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Pour une métropole comme Hô Chi Minh-Ville, la question de la formation, de l’attraction et de la valorisation des talents dans les domaines culturels et artistiques ne peut se limiter à de simples politiques de rémunération. Elle exige une véritable révolution dans la pensée de la gestion des ressources humaines. Ce n’est qu’en constituant une élite d’artistes et d’intellectuels à la fois engagés, compétents et capables de s’intégrer profondément à l’international que la ville pourra réellement transformer les valeurs culturelles en un "noyau" moteur de percées dans la nouvelle ère.
Défi des ressources humaines
dans la compétition mondiale
Hô Chi Minh-Ville, en tant que principal carrefour culturel du pays, fait face à une concurrence intense en matière de ressources humaines dans le contexte de la mondialisation. Il ne s’agit pas seulement d’une compétition quantitative, mais d’une course à la qualité et à la capacité d’adaptation des artistes face à l’essor des valeurs culturelles transnationales. Cette réalité impose l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes "polyvalents", maîtrisant à la fois les fondamentaux de leur discipline, les technologies modernes et les dynamiques du marché de l’économie créative.
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| L’art du hat bôi connaît un nouvel essor grâce à la Résolution 80. |
En examinant cette question, l’artiste émérite Lê Nguyên Dat, secrétaire du Comité du Parti de l’Université des arts de la scène et du cinéma de Hô Chi Minh-Ville, une personne qui consacre un grand dévouement à la formation tout en étant un artiste engagé pleinement sur la scène socialisée, estime qu’un pays qui manque d’identité ne peut être véritablement fort et aura du mal à faire entendre une voix influente sur la scène internationale.
"Dans le flux de la concurrence mondiale, la culture est le +passeport+ pour affirmer la position de la nation. C’est pourquoi la construction d’une équipe de ressources humaines capable de créer des œuvres au souffle contemporain mais fortement empreintes d’identité nationale est une exigence vitale. Les artistes d’aujourd’hui ne peuvent plus se contenter de rester sur la scène traditionnelle avec une mentalité ancienne, mais doivent s’engager activement, être pionniers dans l’expérimentation de nouvelles formes d’expression pour toucher le jeune public", estime l’Artiste émérite Lê Nguyên Dat.
Pour l’Artiste émérite Lê Nguyên Dat, la concurrence internationale n'est pas seulement une contrainte inévitable, mais une véritable opportunité de transformation interne pour les professionnels de la culture. Les expérimentations audacieuses telles que la fusion de l’art du cai luong (théâtre rénové) avec le rap, la modification du rythme scénique ou l’application des technologies modernes d’éclairage et de techniques contemporaines représentent un effort pour réduire la distance avec le jeune public, afin que le patrimoine ne se perde pas dans le flux de l’époque.
Cependant, derrière ces efforts individuels persistent encore des notes graves d’inquiétude quant à la durabilité de l’équipe. L’artiste du Peuple, Tân Giao (Théâtre de cai luong Trân Huu Trang), indique avec franchise une réalité implacable : la pression du gagne-pain et l’insuffisance des politiques de traitement préférentiel appropriées ont conduit de nombreux artistes passionnés à quitter la scène. Lorsque les "inputs" des arts traditionnels se font de plus en plus rares et que les "outputs" restent incertains, la relève des ressources humaines devient plus fragile que jamais.
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| La Résolution 80 facilite l’accès du public aux arts traditionnels. |
Les ressources humaines culturelles de haute qualité constituent le "noyau" qui permet à Hô Chi Minh-Ville de transformer les valeurs du patrimoine en puissance douce. Dans la concurrence mondiale, si nous parvenons à libérer le flux des ressources humaines, la culture de la ville ne se limitera pas à la préservation, mais réalisera une véritable percée, contribuant ainsi de manière digne à l’identité nationale et au statut d’un Vietnam puissant sur la scène internationale.
Des mécanismes innovants
Pour que la culture devienne le moteur du développement durable, Hô Chi Minh-Ville réinvente son approche. Grâce à des résolutions spécifiques, la métropole passe d’une assistance passive à la création d’un écosystème favorable à la créativité. La Résolution 260 de l’Assemblée nationale (Résolution 98 modifiée) ainsi que la "pièce du puzzle" qu’est la Résolution 80-NQ/TW ont ouvert une "porte" permettant à la ville de prendre davantage d’initiatives dans l’investissement pour les ressources humaines. Parmi celles-ci, les politiques relatives au revenu supplémentaire, à l’aide au logement et à l’amélioration des conditions de travail pour les artistes et travailleurs culturels, les artisans, ne constituent pas seulement un traitement préférentiel matériel, mais aussi une affirmation de la position des acteurs culturels au cœur de la métropole.
