Tennis : Monfils, l'héritage d'un joueur unique et imprévisible

Gaël Monfils, contraint d'avorter sa tournée d'adieux le 5 octobre pour des raisons personnelles, va néanmoins profiter d'un dernier "gros show", mardi 3 novembre, au Masters 1000 de Paris, l'occasion pour le public français de dire adieu à un joueur qui laissera une empreinte indélébile sur le circuit mondial.

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Le joueur français Gaël Monfils salue la foule à l'issue de son match face à l'Américain Learner Tien au deuxième tour de l'US Open de tennis sur le court Billie Jean King à Flushing près de New York City le 3 septembre.
Photo : AFP/VNA/CVN

Sur les courts ou devant son poste de télévision, "c'est un joueur qui va manquer à tout le monde", pressent son compère Gilles Simon, membre avec Monfils, Jo-Wilfried Tsonga et Richard Gasquet du club des quatre nouveaux mousquetaires qui ont porté le tennis français au début du millénaire.

Demi-finaliste de Roland-Garros dès ses 21 ans en 2008, le Parisien "avait ce lien et cette connexion avec le public du monde entier", constate Simon, retraité depuis 2022.

"C'était l'un des joueurs de tennis les plus athlétiques que vous verrez, l'un de mes joueurs préférés à regarder et à affronter", sourit Novak Djokovic, invaincu face à Monfils en 20 confrontations.

Pour "La Monf", bien jouer au tennis, cela signifiait notamment assurer le spectacle.

"Je le regarde depuis que je suis enfant. Il a la meilleure vidéo de highlights (ses plus beaux points, NDLR) de tous les temps", l'encense le finaliste de l'US Open Ben Shelton (4e mondial).

Y figurent ses smashes en extension vers l'avant qui avaient tout d'un dunk de son idole Kobe Bryant, ses "tweeners" (coups frappés entre les jambes) au culot ou ses glissades fantastiques.

"C'est un joueur qui est un catalyseur d'énergie incroyable", s'enthousiasme le directeur du Masters 1000 de Paris Cédric Pioline qui promet une "belle cérémonie" pour "clôturer 23 ans de carrière d'un grand champion."

"Imprévisible"

Sa carrière a été couronnée de succès avec 13 titres, dont trois ATP 500 (Rotterdam 2020 et 2019, Washington 2016), jusqu'à atteindre le 6e rang mondial en 2016 et rester au total 96 semaines dans le top 10.

Le joueur français Gaël Monfils en action lors d'un match face au Serbe Novak Djokovic lors de la demi-finale le l'US Open de tennis 2016 sur le court Billie Jean King à Flushing près de New York.
Photo d'archives : AFP/VNA/CVN

Malgré tout, l'adepte du tennis-champagne a pu nourrir quelques regrets, freiné par ses pépins physiques et son goût permanent du contre-pied. Il a perdu ses trois finales en Masters 1000, dont deux à Paris en 2009 et 2010.

Pendant un match, il pouvait se montrer intraitable face à Nadal, Federer ou Djokovic puis devenir totalement nonchalant et commettre une ribambelle de fautes directes.

"Gaël est imprévisible", disait le Serbe après sa victoire en demi-finale de l'US Open en 2016.

Ce trait de personnalité le suivra jusqu'à sa fin de carrière: le showman parisien a officialisé sa retraite sportive en toute discrétion, en s'inscrivant début octobre sur une liste confidentielle des autorités antidopage.

En réalité, le choix du chouchou tricolore a été précipité par l'annonce de son divorce faite par la joueuse ukrainienne Elina Svitolina, dont il partageait la vie depuis 2018 et avec qui il a eu une fille, Skaï.

Lors d'un direct sur le réseau social Twitch, la coqueluche du public tricolore a expliqué ne pas être à son "top psychologiquement" et être incapable de jouer l'ATP 250 de Lyon et le Masters 1000 de Paris comme il l'avait initialement prévu.

Autographe

Mais "bien sûr que je n'allais pas partir comme ça", a-t-il lancé à sa communauté, souhaitant "dire au revoir en personne" au public français, lors d'un dernier hommage programmé mardi soir 3 novembre.

Le joueur français Gaël Monfils et sa partenaire ukrainienne Elina Svitolina en action lors du match des demi-finales du double mixte de l'US Open de tennis conte la Suissesse Belinda Bencic et l'Italien Flavio Cobolli sur le court Billie Jean King à Flushing près de New York le 26 août.
Photo : AFP/VNA/CVN

Même sans titre majeur à son palmarès, l'intéressé quitte le circuit sans "aucun regret", juste l'impression d'avoir été "très chanceux". Son image de beau perdant ne lui a jamais nui en dehors des frontières françaises.

"Il a touché un public bien au-delà du tennis, inspiré beaucoup de jeunes, notamment issus de la diversité. Quand j’étais plus jeune, je voulais être comme lui", salue l'Américain Frances Tiafoe (9e mondial).

"Je ne pense pas qu'il réalise l'importance qu'il a pu avoir pour tout un tas de joueurs et de joueuses comme moi", raconte l'ex-No1 mondiale japonaise Naomi Osaka, qui le place sur un pied d'égalité avec les sœurs Serena et Venus Williams.

Son dernier tombeur sur le circuit, Learner Tien, joueur américain né de parents ayant fui le Vietnam, avait même demandé un autographe à Monfils cet été après l'avoir battu à Montréal en août.

AFP/VNA/CVN

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