Défis : changement climatique et santé des travailleurs du secteur informel

Le changement climatique n’est plus une menace lointaine. Il constitue désormais un facteur qui affecte directement la santé humaine au quotidien. Parmi les personnes les plus exposées, les travailleurs du secteur informel exerçant en plein air apparaissent comme l’un des groupes les plus vulnérables, tout en restant largement absents des politiques d’adaptation et de protection.

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Les résultats d’une étude présentés lors de l’atelier consacré aux impacts du changement climatique sur la santé des travailleurs indépendants exerçant à l’extérieur dans les grandes villes vietnamiennes, organisé le 9 juin à Hô Chi Minh-Ville par l’Association médicale du Vietnam et l’Institut Anh Sang pour le développement de la santé communautaire, apportent de nouveaux éléments de preuve particulièrement significatifs.

Panorama du séminaire.

Des personnes exposées aux risques climatiques

Du point de vue de l’épidémiologie environnementale, les travailleurs indépendants exerçant en extérieur figurent parmi les catégories professionnelles les plus directement exposées aux phénomènes climatiques extrêmes.

Le Vietnam compte près de 33 millions de travailleurs informels, dont environ 7 millions exercent principalement en plein air : chauffeurs de moto-taxi utilisant des applications numériques, livreurs, ouvriers du bâtiment, vendeurs ambulants, récupérateurs de déchets recyclables ou encore manutentionnaires.

Contrairement aux salariés du secteur formel, ces travailleurs bénéficient rarement des réglementations relatives à la sécurité au travail. Ils ne disposent généralement pas d’espaces de travail protégés ou climatisés et ont un accès limité aux services de santé au travail. Cette situation les rend particulièrement vulnérables face à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements météorologiques extrêmes liés au changement climatique.

L’étude révèle que leur durée moyenne de travail atteint 55,3 heures par semaine, soit environ 15% de plus que la limite maximale de 48 heures prévue par le Code du travail vietnamien. Cette exposition prolongée à la chaleur, aux intempéries ou à la pollution augmente considérablement leur temps de contact avec les facteurs de risque environnementaux.

Des effets multiples sur la santé physique

Les données recueillies montrent que 98,9% des travailleurs interrogés sont régulièrement exposés à de fortes chaleurs, tandis que 98,4% déclarent travailler dans des conditions environnementales défavorables. Environ 38,4% indiquent également être confrontés à des épisodes de froid ou à des conditions météorologiques particulièrement rigoureuses.

Les chauffeurs de moto-taxi figurent parmi les personnes les plus exposées aux fortes chaleurs.

Selon les spécialistes de la médecine climatique, l’exposition prolongée à des températures élevées peut provoquer de nombreux troubles aigus : coups de chaleur, épuisement thermique, déshydratation, déséquilibres électrolytiques ou encore complications cardiovasculaires. Pour les personnes effectuant des travaux physiquement exigeants en extérieur, ces risques s'accentuent lorsque la chaleur et l’humidité augmentent simultanément sous l’effet du changement climatique.

Au-delà de ces effets immédiats, l’étude met également en évidence une forte prévalence de maladies chroniques liées aux conditions de travail : troubles musculo-squelettiques, maladies oculaires, affections respiratoires, maladies dermatologiques et troubles digestifs. Ces pathologies réduisent non seulement la qualité de vie, mais affectent également la capacité de travail et les revenus des travailleurs concernés.

Le cas de Pham Mi Sên, chauffeur de moto-taxi depuis plus de douze ans à Hô Chi Minh-Ville, illustre clairement le lien entre les conditions de travail en extérieur et l’état de santé. Travaillant fréquemment de midi jusqu’à tard dans la nuit sous des températures élevées, il souffre régulièrement de symptômes liés à l’insolation, de vertiges, de douleurs musculo-squelettiques et d’autres troubles associés aux conditions météorologiques extrêmes. Son expérience n’est pas un cas isolé, mais reflète une tendance sanitaire qui se développe à grande échelle au sein de la population active informelle.

Un déficit de recherches et de politiques publiques

L’un des constats majeurs de cette étude réside dans le manque de données scientifiques et de politiques spécifiques concernant les effets du changement climatique sur la santé des travailleurs informels exerçant en extérieur.

Au cours des dernières années, les recherches portant sur le secteur informel se sont principalement concentrées sur les questions de revenus, d’emploi, d’assurance sociale ou d’assurance maladie. Les conséquences sanitaires liées aux événements climatiques extrêmes demeurent, quant à elles, insuffisamment étudiées de manière systématique. Cette lacune limite la capacité des décideurs à élaborer des politiques fondées sur des données probantes.

Ces conditions climatiques extrêmes augmentent également les risques de malaise chez les vendeuses de billets de loterie.

Les experts soulignent que les programmes actuels de lutte contre le changement climatique privilégient essentiellement les infrastructures, la réduction des émissions de gaz à effet de serre ou la gestion des catastrophes naturelles. La dimension de la santé au travail des travailleurs informels y est encore insuffisamment intégrée. De même, les politiques sanitaires et les dispositifs de protection sociale n’identifient pas toujours clairement cette catégorie comme une population à haut risque nécessitant une protection prioritaire.

Du point de vue des politiques publiques, cette situation reflète un manque de coordination entre trois domaines étroitement liés : le climat, la santé et la protection sociale. Lorsque les politiques sont élaborées de manière sectorielle et cloisonnée, les populations les plus vulnérables risquent d’être exclues des mécanismes de protection.

Des pistes d’action pour mieux protéger les travailleurs informels

Les spécialistes estiment que la protection de la santé des travailleurs exerçant en extérieur doit désormais être considérée comme une priorité, à la fois en matière de santé publique et d’adaptation au changement climatique.

Parmi les mesures proposées figurent l’établissement de seuils d’alerte thermique spécifiques aux travailleurs en plein air, l’instauration de périodes de repos obligatoires lors des épisodes de chaleur extrême, l’adaptation des horaires de travail aux conditions météorologiques ainsi que le développement de programmes de sensibilisation et de renforcement des capacités d’adaptation au changement climatique.

À l’échelle urbaine, la création d’un réseau d’espaces de repos permettant de se protéger du soleil et de la pluie, associée à la distribution gratuite d’eau potable dans les espaces publics, pourrait réduire significativement les risques liés à l’exposition à la chaleur. Parallèlement, l’organisation de consultations médicales périodiques gratuites au sein des communautés favoriserait le dépistage précoce des maladies associées aux conditions de travail et à l’environnement.

Enfin, combler les lacunes de la recherche, renforcer la surveillance sanitaire et élaborer des politiques d’adaptation fondées sur des données scientifiques solides apparaissent comme des conditions essentielles pour protéger efficacement cette population particulièrement vulnérable face à l’intensification du changement climatique.

Texte et photos : Quang Châu/CVN

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