Une excursion spéléologique à Quảng Trị devient un voyage "inoubliable"

L’exploration de la grotte de Rục Mòn par Michelle Cabrera, qui devait durer quelques heures, s’est finalement prolongée pendant trois jours, devenant une aventure "inoubliable" pour cette touriste américaine.

>> Une grotte peut en cacher une autre dans le parc national de Phong Nha-Ke Bàng

Michelle Cabrera lors de son exploration de la grotte de Rục Mòn en 2024.
Photo : CMC/CVN

Michelle Cabrera se tient immobile sur un étroit rocher dans la grotte de Rục Mòn, située dans la zone centrale du parc national de Phong Nha - Ke Bàng. La lumière frontale de son guide, qui marche devant elle, a déjà disparu dans l’obscurité. D’en bas, elle entend quelqu’un lui crier : "Saute, tu dois le faire".

En regardant vers le bas, Cabrera aperçoit une petite étendue d’eau. Dans un premier temps, elle pense que l’eau amortira le choc, mais en regardant attentivement, elle découvre plusieurs rochers qui émergent sous la surface. La distance entre l’endroit où elle se trouve et la surface de l’eau est de plus de 7 mètres.

"Je me souviens seulement avoir dit en tremblant que je ne pouvais pas sauter. Si je tombais sur un rocher, je mourrais sûrement", raconte Michelle Cabrera. À ce moment-là, elle pense à ses parents et se dit que son heure est peut-être venue. Ces événements se déroulent le dernier jour de son exploration de la grotte de Rục Mòn. Lorsqu’elle s’était inscrite à cette excursion, Cabrera pensait qu’elle ne durerait que quelques heures.

Ayant grandi dans la banlieue de Chicago, aux États-Unis, Cabrera aime la nature et nourrit depuis son enfance une passion pour l’exploration, qu’elle partageait avec son père. En 2023, à l’âge de 19 ans, Cabrera remarque l’apparition de nombreuses taches noires dans son champ de vision. Les examens médicaux révèlent un amincissement de la rétine, une affection qui augmente, chez les personnes fortement myopes, le risque de déchirure ou de décollement de la rétine. Le médecin l’avertit qu’en cas de complication, elle pourrait perdre la vue.

"J’ai beaucoup pleuré, en me demandant à quoi ressemblerait ma vie si tout n’était plus que ténèbres", raconte-t-elle. Quelques jours plus tard, alors qu’elle range sa chambre, Cabrera retrouve par hasard un journal intime qu’elle avait commencé à tenir à l’âge de 10 ans. Elle y avait écrit son souhait de faire le tour du monde, notamment de découvrir l’Asie. Pendant les vacances d’été, Cabrera se rend au Népal pour enseigner bénévolement l’anglais dans un village de l’Himalaya. De retour aux États-Unis, elle exerce plusieurs petits emplois afin d’économiser de l’argent pour ses prochains voyages.

En 2024, Cabrera se rend au Vietnam alors que sa vue est toujours stable. Outre son désir d’explorer le pays, le Vietnam revêt pour elle une signification particulière : sa mère, d’origine philippine, a des ascendances vietnamienne et chinoise.

La touriste américaine Michelle Cabrera dans la grotte de Rục Mòn.
Photo : CMC/CVN

Après trois semaines à parcourir plusieurs régions du pays, Cabrera se rend dans un homestay situé près du parc national de Phong Nha - Ke Bàng. Ne souhaitant pas participer à un circuit touristique classique, elle demande au propriétaire de l’hébergement de lui trouver un habitant de la région pour l’accompagner dans l’exploration d’une grotte. En raison de la barrière linguistique, les deux parties communiquent principalement par gestes, à l’aide de quelques phrases en anglais et de dessins. Deux autres touristes étrangers, qui entendent par hasard leur conversation, décident également de se joindre à Cabrera. Deux heures seulement plus tard, le groupe prend la route avec trois habitants en direction de la forêt.

