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Dans un contexte économique mondial encore marqué par de nombreuses incertitudes, le Vietnam demeure une destination attractive pour les IDE.
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| Le centre de Hô Chi Minh-Ville abrite de nombreuses banques nationales et internationales. |
Au cours des deux premiers mois de l’année, le capital enregistré total a dépassé les 6 milliards de dollars. Bien qu’en légère baisse par rapport à la même période de l’année précédente, le nombre de nouveaux projets ainsi que l’ampleur des capitaux enregistrés ont fortement augmenté.
Particulièrement notable : les IDE décaissés ont atteint environ 3,2 milliards de dollars, en hausse de 8,8 % par rapport à l’année précédente.
Ces évolutions reflètent une stratégie d’investissement à long terme et une tendance à la restructuration des chaînes d’approvisionnement mondiales de plus en plus marquée. Avec l’ambition de créer un Centre financier international du Vietnam (VIFC), les flux d’IDE devraient non seulement soutenir la croissance, mais également favoriser le développement de domaines financiers à haute valeur ajoutée, en particulier la cash management et l'administration de trésorerie au Vietnam dans les années à venir.
Mahesh Kini, responsable mondial de la gestion de trésorerie du groupe Standard Chartered, un expert fort de plus de 30 ans d’expérience dans haute valeur ajoutée, en particulier la cash management et l'administration de trésorerie, a accordé une interview à l’Agence Vietnamienne d’Information (VNA) sur les perspectives de développement de ces activités au sein du VIFC.
Dans le contexte où les flux d’IDE continuent de se déplacer et où les entreprises implantées au Vietnam élargissent de plus en plus leurs opérations, comment évaluez-vous l’évolution du rôle de l'administration de la trésorerie au sein des groupes multinationaux ? Comment le Vietnam peut-il tirer parti de cette tendance ?
Tout d’abord, il faut reconnaître que l'administration de la trésorerie devient de plus en plus une fonction stratégique au sein des groupes multinationaux, son rôle gagnant en importance et en dimension stratégique.
Par nature, il s’agit de la gestion globale des flux de trésorerie, de la liquidité et des risques financiers de l’entreprise. Cette activité comprend le suivi des entrées et sorties de fonds, l’optimisation des ressources monétaires entre les filiales du groupe, la gestion des changes, la couverture des risques de change, ainsi que la garantie d’un niveau de liquidité suffisant à tout moment.
Lorsque les entreprises étendent leurs activités à de nombreux marchés, le rôle de l'administration de la trésorerie devient encore plus crucial, car elles ont besoin d’un mécanisme efficace de coordination des flux de trésorerie à l’échelle régionale ou mondiale. C’est pourquoi de nombreux groupes ont tendance à implanter cette fonction dans des centres financiers régionaux, afin d’optimiser l’efficacité opérationnelle et de mieux contrôler les risques.
Au Vietnam, cette tendance se dessine de plus en plus clairement. Auparavant, le pays était principalement perçu comme un centre de production. Cependant, avec la stratégie « Chine + 1 », les multinationales élargissent leur présence au Vietnam de manière plus systématique et sur le long terme.
L’élément important est que ces flux de capitaux ne sont plus sporadiques. Avec une augmentation régulière des investissements, les groupes étendent leurs activités au Vietnam : ils produisent davantage, vendent plus sur le marché intérieur et accroissent leurs opérations d’import-export. Tout cela génère un volume de liquidité domestique de plus en plus important.
Ce qui est remarquable, c’est que cette échelle de liquidité est désormais suffisante pour attirer l’attention des directeurs de trésorerie en dehors du Vietnam, par exemple à Hong Kong (Chine), à Singapour ou dans les centres financiers d’Europe et des États-Unis.
Ils commencent à s’intéresser à la manière de gérer les flux de trésorerie au Vietnam, notamment l’optimisation de la liquidité sur place, l’organisation des flux transfrontaliers et la gestion des risques de change.
Cela montre que le Vietnam n’est plus seulement un lieu de production, mais qu’il devient progressivement un maillon important dans les chaînes d’approvisionnement et financières de la région ASEAN.
Du point de vue de l'infrastructure financière, et notamment des paiements, comment évaluez-vous l'impact des changements survenus au Vietnam sur le développement des activités d’administration de trésorerie ?
L’impact est très significatif. Le Vietnam progresse rapidement dans la numérisation des paiements, avec le développement des virements en temps réel, des paiements par code QR et des portefeuilles électroniques. Ces éléments rendent l’écosystème financier plus moderne et plus efficace, tout en réduisant considérablement les délais de traitement des transactions.
Pour les entreprises, et en particulier les multinationales, ces avancées les obligent à moderniser leurs systèmes de gestion financière interne. De nombreuses entreprises adoptent des systèmes ERP de nouvelle génération et déploient des plateformes mondiales de gestion de la trésorerie afin de se connecter directement à l’infrastructure de paiement vietnamienne.
