>> Dialogue de Quy Nhon : rapprocher science, politiques publiques et finance climatique
>> "Un nouveau lieu de dialogue entre l’Asie et le reste du monde sur le climat"
>> À Quy Nhon, le climat au cœur du dialogue international sur les transitions
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| Julien Seillan, directeur de l’AFD au Vietnam, lors d’un entretien avec une journaliste du Courrier du Vietnam à Quy Nhon, le 10 octobre. |
| Photo : Khanh Duong/CVN |
Dix ans après l’Accord de Paris, les enjeux climatiques sont indissociables de la sécurité énergétique, des équilibres financiers et de la compétitivité économique. Quelle est, selon vous, la valeur ajoutée du Dialogue de Quy Nhon dans le paysage des forums internationaux sur le climat ?
Je remercie la province de Gia Lai, le ministère des Sciences et des Technologies et l’ICISE de nous accueillir pour cette première édition.
La valeur ajoutée du Dialogue tient en une idée : réunir en un même lieu ceux qui produisent la connaissance, ceux qui décident et ceux qui financent. Il touche à la sécurité énergétique, à la soutenabilité des finances publiques et à la compétitivité. Or ces sujets sont parfois traités en ordre dispersé. Il manquait un espace où l’on puisse confronter franchement ses analyses, sans négocier de communiqué.
Cette première édition montre que ce besoin est partagé. Le vice-Premier ministre Hô Quôc Dung a ouvert les travaux en rappelant que la question n’est pas de choisir entre croissance et action climatique, mais de faire de la transition un moteur de développement.
Les financeurs sont également présents, notamment Finance in Common, la coalition des banques publiques de développement, qui constitue une force majeure de financement de la transition à l’échelle mondiale. Les praticiens enfin, ingénieurs, techniciens et économistes, sans qui aucune décision ne se traduit sur le terrain.
Que ce dialogue naisse au Vietnam a du sens. L’Asie du Sud-Est est à la fois l’une des régions les plus dynamiques du monde et l’une des plus exposées au changement climatique. Le Vietnam y joue naturellement un rôle de trait d’union.
Ce rendez-vous entend rapprocher les enjeux climatiques des décisions économiques et financières. En tant que partenaire fondateur, comment l’AFD peut-elle contribuer à faire émerger des solutions de financement et des coopérations débouchant sur des actions concrètes ?
L’AFD occupe une position particulière. Elle est à la fois une banque publique de développement, un acteur du dialogue sur les politiques publiques et un partenaire de la recherche. Nous connaissons les contraintes des décideurs comme celles des financeurs. C’est ce qui nous permet de faire le lien entre la connaissance, la décision et le financement.
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| Échange de l'accord de prêt pour le projet de renforcement du réseau de transport d'électricité du Sud entre EVN NPT et l'AFD, dans le cadre de la visite d'État du président français Emmanuel Macron au Vietnam en mai 2025. |
| Photo : Lâm Khanh/VNA/CVN |
Mais ce dialogue n’a de valeur que s’il débouche sur des projets. Présente au Vietnam depuis 1994, l’AFD y a engagé plus de 3 milliards d’euros dans près de 110 projets. On estime qu’environ un Vietnamien sur trois en a bénéficié.
Je cite trois exemples. Dans la transition énergétique, l’AFD a signé en mai 2025 avec EVNNPT le premier prêt public accordé par un partenaire international au titre du JETP : 67 millions d’euros pour des lignes de transmission dans le Sud du pays, avec l’appui technique de RTE.
Dans l’adaptation, allez vous promener sur les berges de la rivière Nâm Rôm, à Diên Biên. Les crues y submergeaient le centre-ville et détruisaient les champs. Le projet de gestion multirisques, cofinancé par l’AFD avec le soutien de l’Union européenne, a permis de renforcer les berges, d’aménager des zones de rétention des crues et d’installer des systèmes d’alerte précoce. C’est la logique "un projet, une province" qui guide notre action, de Diên Biên jusqu’au Delta du Mékong.
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| Photo : VNA/CVN |
Dans la décarbonation des mobilités urbaines enfin, la ligne 3 du métro de Hanoï, entre Nhôn et la gare de Hanoï, est emblématique. Cofinancée par la France, via le Trésor et l’AFD, ainsi que par la Banque asiatique de développement et la Banque européenne d’investissement, sa section aérienne de 8 kilomètres et 8 stations est en service depuis 2024.