En analysant les points de blocage et les solutions pour les ressources humaines, l’Artiste du Peuple, Trân Ngoc Giàu, président de l’Association du théâtre de Hô Chi Minh-Ville, estime que l’un des plus grands obstacles actuels réside dans le mécanisme de gestion des établissements artistiques publics, qui reste encore trop administratif et n’offre pas la flexibilité nécessaire pour retenir les talents. Selon lui, pour que la Résolution 80 se traduise réellement dans la vie quotidienne, la ville a besoin de "coups de fouet" plus puissants en matière de budget de commande d’œuvres et d’innovation des modalités d’investissement.
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| Les artistes du Théâtre privé de Thiên Lý et les spectateurs. |
"Il faut des mécanismes permettant aux artistes de vivre dignement de leur métier. Investir dans la culture, c’est investir dans les fondements spirituels de la société ; cela ne peut être évalué uniquement à l’aune de la rentabilité économique à court terme", a affirmé l’artiste du peuple Trân Ngoc Giàu.
L’une des solutions de percée actuellement mise en œuvre par la ville est la construction du modèle État - École - Entreprise étroitement lié. C’est ce "trépied à trois pieds" qui permet de résoudre la problématique allant de la formation à la mise sur le marché des produits culturels. Dans ce cadre, l’État joue le rôle de créateur d’environnement institutionnel et de soutien aux ressources ; l’école constitue le lieu de formation d’une équipe solidement préparée, approchant le niveau international grâce à des programmes faisant appel aux experts de premier plan mondial ; quant aux entreprises, elles servent de banc d’essai pour lancer sur le marché les produits issus de la création.
L’Artiste émérite Lê Nguyên Đat complète cette vision par un éclairage issu de la pratique de la socialisation : "Pour attirer les talents, la ville doit créer de véritables +coups de fouet+ en passant commande de projets de grande envergure. Lorsque les artistes perçoivent un intérêt direct et une confiance de la part des autorités, ils sont prêts à s’engager pleinement et à se placer en première ligne de la création." Il estime également que les ressources de la jeune génération sont infinies à condition de savoir combiner la formation académique à l’école avec l’environnement de pratique réelle au sein des maisons de la culture, des théâtres et des scènes expérimentales.
Cependant, au-delà de la question du financement, le facteur essentiel pour "retenir" les grands talents réside dans l’environnement démocratique et le respect de la personnalité créative. Les gestionnaires culturels de la ville reconnaissent également que les artistes sont des individus créatifs à part entière : ils ont besoin d’un espace suffisamment large pour avoir le droit à l’erreur et pour expérimenter de nouvelles valeurs. La ville doit intensifier les programmes de coopération internationale, en envoyant les artistes en échanges et en formation dans les capitales artistiques du monde, afin qu’ils s’imprègnent des modes de pensée modernes en matière de gouvernance culturelle et qu’ils reviennent ensuite contribuer à la Ville.
Le jeune artiste Hà Tri Nhon, acteur du Théâtre de hat bôi de Hô Chi Minh-Ville, qui vient de rentrer du Festival de théâtre traditionnel en Thaïlande, partage son expérience : "Ce voyage n’était pas seulement une occasion d’échanges culturels, mais il a aussi permis aux jeunes artistes d’apprendre les meilleures pratiques du pays hôte pour les appliquer à eux-mêmes et à l’art national. C’est la preuve que les jeunes artistes d’aujourd’hui possèdent une énergie extrêmement puissante, capable de transmettre et de réaliser une véritable percée à partir des fondations posées par les générations précédentes".
Mission de transmission et de préservation des valeurs
Dans le contexte d’explosion de l’information et de la complexité de la culture numérique actuelle, l’équipe d’intellectuels, d’artistes et de travailleurs culturels de Hô Chi Minh-Ville n’est pas seulement composée de créateurs artistiques, mais constitue également les "noyaux" essentiels dans l’orientation esthétique du public.
