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| Boutique d’accessoires pour la danse du lion dans la rue Trân Hung Dao, quartier de Phu Xuân, ville de Huê. |
À partir de simples lattes de bambou, de papier et de peintures aux couleurs éclatantes, les artisans de l’ancienne capitale impériale de Huê façonnent avec minutie des têtes de licorne, auxquelles ils insufflent une forte identité traditionnelle.
À l’approche de la Fête de la mi-automne 2026, les ateliers spécialisés dans la fabrication de ces objets festifs et des accessoires destinés aux danses traditionnelles entrent dans leur période la plus intense de l’année. Dans ces petites maisons exiguës, le bruit sec des ciseaux découpant le papier, le claquement des tiges de bambou qui s’entrechoquent et le glissement délicat des pinceaux se mêlent à l’odeur de la colle fraîche et aux couleurs des pigments.
Avec des gestes précis et assurés, les artisans courbent les fines lattes de bambou pour former l’ossature de la tête. Des morceaux de papier sont ensuite encollés et superposés, couche après couche, sur cette structure. Une étape en apparence simple, mais qui exige patience, précision et expérience : la moindre asymétrie de l’ossature ou une application irrégulière du papier peut altérer la forme et l’expression de la pièce.
Pour donner naissance à une pièce achevée, l’artisan doit franchir une succession d’étapes rigoureuses : construction du squelette, encollage du papier, séchage minutieux, puis ajustements. Viennent ensuite l’application de la couche de fond, le dessin des motifs ornementaux, la fixation des fourrures, l’embellissement général et la finition des moindres détails.
Des gestes précis
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| Fabrication d’une tête de lion de grande taille à l’atelier de Truong Nhu Rem, à Huê. |
Une pièce est jugée conforme lorsqu’elle présente une monture à la fois robuste et suffisamment légère pour permettre au danseur de la manipuler avec fluidité. L’enveloppe de papier doit offrir une rigidité adéquate, les couleurs doivent être harmonisées et les traits dessinés sur le visage de la créature mythique doivent dégager une expression à la fois joyeuse et vigoureuse.
Les yeux constituent incontestablement l’un des éléments auxquels l’artisan accorde le plus d’attention. L’âme véritable de l’œuvre réside dans ce regard : un simple coup de pinceau supplémentaire peut radicalement transformer l’expression de l’animal. “Chaque phase de fabrication possède ses propres exigences techniques, mais toutes requièrent un point commun : le créateur doit être doté d’un véritable talent artistique, d’une grande assiduité, d’une minutie extrême et d’une dextérité sans faille”, confie un représentant de la famille de Cao Xuân Dung, résidant dans le quartier de Phu Xuân.
La famille de Cao Xuân Dung perpétue cette activité spécialisée dans les modèles de petit format depuis environ deux décennies. Sa demeure, nichée au fond d’une ruelle de la rue Trân Hung Dao, ne désemplit jamais et connaît un va-et-vient constant de visiteurs et de clients.
Chaque année, cet atelier familial produit des milliers d’exemplaires de petite taille, destinés à approvisionner les boutiques locales ainsi que les provinces avoisinantes. Le cycle de production débute généralement vers le deuxième mois lunaire et se poursuit jusqu’aux derniers jours de l’année. Le pic d’activité se situe environ un mois avant les célébrations de la mi-automne, lorsque la demande augmente fortement.
Le représentant de cette famille ajoute que, malgré la concurrence des produits industriels fabriqués en série, il reste tout à fait possible de vivre de cette activité séculaire. Ce métier n’exige pas une grande force physique, mais repose essentiellement sur la finesse, l’application et l’attention portée au moindre détail. Les modèles de petite taille, proposés à des prix abordables et déclinés dans des designs attrayants, conservent aujourd’hui une place importante sur le marché. L’atelier assure ainsi des revenus réguliers à la famille et contribue à la pérennité de cette tradition.
Une tradition familiale
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| Décoration d’un grand tambour pour la danse du lion à l’atelier de Truong Nhu Rem. |
L’atelier dirigé par Truong Nhu Rem, situé dans l’impasse N°11 de la rue Trân Hung Dao, constitue une autre figure de proue de cet artisanat local. Il s’agit de la plus grande manufacture spécialisée dans les modèles de grande taille, réputée pour ses créations parmi les plus esthétiques de la ville.
M. Rem exerce ce métier depuis près de trente ans, perpétuant fièrement le savoir-faire transmis par ses aïeux. Il confie avec émotion qu’à Huê, la préservation de cet artisanat revêt une signification qui dépasse largement la simple nécessité économique. Cette pratique est intimement liée à l’espace culturel des festivités automnales, à l’art de la danse de la licorne, aux souvenirs partagés par la communauté et à la richesse de la vie folklorique.
Aujourd’hui, la fabrication de ces têtes mythologiques et des accessoires associés - masques du génie de la terre, tambours, costumes - demeure essentiellement manuelle. Face à la concurrence des produits industriels, le travail artisanal conserve un avantage indéniable : son caractère unique. Chaque pièce peut être adaptée aux souhaits de l’acheteur ; les motifs peints et les ornements permettent au créateur d’insuffler une véritable âme à son œuvre.
Pourtant, ces artisans passionnés nourrissent de vives inquiétudes quant au risque de disparition de leur savoir-faire, confrontés au manque d’investissements. M. Rem souligne que lui-même, comme ses confrères, souhaite ardemment préserver cet héritage, mais qu’ils manquent cruellement de ressources financières, d’autant qu’il n’existe actuellement aucune politique de prêts à taux préférentiels.
Le duo gagnant
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| Gestes précis et minutie : le façonnage étape par étape d’une tête de licorne dans un atelier de Huê. |
Ces créations artisanales nécessitent également un accompagnement institutionnel, notamment la mise à disposition de lieux d’exposition adaptés, afin de mieux les faire connaître et de les valoriser auprès des visiteurs. Une telle infrastructure fait encore défaut aujourd’hui.
“Avec un soutien approprié, cette activité pourrait devenir un produit artisanal lié au tourisme. Les visiteurs ne se contenteraient pas d’acheter un objet décoratif ; ils pourraient participer aux différentes étapes de sa fabrication ou découvrir la symbolique des ornements. D’un simple jouet pour enfants, cette création pourrait devenir un cadeau culturel porteur de l’histoire de l’ancienne cité”, affirme M. Rem.
Les roulements des tambours annonçant la danse de la licorne résonnent déjà dans les rues de Huê. Ces créatures polychromes bondissant au rythme des percussions, accompagnées de masques ludiques, font partie des souvenirs d’enfance de plusieurs générations.
La transmission de cette mémoire collective repose aujourd’hui sur les efforts inlassables de ces artisans. Face aux transformations de la société contemporaine, leur savoir-faire perpétue des traditions populaires et donne une nouvelle vie à un patrimoine qui risque de disparaître.
Texte et photos : Huong Linh - VNA/CVN






