuses infrastructures dépendantes de l’énergie pourraient à leur tour être gravement perturbés.

Selon le colonel principal Triêu Manh Tùng, les cyberattaques visant les infrastructures vitales constituent désormais une menace bien réelle. Il est donc essentiel que les entreprises anticipent les risques, identifient les systèmes les plus sensibles et hiérarchisent les priorités en matière de protection, en mettant en place des mesures préventives adaptées.

Il a appelé les organisations à renforcer leurs capacités de surveillance, de gestion des incidents et de rétablissement des systèmes après une attaque, tout en intensifiant leur coopération avec les autorités compétentes et les organismes professionnels spécialisés.

Il a notamment insisté sur la nécessité de protéger les systèmes informatiques (IT), les systèmes de technologie opérationnelle (OT) et les données en tenant compte des spécificités de chaque environnement, dès les premières phases d’investissement et de conception, puis tout au long de leur exploitation.

De la sécurité des approvisionnements au renforcement de la résilience

Dans son intervention intitulée "L’énergie dans la nouvelle phase de développement de l’économie vietnamienne", le Dr Nguyên Huy Hoach, représentant de l’Association vietnamienne de l’énergie, a souligné que le rôle de l’énergie dans l’économie nationale connaissait une profonde évolution.

L’essor de l’économie numérique, de l’intelligence artificielle, des centres de données et des industries de haute technologie entraîne une hausse des besoins en matière de continuité, de fiabilité et de qualité de l’approvisionnement énergétique.

Pour les entreprises de haute technologie, si le coût de l’électricité reste un critère déterminant, la stabilité de l’approvisionnement est tout aussi cruciale, a-t-il expliqué. La sécurité énergétique ne consiste donc pas seulement à disposer de quantités suffisantes d’électricité et de combustibles, mais aussi à acheminer ces ressources au bon endroit, au bon moment, selon les exigences de qualité requises et à un coût raisonnable.

Le Vietnam renforce son cadre de cybersécurité avec de nouvelles réglementations imposant aux entreprises des obligations accrues en matière de protection des systèmes et des services numériques.
 Photo : VNA/CVN

Dans le même temps, les systèmes énergétiques sont exposés à des risques de plus en plus complexes. Les sécheresses liées au changement climatique peuvent réduire la production hydroélectrique, tandis que les vagues de chaleur extrêmes accentuent la demande en énergie. L’instabilité géopolitique fragilise, quant à elle, les marchés des combustibles et les chaînes d’approvisionnement. Enfin, la numérisation expose davantage les systèmes de contrôle et les données opérationnelles aux cyberattaques.

Face à ces défis, le Dr Nguyên Huy Hoach préconise quatre axes d’action : diversifier les sources d’approvisionnement, renforcer les capacités de réserve et la résilience, améliorer l’efficacité énergétique et protéger les infrastructures numériques ainsi que les données.

Les capacités de réserve ne se limitent pas aux moyens de production d’énergie. Elles englobent également les stocks de combustibles, les équipements, les infrastructures de transport, les sauvegardes de données, les systèmes de contrôle et les ressources humaines mobilisables en cas d’urgence.

L’efficacité énergétique doit, par ailleurs, être considérée comme une ressource stratégique à part entière. Chaque unité d’énergie économisée contribue à réduire les coûts, à limiter la dépendance aux approvisionnements extérieurs et à soutenir le développement durable.

Dans une perspective plus large de sécurité non traditionnelle, une équipe de recherche de l’Institut pour la sécurité non traditionnelle de l’Université nationale de Hanoï a également présenté une étude, exposée par Luu Van Vinh, soulignant le rôle fondamental de l’énergie dans le fonctionnement de nombreux autres systèmes.

Une interruption de l’approvisionnement énergétique peut provoquer des perturbations en chaîne dans l’industrie manufacturière, la santé, les transports, les télécommunications et d’autres services essentiels.

