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| Étienne Espagne, économiste à l’AFD. Photo : NVCC/CVN |
L’expérience du programme GEMMES (General Monetary and Multisectoral Macrodynamics for the Ecological Shift, ou macrodynamique monétaire et multisectorielle pour la transition écologique) au Vietnam montre que la recherche scientifique peut fournir des données et des scénarios essentiels à la décision publique, notamment pour anticiper les effets du changement climatique et préparer les stratégies d’adaptation. Comment mieux articuler production de connaissances scientifiques, décision publique et financement des projets ? Les initiatives comme le Dialogue de Quy Nhon peuvent-elles apporter une réelle valeur ajoutée ?
L’expérience de GEMMES Vietnam, menée depuis 2018 avec l’appui de l’AFD, montre combien la recherche peut éclairer les choix de développement, à condition de partir des questions que se posent réellement les décideurs. Où investir pour réduire la vulnérabilité d’un territoire ? Comment un choc climatique se répercute-t-il sur l’agriculture, l’emploi ou les recettes publiques ? Quelles dépenses engager aujourd’hui pour préserver notre capacité d’action demain ?
À partir de ces questions, l’élaboration de scénarios, comme celle engagée dans le cadre de l’initiative CNEPS, permet de comparer différentes trajectoires, d’en rendre visibles les conséquences et de mieux cerner les incertitudes ainsi que les événements extrêmes plausibles à anticiper.
Pour que ces connaissances débouchent sur des décisions, puis sur des investissements, il faut instaurer une relation continue entre chercheurs, administrations, collectivités et institutions financières. La construction conjointe de scénarios peut servir de catalyseur à cet écosystème. Les scientifiques doivent connaître les contraintes de la décision publique ; les décideurs doivent pouvoir interroger les hypothèses des modèles ; les financeurs doivent être associés suffisamment tôt pour traduire les priorités retenues en programmes réalisables. Le financement de cette phase préparatoire - collecte de données, développement des compétences, études et coordination institutionnelle - est aussi déterminant que celui des infrastructures elles-mêmes.
C’est précisément dans cette continuité que le Dialogue de Quy Nhon peut trouver sa place. À l’initiative de l’ICISE, nous souhaitons faire émerger un espace où ces différentes communautés se retrouvent régulièrement autour de problèmes concrets. Sa valeur ajoutée se mesurera à sa capacité à prolonger le travail entre deux éditions : une question de politique publique clairement formulée, une équipe scientifique mobilisée, des partenaires financiers associés et une prochaine étape définie. Quy Nhon pourrait ainsi devenir un point de rencontre durable entre connaissance, décision et investissement.
Comment mieux relier la production de connaissances scientifiques, la décision publique et le financement de projets ? Le Dialogue de Quy Nhon peut-il apporter une valeur ajoutée ?
L’expérience de GEMMES Vietnam montre combien la recherche peut éclairer les choix de développement, à condition de partir des questions que se posent réellement les décideurs. Où investir pour réduire la vulnérabilité d’un territoire ? Comment un choc climatique se transmet-il à l’agriculture, à l’emploi, aux recettes publiques ? Quelles dépenses engager aujourd’hui pour préserver notre capacité d’action demain ? Les scénarios permettent de comparer des trajectoires, d’en rendre visibles les conséquences et de mieux comprendre les incertitudes qui les entourent.
Pour que ces connaissances débouchent sur des décisions puis sur des investissements, il faut organiser une relation continue entre chercheurs, administrations, collectivités et institutions financières. Les scientifiques doivent connaître les contraintes de la décision publique ; les décideurs doivent pouvoir interroger les hypothèses des modèles ; les financeurs doivent être associés suffisamment tôt pour traduire les priorités retenues en programmes réalisables. Le financement de cette préparation - données, compétences, études, coordination institutionnelle - est aussi décisif que celui des infrastructures elles-mêmes.
C’est précisément dans cette continuité que le Dialogue de Quy Nhon peut trouver sa place. Avec l’ICISE, nous souhaitons faire émerger un lieu où ces communautés se rencontrent régulièrement autour de problèmes concrets. Sa valeur ajoutée se mesurera à sa capacité à faire vivre le travail, les coalitions et avancer la réflexion entre deux éditions.
La transition énergétique est souvent abordée sous l’angle des investissements, des technologies et de la réduction des émissions. Elle comporte pourtant des enjeux sociaux, territoriaux et économiques, que vous avez notamment soulignés dans le cadre du JETP (Just Energy Transition Partnership, ou Partenariat pour une transition énergétique juste). Qu’est-ce qui permet, selon vous, de qualifier une transition de véritablement juste ? Comment les institutions financières de développement peuvent-elles éviter que les populations et les territoires les plus vulnérables supportent une part disproportionnée du coût de cette transformation ?