Cela améliore la capacité de contrôle des flux de trésorerie en temps réel et permet d’intégrer le Vietnam dans le système de gestion de la trésorerie régionale ou mondiale de l’entreprise. C’est un signal très positif, qui montre que les bases nécessaires au développement des activités de gestion de la trésorerie au Vietnam sont en train de se consolider.
Dans le contexte des efforts déployés par le Vietnam pour construire un Centre financier international, quelles sont, selon vous, les conditions essentielles pour attirer des centres financiers régionaux et les inciter à y établir leurs activités ?
Je pense que pour attirer des centres financiers et les inciter à s'implanter, plusieurs facteurs fondamentaux sont nécessaires.
En premier lieu, un cadre juridique clair, stable et conforme aux normes internationales. C’est la condition préalable pour instaurer la confiance des investisseurs et des groupes multinationaux lorsqu’ils envisagent d’implanter des activités de trésorerie.
Il faut également un environnement juridique cohérent et prévisible, qui rassure les institutions financières internationales dans leur volonté d’expansion à long terme.
Ensuite vient le facteur humain. Un centre financier souhaitant se développer de manière durable doit disposer d’une main-d’œuvre hautement qualifiée et créer les conditions nécessaires pour attirer et retenir les talents internationaux.
Enfin, un écosystème de soutien est indispensable. Celui-ci inclut la présence et la coordination efficace des banques, des entreprises fintech, des cabinets d’avocats et des cabinets de conseil. Un écosystème complet et fluide constituera la base du développement des activités internationales de trésorerie et de finance. Ces éléments créeront un attrait significatif pour les centres de trésorerie régionaux.
Avec ces fondations, selon vous, à quel stade se trouve actuellement le Vietnam dans son parcours de développement du VIFC et d’attraction des centres de trésorerie régionaux ?
Selon moi, c’est le moment idéal pour que le Vietnam accélère le développement de son Centre financier international. Comme je l’ai mentionné, les activités des entreprises connaissent une forte croissance, les flux d’IDE continuent de se diversifier et la demande en matière de gestion de la trésorerie ne cesse d’augmenter.
Ces facteurs créent une échelle suffisante en termes de liquidité et de transactions, condition indispensable à la formation de centres de trésorerie régionaux.
Un point important à noter est que le Vietnam conserve les caractéristiques d’un marché régulé. À mon avis, ce n’est pas une contrainte, mais un atout, à condition qu’il soit conçu de manière appropriée.
Le Vietnam peut ainsi bâtir un environnement à vocation internationale dans ce cadre, permettant aux entreprises de mener efficacement et en toute sécurité leurs opérations financières transfrontalières.
Par ailleurs, Hô Chi Minh-Ville a gagné 11 places dans le classement 2026 de l'Indice mondial des Centres financiers par rapport à l’année précédente, ce qui témoigne de la confiance croissante du Vietnam dans la mise en œuvre de son modèle de Centre financier international.
Si cette opportunité est bien saisie, elle pourrait constituer un tournant majeur, ouvrant une nouvelle phase de croissance non seulement pour le secteur financier, mais aussi pour l’ensemble de la communauté des entreprises au Vietnam.
Dans le processus de construction et d’exploitation du VIFC, quel rôle peuvent jouer des institutions financières internationales telles que Standard Chartered ?
Forts de notre expérience dans de nombreux centres financiers internationaux comme Singapour, Hong Kong (Chine) ou Dubaï, nous observons que les institutions financières mondiales peuvent contribuer à ce processus à plusieurs niveaux.
Tout d’abord, un rôle de conseil, pour aider les entreprises à mieux comprendre le modèle de centre financier international, son mode de fonctionnement et les avantages qu’il peut apporter. C’est une étape importante pour que les entreprises, en particulier les groupes multinationaux, puissent prendre des décisions éclairées sur l’implantation d’activités de trésorerie sur un nouveau marché.
Ensuite, la fourniture de services financiers de base, notamment la gestion de trésorerie, les paiements, la gestion de la liquidité, les changes et les solutions de couverture des risques. Ces services constituent le socle permettant aux entreprises de fonctionner efficacement dans un centre financier.
Par ailleurs, les capacités d’interaction entre les plateformes technologiques jouent un rôle croissant, en particulier la possibilité de connecter les systèmes financiers mondiaux des entreprises à l’infrastructure nationale via des plateformes numériques ou des API. Cela permet aux entreprises de gérer leurs flux de trésorerie en temps réel et d’améliorer leur efficacité opérationnelle.
Enfin, la capacité de connexion à un réseau international. Les institutions financières mondiales peuvent servir de pont entre le marché intérieur et la région ou le monde entier, renforçant ainsi l’interconnexion et favorisant une circulation plus efficace des capitaux.
Ces éléments contribueront de manière significative à l’intégration progressive et plus profonde du VIFC dans le système financier mondial.
Merci beaucoup, monsieur !
Texte et photo : Quang Châu/CVN