La sécurité énergétique doit ainsi s’inscrire dans un cadre plus large de gouvernance de la sécurité nationale, mobilisant les organismes de réglementation, les entreprises, les forces de sécurité, les autorités locales et la population. Les chercheurs préconisent notamment de renforcer les systèmes d’alerte précoce grâce aux données et à l’intelligence artificielle, de diversifier les sources d’approvisionnement et les technologies, de déployer des dispositifs de protection à plusieurs niveaux et d’accroître la résilience des communautés locales.

Le développement de ressources énergétiques décentralisées, de capacités de stockage et de petits réseaux électriques autonomes constitue également une piste prometteuse. Ces solutions pourraient notamment permettre aux hôpitaux, aux centres de données et aux autres services essentiels de continuer à fonctionner en cas de défaillance du réseau électrique principal.

Garantir la sécurité énergétique à l’ère numérique

Lors du séminaire, Hô Diên Vuong, directeur adjoint de la division "Activités GNL" et représentant de Petrovietnam Gas (PV GAS), a présenté des solutions visant à diversifier les sources d’approvisionnement en gaz naturel liquéfié (GNL), afin de renforcer la sécurité énergétique et d’accompagner la transition énergétique.

Hô Diên Vuong, directeur adjoint de la division "Activités GNL" et représentant de Petrovietnam Gas (PV GAS), prend la parole lors du séminaire.
Photo : NCA/CVN

Filiale du groupe pétrolier et gazier du Vietnam (Petrovietnam), PV GAS intervient sur l’ensemble de la chaîne de valeur du gaz, de la collecte au transport, au traitement et au stockage, jusqu’à la commercialisation des produits gaziers. L’entreprise investit également dans des infrastructures de GNL pour répondre aux besoins de la production d’électricité et des activités industrielles.

Au-delà de la diversification des approvisionnements, la sécurisation des systèmes technologiques et des données opérationnelles s’impose comme un enjeu croissant.

Dans son intervention consacrée à la protection des systèmes informatiques (IT) et des systèmes opérationnels (OT) dans le secteur énergétique, Nguyên Trung Nghia, consultant en cybersécurité au sein de NCS (National Cybersecurity Technology Joint Stock Company), a souligné qu’un incident de cybersécurité pouvait affecter directement la production, la qualité des services et la sécurité des opérations.

Contrairement aux environnements informatiques classiques, de nombreux systèmes de contrôle industriel doivent fonctionner en continu. Leur interruption pour installer des mises à jour logicielles ou corriger des vulnérabilités représente donc une opération délicate.

À cette contrainte s’ajoute la coexistence, au sein d’une même installation, d’équipements et de technologies de différentes générations provenant de fournisseurs multiples. L’interconnexion croissante des réseaux informatiques (IT) et opérationnels (OT), conjuguée aux accès à distance accordés à des prestataires externes, accroît encore les exigences en matière de contrôle et de sécurité.

Pour répondre à ces défis, NCS préconise un modèle de protection reposant sur quatre axes : l’identification et la gestion des actifs ; la prévention et la détection des menaces ; la surveillance et la coordination de la réponse aux incidents ; enfin, la mobilisation des ressources nécessaires à une intervention coordonnée.

Les entreprises sont ainsi appelées à mieux contrôler les droits d’accès, à surveiller les modifications de configuration des systèmes de contrôle, à établir des plans de sauvegarde et de reprise d’activité et à organiser régulièrement des exercices de réponse aux incidents.

Selon les experts, les solutions de cybersécurité doivent être adaptées aux contraintes opérationnelles propres à chaque installation, afin de détecter les risques le plus tôt possible sans perturber la production. Le séminaire a également examiné les possibilités offertes par l’intelligence artificielle pour optimiser la consommation énergétique et améliorer la gestion des émissions, tout en préservant la qualité et l’intégrité des données.

Les échanges ont ainsi mis en évidence la nécessité d’une approche globale de la sécurité énergétique, associant diversification des approvisionnements, efficacité énergétique, protection des infrastructures critiques et renforcement des capacités de réponse et de rétablissement en cas d’incident.

Nguyên Tùng/CVN

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