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| Le théâtre scolaire est un modèle visant à nourrir les sensibilités artistiques traditionnelles. |
Ce rôle devient d’autant plus crucial lorsque le public cible est la jeune génération, particulièrement vulnérable aux flux culturels étrangers et aux tendances déviantes sur l’espace numérique. La Résolution 80-NQ/TW a fixé des exigences élevées quant à l’esprit de responsabilité des artistes dans l’utilisation du beau pour combattre le laid, et de l’art à haute valeur idéologique pour lutter contre et réfuter les points de vue erronés.
Lê Tú Câm, présidente de l’Association du patrimoine culturel de Hô Chi Minh-Ville, affirme que la mission des acteurs culturels d’aujourd’hui est de contribuer conjointement à la préservation de l’"âme du patrimoine" tout en l’intégrant dans le courant contemporain. Selon elle, la préservation ne consiste pas à conserver l’ancien de manière forcée et artificielle, mais à procéder à la modernisation de la forme afin de l’adapter à la jeune génération.
"Chaque acteur culturel doit être un modèle exemplaire qui incarne pleinement l’esprit de la Résolution, afin de le diffuser dans toute la communauté. Quoi que l’on crée, quoi que l’on renouvelle, il faut absolument préserver l’identité nationale", insiste Lê Tu Câm.
Partageant ce point de vue sur l’orientation esthétique à travers l’innovation, l’Artiste émérite Lê Nguyên Dat indique que les établissements artistiques socialisés, tels que le Théâtre Sen Việt, mènent avec persévérance des programmes à but non lucratif dans les établissements scolaires afin d’apporter le "bienfait culturel" aux étudiants. Selon lui, les artistes doivent prendre l’initiative d’aller à la rencontre du public de demain en proposant des œuvres expérimentales au souffle contemporain, au rythme rapide et captivant, tout en restant profondément imprégnées d’histoire et d’identité nationale. C’est là la manière la plus efficace de construire, de façon naturelle et profonde, le système de valeurs des habitants de la ville "dynamique, créatif, solidaire".
Du point de vue de la gestion et de la mise en scène au sein des théâtres nationaux, l’Artiste émérite Nguyên Thanh Bình (du Théâtre de hát bôi de Hô Chi Minh-Ville) partage que son établissement s’efforce activement de mener la transformation numérique et de concevoir des programmes de haute qualité destinés spécifiquement aux enfants. Il estime que la présentation méthodique des aspects nobles et beaux des arts traditionnels aidera la jeune génération à se forger un "filtre culturel", lui donnant ainsi la maturité nécessaire pour identifier et rejeter les contenus nocifs sur l’espace numérique.
La mission de guidage de l’équipe d’intellectuels et d’artistes réside également dans le fait d’être pionnière sur les questions d’actualité. Selon l’Artiste du Peuple, Trân Ngoc Giàu, la voix de l’artiste, transmise à travers ses œuvres, possède un pouvoir de diffusion extrêmement puissant. "Lorsque l’artiste s’engage dans les problèmes brûlants de la société avec un cœur pur et une pensée artistique de haut niveau, il devient un véritable combattant sur le front idéologique, contribuant à consolider les fondations spirituelles solides de la ville. Et c’est précisément l’équipe d’artistes et de travailleurs culturels de la ville qui s’efforce chaque jour de préserver les valeurs vietnamiennes", insiste l’Artiste du Peuple, Trân Ngọc Giàu.
On peut dire que le chemin consistant à faire entrer la Résolution 80 dans la vie artistique est encore semé d’embûches, mais grâce à la libération du flux des ressources institutionnelles, à l’éveil du potentiel économique du patrimoine et à la cultivation de l’équipe de ressources humaines nucléaires, la ville portant le nom de l’Oncle Hô est en train de façonner, pas à pas, un visage culturel à la fois fidèle à l’identité nationale et résolument moderne. Cette transformation ne vise pas uniquement une croissance économique pure, mais, plus encore, la construction d’un environnement de vie humain, solidaire et attentionné, où chaque citoyen est à la fois sujet créateur et bénéficiaire.
Dans le courant de l’essor de la nation, la culture de Hô Chi Minh-Ville restera à jamais un "accord" éclatant, contribuant de manière digne à l’identité nationale et à la puissance douce d’un Vietnam puissant et prospère sur la scène internationale.
Texte et photos : Quang Châu/CVN