Une transition est juste lorsqu’elle permet aux populations concernées de participer aux décisions et de trouver leur place dans l’économie qui se construit. Sa réussite s’apprécie dans la vie quotidienne : l’accès à une énergie abordable et fiable, la qualité des emplois, les perspectives offertes aux jeunes et la continuité des services publics.
Il faut également considérer les territoires dans leur ensemble. La transformation d’une activité énergétique affecte non seulement les salariés, mais aussi les sous-traitants, les commerces, les recettes des collectivités et, plus largement, toute une économie locale.
Dans l’esprit du JETP, la dimension sociale doit donc être prise en compte dès la conception des trajectoires de transition. Une formation professionnelle n’a de sens que si elle débouche sur des emplois accessibles. Une reconversion territoriale exige des infrastructures, des entreprises et des capacités d’action publique. De même, toute évolution des prix de l’énergie doit tenir compte des ménages qui disposent de peu de moyens pour adapter leur consommation.
Les institutions financières de développement peuvent contribuer à cette cohérence. Elles ont la possibilité de financer la préparation des reconversions, d’accompagner les collectivités, de soutenir les petites entreprises et de proposer des ressources adaptées aux investissements dont les bénéfices sociaux sont importants, mais les revenus commerciaux limités. Elles doivent également examiner la répartition des risques et veiller à ce que les montages financiers ne fassent pas peser une charge excessive sur les budgets publics ou les usagers.
Le Dialogue de Quy Nhon peut aider à traduire ces exigences en actions concrètes. En confrontant les expériences nationales, il peut mettre en évidence les conditions d’une transition socialement soutenable et contribuer à l’émergence de plateformes d’investissement pilotées par les pays, dans lesquelles les objectifs sociaux orientent réellement la sélection des projets.
Le Dialogue de Quy Nhon entend dépasser le cadre national en favorisant les échanges entre pays d’Asie du Sud-Est, institutions financières, scientifiques, gouvernements et acteurs économiques. Il s’inscrit également dans une dynamique qui comprend le Dialogue sur le financement climatique de Xingu, la COP31 et les prochaines éditions du forum. Quel rôle le Vietnam pourrait-il jouer dans cette coopération régionale ? Quelles initiatives concrètes souhaiteriez-vous voir émerger de Quy Nhon afin que les échanges débouchent sur des partenariats et des investissements à long terme ?
Le Vietnam joue déjà un rôle croissant dans les débats internationaux sur le changement climatique et les politiques de transition. En s’inscrivant dans la durée, le Dialogue de Quy Nhon pourrait contribuer à renforcer une diplomatie ouverte et inclusive, tout en offrant un espace de rencontre et d’initiative face aux grands défis de notre époque.
L’expérience du Vietnam en matière de climat et d’environnement présente un intérêt pour de nombreux pays. Comment répondre à des besoins énergétiques croissants, développer l’industrie, préserver la compétitivité et protéger les populations contre les risques climatiques ? Le Vietnam peut partager les enseignements tirés de sa propre expérience, tout en s’enrichissant de ceux de partenaires confrontés à d’autres contraintes. Cette capacité d’écoute et de mise en relation constituerait un atout pour une coopération régionale ancrée dans les priorités de développement.
Quy Nhon offre un cadre singulier pour faire progresser cette ambition. La dimension scientifique internationale de l’ICISE donne de la profondeur aux échanges et peut favoriser, dans la durée, l’instauration d’une relation de confiance avec les décideurs publics. Cette première édition doit permettre de dégager les grandes questions que les participants souhaitent traiter en priorité, en fonction des enjeux actuels.
Il s’agit notamment de permettre aux chercheurs de mieux appréhender la complexité de l’élaboration et de la mise en œuvre des politiques publiques. Le Dialogue pourrait également favoriser l’émergence d’un réseau associant recherche et décision publique, notamment autour des ministères des Finances et des banques publiques de développement. Ce réseau serait en mesure de produire, à la demande des pays, des scénarios partagés sur les risques climatiques, l’énergie et les transformations économiques liées aux transitions.
L’objectif n’est pas d’uniformiser les recommandations ni de proposer des solutions préétablies, mais d’approfondir la compréhension des conditions de réussite des différentes politiques publiques, qui varient nécessairement selon les pays et leurs contextes socio-économiques.
Les liens déjà établis avec le Dialogue sur le financement climatique de Xingu, qui se tiendra la semaine suivante à Bangkok dans le cadre des Assemblées annuelles du Fonds monétaire international et du Groupe de la Banque mondiale, ainsi qu’avec la COP31 à Antalya, en Turquie, et les prochaines éditions du Dialogue, permettront d’assurer la continuité de ces travaux.
C’est ainsi que Quy Nhon pourrait progressivement s’affirmer comme un espace où se préparent des coopérations et des initiatives concrètes, susceptibles d’être relayées ensuite dans les cadres officiels de négociation.
Propos recueillis par Thanh Tuê/CVN



