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| Deux jeunes lutteurs lors du tournoi des "Evala", luttes initiatiques traditionnelles à Lama Feing, une ville du nord du Togo située dans la région de Kara, le 15 juillet. |
| Photo : AFP/VNA/CVN |
Mi-juillet, comme chaque année dans le pays d'Afrique de l'Ouest, des milliers de jeunes de l'ethnie kabyè âgés de 18 à 20 ans se sont livrés à cette tradition ancestrale pratiquée dans la région de la Kara, à des centaines de kilomètres de la capitale, Lomé.
Ils ont d'abord participé à une cérémonie lors de laquelle ils ont mangé de la viande de chien "pour la première fois" de leur vie, explique à l'AFP Samah Achille Bidiwana, chef du canton de Tchitchao.
Puis trois petites cicatrices ont été réalisées à l’aide de lames près de chaque oreille des Evalo, comme sont appelés les jeunes participants.
Ceci fait, ils ont pris part à un rite lors duquel ils ont dansé avec un chien, jusqu'à ce qu'il meure d'épuisement.
"Le chien est un animal fort, endurant et rusé. En consommant sa viande, l'initié s'approprie ces qualités. Sur le terrain, c’est celui qui terrasse son adversaire qui l’emporte", détaille Samah Achille Bidiwana, vêtu d'une tenue d'apparat noire et blanche et coiffé d'un bonnet traditionnel assorti.
Les combats commencent. Chaque jeune homme guette les gestes de son adversaire, souvent d'un autre village, puis profite d'un moment de faiblesse pour attraper furtivement un bras, une jambe et tente de le mettre à terre.
Les affrontements sont rudes et les chutes parfois spectaculaires. Les lutteurs blessés reçoivent les premiers soins des équipes de secours déployées sur place, certains sont évacués vers les hôpitaux environnants.
Autour de l'arène, chaque camp encourage ses lutteurs.
"Tiens fort, ne lâche pas", crie un membre du public. "Serre bien les jambes et propulse-le", conseille un autre. "Nous sommes des grands guerriers !", chantent des supporters en langue kabyè.
"Nos encouragements permettent aux lutteurs de garder le courage jusqu’au bout du combat", estime l'un d'eux.
Pression sociale
Dans la tradition kabyè, participer aux Evala n'est pas une obligation, mais fait l'objet d'une pression sociale.
"On ne force pas un jeune Kabyè à lutter, mais s’il ne lutte pas, surtout s'il est en bonne forme, il fait honte à la société", relève Tchaa Tidiyé, encadreur des lutteurs du canton de Pya.
Et selon "les normes de nos grands-parents, tu ne peux pas avoir une femme avant d'être évalo", rappelle Samah Achille Bidiwana.
Nabédé Kpatcha est venu voir son fils lutter. "Je suis très fier", dit-il. "Ce que mes parents m'ont montré, il faut que je lègue ça à mon enfant, et lui aussi il va léguer (ça) à ses enfants".
Plusieurs responsables de haut rang, dont des ministres et des officiers de l’armée togolaise originaires de la région de la Kara, sont passés par les Evala.
À commencer par le dirigeant Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, qui a assisté comme chaque année aux combats et s'est adressé aux lutteurs en langue kabyè. Il avait accompli ce rite de passage à l'instar de son père, Gnassingbé Eyadéma (1967-2005), à qui il a succédé à la tête du pays.
"Faure Gnassingbé est considéré comme l’un des meilleurs lutteurs de sa génération", assure M. Tidiyé.
L’État togolais a engagé des démarches pour inscrire les Evala sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), a indiqué à l'AFP Isaac Tchiakpè, ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts.
"Le gouvernement togolais nourrit l'ambition de voir les Evala reconnues à leur juste valeur sur la scène internationale", a-t-il ajouté.
Ces luttes éveillent déjà la curiosité des touristes, nationaux et étrangers. "C'est une belle découverte", s'est enthousiasmée Sandrine Plathey, venue de France pour l'occasion.
Mais depuis plusieurs années, les violences des groupes jihadistes actifs au Sahel voisin touchent l'extrême-nord du Togo et menacent le tourisme, qu'attirent des régions aux reliefs luxuriants.
AFP/VNA/CVN

