Hô Chi Minh-Ville : après l’âge d’or des chevaux de course

Privés de la piste de l’hippodrome Phu Tho, les éleveurs de la mégapole du Sud réinventent leur métier. Entre tourisme et cinéma, ces passionnés luttent pour maintenir la survie d’une tradition équestre en pleine mutation.

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Lê Tiên Tông se consacre à l’élevage équin depuis plus de 40 ans. 
Photo : TT/CVN

Les petites routes paisibles de Bà Diêm ou Binh Hung, à Hô Chi Minh-Ville, résonnent aujourd’hui, par intermittence, du martèlement des sabots se mêlant à l’odeur du foin séché. Peu de gens savent que cette banlieue fut jadis la “capitale” des familles d’éleveurs liées à l’hippodrome Phu Tho.

Si le champ de courses n’appartient plus qu’aux souvenirs, le souffle d’une époque glorieuse plane encore sur les écuries, à travers les récits de ceux qui perpétuent ce métier depuis trois générations.

En suivant une piste proche à courte distance de la rue Trinh Quang Nghi (commune de Binh Hung), on découvre le haras d’environ 5 ha de Lê Tiên Tông, un homme dévoué à cette profession depuis plus de 40 ans. Derrière une haie dense, une quarantaine de géniteurs de grande taille paissent paisiblement. De temps à autre, des hennissements vigoureux retentissent dans ce quartier résidentiel habituellement calme.

Né dans une famille enracinée dans la tradition équine, M. Tông a côtoyé ces bêtes très tôt. Dès l’âge de 9 ans, il apprenait auprès de son oncle à soigner et entraîner les coursiers, avant de devenir un jockey professionnel expérimenté sur les pistes de Phu Tho. Sa famille possédait autrefois de nombreuses montures lauréates de grands prix.

Son expertise lui a permis de devenir entraîneur officiel de l’hippodrome. En 1999, il s’est tourné vers la fourniture d’équidés pour les studios de cinéma et les sites touristiques. Ce pivot stratégique lui a permis de préserver son troupeau après la fermeture de Phu Tho en 2011.

“Le jour où l’hippodrome a fermé, beaucoup ont vendu leurs bêtes à bas prix aux abattoirs et ont abandonné le métier. Grâce aux plateaux de tournage, j’ai pu garder les miennes. Plus tard, j’ai ouvert un service de promenade pour les visiteurs, ce qui m’a permis de maintenir l’activité jusqu’à aujourd’hui”, confie-t-il.

Malgré quatre décennies de labeur, il n’a jamais faibli. Chaque jour, il consacre la quasi-totalité de son temps à ses protégés : de l’alimentation à l’entraînement, jusqu’aux soins en cas de blessure. “Élever des chevaux n’est pas seulement un métier, c’est un mode de vie”, partage-t-il.

À Bà Diêm, Huynh Van Dang, 73 ans, préserve lui aussi ses animaux comme une part de sa propre mémoire. En caressant la crinière d’un mâle alezan - une lignée primée avant 2011 - il se remémore l’âge d’or. “Ma famille élève des coursiers depuis des générations. À l’époque coloniale, mon grand-père les emmenait déjà de la campagne vers Saïgon pour concourir. Mon père s’en occupait de l’aube au crépuscule”.

Après la fermeture de Phu Tho, M. Dang a continué à faire courir ses bêtes à Lâm Dông ou Binh Duong. Bien que ces compétitions soient actuellement suspendues, son attachement reste intact : “C’est un destin ; une fois passionné, il est difficile de s’en détacher”. Il précise qu’un animal consomme 5 à 7 kg de paddy par jour, sans compter les soins médicaux, ce qui représente un coût que seules les familles aisées peuvent supporter. “Elle a gagné tant de prix, je ne peux me résoudre à la vendre. Je m’en occuperai jusqu’à sa mort”.

Maintenir la culture périurbaine

Fournisseur de services pour le cinéma et le tourisme, M. Tông diversifie son activité avec des séances d’initiation à l’équitation. 
Photo : TT/CVN

L’histoire de ce métier est indissociable de l’hippodrome de Phu Tho, qui fut un centre de divertissement unique pendant 25 ans. Selon l’ouvrage de Nguyên Duc, les courses hippiques furent introduites à Saigon (ancien nom de Hô Chi Minh-Ville) en 1864. En 1932, l’hippodrome Phu Tho fut officiellement inauguré, devenant à l’époque le plus grand d’Asie.

Après 1975, l’activité fut suspendue avant de renaître en 1989 sous le nom de Club sportif de Phu Tho. Cependant, en juin 2011, tout s’arrêta brusquement. “Ce jour-là, j’emmenais ma monture à l’entraînement quand j’ai vu l’affiche +Suspension temporaire+. Tout le monde est resté pétrifié”, se souvient M. Dang.

Cette brève annonce a bouleversé la communauté. Des centaines de foyers ont perdu leur revenu principal. Les animaux, habitués au rythme des courses, se sont retrouvés “au chômage”. Si beaucoup ont dû vendre par dépit ; d’autres, comme M. Tông, ont réorienté l’entraînement. “Autrefois, on les préparait comme des athlètes. Aujourd’hui, on leur apprend à obéir aux ordres, à être doux avec les clients et à garder une belle allure pour les photos”.

Bien que les revenus soient moindres, l’essentiel est de maintenir cette culture périurbaine. En ces derniers jours de l’année, l’atmosphère du printemps gagne les écuries. Les boxes sont nettoyés, les bêtes se préparent pour les représentations lors des fêtes. Le bruit des sabots rappelle aux propriétaires un passé glorieux. Pour eux, ce n’est pas seulement de la nostalgie, c’est une flamme qui refuse de s’éteindre.

Huong Linh/CVN

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