"On ne m’avait pas expliqué à l’avance comment se déroulerait l’expédition, tout s’est passé très vite", raconte Cabrera. Ce n’est que lorsque le chauffeur semble surpris en apprenant qu’il s’agit de sa première exploration de grotte qu’elle commence à s’inquiéter.

Après deux heures de trajet en voiture et plus d’une heure de marche sur un sentier forestier, le groupe arrive à l’entrée de la grotte de Rục Mòn. Le guide fournit aux touristes des sandales en caoutchouc et des lampes frontales. Pour descendre jusqu’à l’entrée de la grotte, le groupe utilise une échelle de corde. Cabrera est surprise par la simplicité de l’équipement, tandis que sa lampe ne cesse de vaciller.

Malgré leurs hésitations, les trois touristes décident de poursuivre, pensant que l’excursion prendra fin dans la journée. Après plusieurs heures à traverser des passages étroits et des cours d’eau souterrains, Cabrera demande quand le groupe fera demi-tour. Le guide lui répond qu’ils vont continuer à traverser la grotte pendant encore plusieurs jours.

C’est à ce moment-là que Cabrera et les autres touristes comprennent qu’ils participent en réalité à une expédition de traversée de la grotte sur plusieurs jours, et non à une excursion d’une journée comme ils le pensaient. Ils n’ont emporté ni vêtements de rechange, ni effets personnels, ni même informé leurs proches de leur itinéraire.

La première nuit, le groupe installe ses tentes dans la grotte. Le guide a apporté de l’eau potable ainsi que du riz et du poulet enveloppé dans des feuilles de bananier. Faute de lentilles de contact de rechange, Cabrera doit garder la même paire de lentilles pendant les trois jours.

Le lendemain, le groupe franchit une pente recouverte de boue glissante, puis nage à travers plusieurs sections de rivière souterraine. Depuis un point élevé, Cabrera aperçoit la colonne vertébrale d’un grand serpent. Le guide lui explique qu’en saison des pluies, la montée des eaux peut entraîner les carcasses d’animaux jusque dans la grotte.

Le troisième jour, le groupe doit franchir d’étroites corniches rocheuses. Cabrera est invitée à sauter dans un bassin d’eau depuis une hauteur de plus de 7 mètres. Après plusieurs minutes d’hésitation, elle ferme les yeux et se lance. Elle atterrit sans encombre dans l’eau, mais est aussitôt emportée par un fort courant dans une étroite fissure, où elle heurte violemment les rochers.

"Je n’ai pas pu dire un mot pendant une dizaine de minutes tant j’étais terrifiée", raconte-t-elle.

Cabrera a interrompu ses études en soins infirmiers afin de poursuivre son périple à travers l’Amérique du Sud.

Après cet incident, le groupe poursuit son chemin sur une certaine distance avant de sortir de la grotte. De retour de cette expédition, Cabrera souffre d’une intoxication alimentaire qui dure trois jours et présente de nombreuses ecchymoses sur le corps, mais ne subit aucune blessure mettant sa vie en danger.

Deux ans après cette exploration spéléologique au Vietnam, Cabrera indique que sa vue reste stable. Son médecin l’a toutefois avertie du risque de décollement de la rétine en cas de traumatisme important à la tête.

Cette expérience inoubliable dans la grotte de Rục Mòn ne l’a pas poussée à renoncer aux voyages. Après son séjour au Vietnam, Cabrera s’est blessée au genou en apprenant à surfer en Australie et s’est retrouvée coincée lors d’un glissement de terrain au Népal. Actuellement, elle a interrompu ses études en soins infirmiers afin de poursuivre son périple à travers l’Amérique du Sud.

"Je sais que voyager seule en tant que femme comporte de nombreux risques, mais je ne veux pas laisser la peur décider de ma vie", affirme Cabrera.

Thu Huong/CVN

Rédactrice en chef : Nguyễn Hồng Nga

Adresse : 79, rue Ly Thuong Kiêt, Hanoï, Vietnam

Permis de publication : 25/GP-BTTTT

Tél : (+84) 24 38 25 20 96

E-mail : courrier@vnanet.vn, courrier.cvn@gmail.com

back to top