>> Conférence sur la stratégie énergétique pour le Vietnam
>> Dialogue de Quy Nhon : rapprocher science, politiques publiques et finance climatique
>> Climat : le Vietnam appelé à jouer un rôle moteur en Asie du Sud-Est
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| Professeur Patrick Criqui (gauche) lors d'un atelier organisé dans le cadre du Dialogue de Quy Nhon sur le climat et les transitions, les 10 et 11 octobre dernier à Quy Nhon. |
| Photo : ICISE/CVN |
Une stratégie de financement inscrite dans le long terme
Le financement de la transition verte ne peut reposer sur un instrument unique. Pour le Professeur Patrick Criqui, il nécessite une combinaison cohérente de leviers allant de la fiscalité environnementale et la tarification du carbone à la gestion de la dette publique, aux obligations vertes et à la mobilisation des capitaux privés.
Ces différents instruments sont notamment étudiés dans le cadre d’une coopération technique entre le ministère des Finances du Vietnam et l’Agence française de développement (AFD)/Expertise-France, sur la gestion verte des finances publiques (Green Public Finance Management).
Ils doivent être intégrés dans une trajectoire de développement bas carbone à l’horizon 2050, capable de fixer les grandes orientations de la transformation économique du Vietnam. Cette stratégie doit être élaborée avec la participation des différentes parties prenantes de la société et permettre d’identifier les solutions à mettre en œuvre, les besoins de financement correspondants ainsi que les ressources publiques et privées susceptibles d’être mobilisées.
Dans cette perspective, la modélisation des systèmes énergétiques (par exemple le modèle POLES - Prospective Outlook on Long-term Energy Systems) et son articulation avec des modèles macroéconomiques (tels que le modèle GEMMES - (General Monetary and Multisectoral Macrodynamics for the Ecological Shift, ou macrodynamique monétaire et multisectorielle pour la transition écologique) constituent de précieux outils d’aide à la décision.
Les modèles énergétiques permettent de détailler les transformations nécessaires en matière de consommation par secteur, de production d’électricité et d’échanges extérieurs d’énergie. Ces données peuvent ensuite alimenter les modèles macroéconomiques afin d’évaluer les effets de la transition sur les grands équilibres économiques, notamment la consommation, l’investissement, le commerce extérieur et le financement.
Cette approche intégrée permettrait au Vietnam de mieux quantifier ses besoins d’investissement, d’évaluer l’impact des politiques publiques et de hiérarchiser ses priorités sur le long terme.
Tarification du carbone et mobilisation des financements
Selon l’économiste, la mise en place d’un système d’échange de quotas d’émission (ETS) constitue un point de départ clé pour instaurer une tarification du carbone dans l’industrie vietnamienne.
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| Une pause du Professeur Patrick Criqui (gauche) lors du Dialogue de Quy Nhon sur le climat et les transitions, les 10 et 11 octobre 2026, à Quy Nhon. |
| Photo : ICISE/CVN |
Cette démarche doit être alignée avec le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’Union européenne, qui vise à assurer une concurrence équitable entre les industries européennes et leurs partenaires commerciaux tout en valorisant les efforts de réduction des émissions.
La tarification du carbone peut également procurer à l’État des ressources financières importantes, par le biais d’une taxe ou de la mise aux enchères des quotas d’émission. Les recettes générées peuvent être recyclées dans l’économie selon trois canaux principaux : alimenter le budget général, financer des investissements publics liés à la transition, enfin compenser les catégories de population et les acteurs économiques les plus vulnérables à la hausse des prix de l’énergie.
Cette dernière option revêt une importance particulière pour garantir le caractère juste et équitable de la transition. Une fois les modalités de réaffectation de ces recettes définies, il convient d’évaluer le besoin de financement résiduel et de déterminer la contribution des institutions financières internationales et des marchés.
Au-delà des instruments financiers, la coordination internationale est également essentielle. Le MACF constitue une première étape dans le rapprochement des politiques climatiques entre le Vietnam et l’Union européenne. Les perspectives de coopération s’étendent toutefois à la recherche et au développement des technologies vertes, à la gestion des matériaux critiques nécessaires à la transition ainsi qu’au financement de projets stratégiques présentant un intérêt commun.
Renforcer la coopération franco-vietnamienne et le suivi des politiques climatiques
Dans le cadre de la coopération franco-vietnamienne en matière de finance verte, l’accompagnement technique du ministère vietnamien des Finances devrait associer étroitement la conception des instruments (taxes carbone, systèmes de quotas, obligations vertes) aux travaux de prospective énergétique et macroéconomique. Pour Patrick Criqui, la cohérence entre ces différents volets est indispensable pour transformer les orientations stratégiques en résultats concrets.
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| Le Professeur Patrick Criqui (2e à gauche, 1er plan) lors du Séminaire de consultation sur les obligations vertes, la fiscalité environnementale et le marché du carbone. |
| Photo : AFD/CVN |
La mise en œuvre des politiques doit également s’appuyer sur un système de Mesure, Notification et Vérification (MNV) des émissions qui soit détaillé et fiable. En France, le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (CITEPA) assure notamment le suivi des émissions sectorielles. Un dispositif de suivi solide permet de mesurer les progrès accomplis et d’évaluer l’efficacité réelle des mesures adoptées.
L’implication de l’ensemble des parties prenantes dans l’élaboration et le suivi des politiques constitue une autre condition essentielle. Elle contribue à renforcer la cohérence des décisions et à aligner les objectifs climatiques sur les réalités économiques et sociales du pays.
C’est dans cette perspective que l’économiste salue la première édition du Dialogue de Quy Nhon sur le climat et les transitions, organisée à l’ICISE. Il estime que cette initiative, portée par le Professeur Trần Thanh Vân, répond à un besoin crucial alors que les impacts du changement climatique deviennent de plus en plus visibles et coûteux, et alors même que certains acteurs remettent en cause les fondements scientifiques, voire la réalité, du phénomène.
Face à ces enjeux, il est primordial de soutenir les efforts conjoints des responsables politiques, des acteurs financiers et de la communauté scientifique. En favorisant un dialogue direct entre ces décideurs, le Dialogue de Quy Nhon contribue à rapprocher la recherche scientifique, la décision publique et les mécanismes de financement au service d’une transition durable et coordonnée.
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| Infographie : Thanh Tuê/CVN |
Thanh Tuê/CVN