Une fois achevée, la ligne devrait éviter environ 33.000 tonnes d’équivalent CO2 par an. Son extension est en préparation : c’est exactement le type de projet où science, décision publique et financement doivent avancer ensemble.
Cette première édition a vocation à préparer un rendez-vous régulier réunissant l’Asie du Sud-Est et ses partenaires internationaux. Quels résultats en attendez-vous et quels leviers permettraient d’inscrire durablement le Dialogue de Quy Nhon dans le paysage de la coopération climatique régionale et internationale ?
Regardez la diversité des participants : quelque 25 pays et territoires représentés, du Vietnam à la Malaisie, l’Indonésie, les Philippines et la Thaïlande pour l’Asie du Sud-Est, mais aussi le Brésil, le Mexique, l’Afrique du Sud, l’Ouganda, l’Ouzbékistan, la Hongrie et la France.
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| Projet d'éoliennes offshore dans la province de Bên Tre, actuellement province de Vinh Long (Sud), financé par un prêt de l'AFD. |
| Photo : AFD/CVN |
Ces pays ont des trajectoires différentes, mais ils partagent les mêmes questions : comment concilier croissance et réduction des émissions, comment financer l’adaptation, comment protéger des populations exposées aux mêmes chocs.
C’est là toute la valeur de ce Dialogue : des pays confrontés aux mêmes problématiques échangent directement leurs solutions, entre pairs, sans passer par le filtre des négociations.
À un moment les fondements scientifiques du changement climatiques sont mis en cause par certains, le Vietnam affirme que son développement doit s’appuyer sur la science, et montre que la coopération reste possible entre pays aux priorités différentes.
Cette première édition est une "version zéro". Pour l’ancrer dans le paysage, trois leviers me paraissent essentiels : une feuille de route pour les prochaines éditions ; un réseau d’institutions qui accompagne le Dialogue dans le temps ; et des partenaires prêts à transformer les idées en projets. L’engagement de la province de Gia Lai à en faire un rendez-vous annuel à partir de 2027 est à cet égard très encourageant.
En se tenant à distance des grandes négociations internationales, il peut les nourrir d’idées nouvelles et favoriser des coalitions concrètes, en vue de la COP31 et des grandes échéances à venir.
Porté par Rencontres du Vietnam sous l’impulsion du Professeur Trân Thanh Vân, ce Dialogue s’inscrit dans la continuité de son engagement en faveur du rayonnement scientifique international de Quy Nhon. Comment cette expérience et cette capacité à fédérer des acteurs internationaux peuvent-elles contribuer à faire de la ville un lieu de référence pour le dialogue sur les transitions climatiques ?
J’aborde cette question avec humilité. Nous le devons le rayonnement de Quy Nhnon et de l’ICISE à l’énergie remarquable du Professeur Trân Thanh Vân et de son épouse, la Professeure Lê Kim Ngoc, qui ont fait de ce lieu un espace de rencontres scientifiques de très haut niveau. À travers eux, c’est aussi l’amitié franco-vietnamienne qui s’exprime.
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| Atelier consacré à la gestion publique verte en période de crise, lors du Dialogue de Quy Nhon, le 10 octobre à l’ICISE. |
| Photo : Thanh Tuê/CVN |
Le Dialogue est d’abord une initiative vietnamienne. L’AFD y contribue en mobilisant des compétences scientifiques, en fédérant des partenaires (chercheurs, universités, institutions financières, partenaires européens).
Notre ambition est de prolonger cet héritage scientifique dans le champ de la décision publique. La qualité de la participation à cette première édition montre l’attractivité de Quy Nhon.
Côté vietnamien, le vice-Premier ministre Hô Quôc Dung, le vice-ministre de l’Agriculture et de l’Environnement Lê Trong Yên, le secrétaire du Comité provincial du Parti de Gia Lai, Thai Dai Ngoc et le vice-président du Comité populaire provincial Lâm Hai Giang.
Côté international, Moussa Faki Mahamat, ancien président de la Commission de l’Union africaine, Ana Toni, directrice exécutive de la COP30, Csaba Kőrösi, ancien président de l’Assemblée générale des Nations unies, et l’ambassadeur de France, Didier Le Bret. C’est un beau projet dont il faut prendre soin. Je ne doute pas qu’il grandira.
Propos recueillis par Thanh Tuê/CVN







