Élan novateur des jeunes artisans de Quang Ngai

Mariant excellence ancestrale et gestion moderne, la jeunesse de Quang Ngai (Centre) réinvente ses villages de métiers. Ces héritages séculaires renaissent aujourd’hui en tant que moyens de subsistance durables, porteurs d’une immense fierté locale.

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L’innovation dans la sériciculture de Tôn Long Quy permet de réduire de moitié la charge de travail. 
Photo : VNA/CVN

Au bord du fleuve Trà Khuc, le hameau de Buông, dans la commune de Nghia Giang, autrefois réputé pour sa sériciculture, retrouve ses lettres de noblesse grâce à l’engagement de la génération 8X (née dans les années 1980). Tôn Long Quy, 35 ans, est l’artisan de ce renouveau. Il a patiemment replanté les premiers mûriers alors que ce métier semblait voué à l’oubli.

Son aventure est née d’un constat amer : celui d’un village dépeuplé où la jeunesse s’exilait pour survivre. “Ma famille avait tenté l’expérience en 2002, mais l’échec fut total par manque de capitaux et de maîtrise technique. En voyant ces terres alluviales en friche, je ne pouvais me résoudre à cet abandon alors que d’autres régions prospéraient grâce à la soie”, confie-t-il.

En 2022, un voyage d’étude dans les Hauts plateaux du Centre change la donne. De retour au pays natal, il rompt avec les méthodes obsolètes. Fini l’élevage sur claies en bambou, laborieux et exposé aux maladies. Désormais, les vers à soie évoluent directement au sol, sur des supports en bois. Cette innovation réduit la main-d’œuvre de moitié tout en garantissant des cocons d’une qualité conforme aux standards d’exportation.

Les résultats sont éloquents. En 15 jours, un foyer peut dégager un bénéfice net de 10 millions de dôngs. Sur une année, les revenus atteignent la barre des 100 millions, un chiffre inespéré pour l’agriculture locale. Aujourd’hui, sa coopérative fédère 12 foyers, créant une véritable synergie productive. Mais M. Quy voit plus loin : il souhaite transformer son exploitation en destination agrotouristique pour transmettre la valeur de ce patrimoine aux jeunes générations. “Je souhaite que les visiteurs, et tout particulièrement les enfants, puissent toucher les feuilles de mûrier, nourrir les vers à soie et observer de leurs propres yeux le processus de filage des cocons. Au-delà de l’aspect économique, c’est la meilleure manière de transmettre la valeur de notre patrimoine”, affirme-t-il.

Ascension vers le label OCOP

Non loin de là, dans la commune de Binh Son, Trinh Thi Kim Oanh, 33 ans, écrit une nouvelle page de l’histoire de la canne à sucre. Diplômée en gestion des affaires à Hô Chi Minh-Ville, elle a délaissé l’effervescence urbaine pour reprendre la dernière sucrerie artisanale de sa famille dans le hameau de Tiên Đô.

L’âge d’or du sucre roux et de la mélasse à Binh Son remonte aux années 1980, époque où une barrique de 300 kg valait son pesant d’or. Face à la déferlante du sucre industriel, son père songeait à brader sa production pour le traitement des eaux en aquaculture. Mme Oanh s’y est opposée par amour pour ce produit noble. “Je voulais créer un sucre pur, sans chimie, préservant l’arôme originel de la canne tout en répondant aux normes sanitaires les plus strictes”, explique-t-elle.

Grâce à son expertise managériale, elle a optimisé le raffinage. En concentrant le jus de canne pendant plusieurs heures et en multipliant les filtrages, elle obtient une mélasse limpide comme de l’ambre. Son audace l’a également poussée à créer le “sucre roux abricot”, une alternative saine au sucre raffiné. Résultat : ses produits ont décroché la certification 3 étoiles OCOP (À chaque commune son produit), s’arrachant désormais sur tout le territoire via le commerce en ligne.

“Certains pensaient que j’étais folle de revenir travailler la terre. Mais pour moi, c’est un retour aux sources. Chaque goutte de mélasse est la cristallisation du labeur paysan et de la beauté rurale”, confie-t-elle avec fierté.

Moteur de l'intégration économique

Trinh Thi Kim Oanh présente sa gamme de produits dérivés de la canne à sucre.
Photo : VNA/CVN

Le renouveau de ces filières n’est pas un cas isolé. C’est le fruit d’une génération audacieuse qui sait mobiliser les ressources actuelles. Selon Hô Thi Thu Thanh, vice-secrétaire de l’Union de la jeunesse de Quang Ngai, les jeunes disposent aujourd’hui d’un atout majeur : la maîtrise du numérique et des réseaux sociaux. L’organisation multiplie d’ailleurs les programmes de soutien, allant de la formation commerciale à l’accès aux politiques de financement de l’État.

L’alliance entre l’expérience des anciens et la vision novatrice des jeunes redessine le visage de l’artisanat à Quang Ngai. Ils ne se contentent pas de conserver un métier ; ils le rendent économiquement viable en “racontant une histoire“ qui touche le consommateur.

Le succès de M. Quy et Mme Oanh prouve que la tradition a toujours sa place si l’on sait la moderniser. Ces mûreraies verdoyantes et ces effluves de mélasse sont le témoignage vibrant que le patrimoine de Quang Ngai sera pérennisé par des cœurs passionnés, prêts à porter haut les couleurs de leur terroir sur la carte économique nationale.

Huong Linh/CVN

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