Tây Nguyên : la réforme administrative sans renoncer aux traditions

Réorganisation des villages, fusion des unités administratives, rationalisation de la gouvernance… Au Tây Nguyên, les réformes territoriales redessinent la carte administrative sans effacer l’identité des communautés ethniques. Noms des villages, maisons traditionnelles, culture des gongs et rites ancestraux continuent d’être préservés, faisant de la sauvegarde du patrimoine un pilier de cette transformation.

>> Présentationdes destinations et produits de Tây Nguyên aux visiteurs

>> Une opportunité pour magnifier la nature et l’identité culturelle du Tây Nguyên

>> Lancement de l'Année nationale du tourisme Gia Lai 2026

Les M'nông préservent également leur métier artisanal traditionnel malgré la réorganisation administrative.
Photo : CTV/CVN

Une réforme concertée

La réorganisation des buôn (village) et des hameaux ne repose pas uniquement sur des critères démographiques. Les autorités prennent également en compte les réseaux de transport, les modes d’implantation des habitants, les coutumes locales ainsi que les liens historiques qui unissent chaque communauté.

Le quartier de Cư Bao comptait auparavant dix villages et 35 quartiers résidentiels, regroupant 8.276 ménages. À l’issue de la réforme, il ne comprend plus que cinq villages et 12 quartiers.

Selon Y Khuê Ayun, personnalité de confiance du village de Kwang A, cette réorganisation a bénéficié "d’un large consensus parmi les autorités locales, les membres du Parti et la population".

À l’issue de la consultation populaire, les habitants des villages de Kwang A et Kwang B ont approuvé à une très large majorité leur fusion sous l’appellation unique de Kwang. Le nouveau village regroupe désormais plus de 400 foyers, majoritairement issus de l’ethnie Ê dê.

Malgré cette fusion, les deux anciennes communautés continuent de préserver les éléments emblématiques de leur patrimoine, notamment les nhà dài (longues maisons traditionnelles), les ensembles de gongs - inscrits au patrimoine culturel immatériel de l’humanité - ainsi que de nombreuses pratiques coutumières.

"Les deux villages formaient autrefois une seule communauté avant d’être séparés, puis réunifiés aujourd’hui. Leur histoire, leurs traditions et leurs coutumes sont pratiquement identiques. Cette fusion administrative ne remet nullement en cause la préservation ni la transmission de notre identité culturelle", souligne Y Khuê Ayun.

Moderniser sans effacer

Conformément aux orientations des autorités centrales et provinciales, la commune de Liên Sơn Lắk a réduit le nombre de ses unités villageoises de 31 à 15, dont treize villages et deux hameaux.

Pour H Huyên Hmôk, habitante du village de Dơng Băk, la population comprend les objectifs de cette réforme et y adhère largement.

"Nous espérons avant tout une administration plus efficace et des politiques publiques mieux appliquées. Mais nous souhaitons aussi préserver la solidarité qui unit notre village et notre identité culturelle", explique-t-elle.

Si cette réorganisation répond aux exigences de modernisation de l’administration, la préservation du patrimoine culturel demeure un enjeu tout aussi essentiel.

Le village de Kon H'ring, dans la commune de Cư Mgar, est peuplé de familles Xơ Đăng originaires de Kon Tum. Malgré les guerres et les différentes vagues de migration, elles ont conservé le nom de Kon H'ring lors de la création officielle du village en 1988 afin de préserver la mémoire de leurs origines.

Depuis près de 40 ans, les habitants perpétuent les cérémonies traditionnelles dans la maison communautaire. Chaque année, la fête des nouvelles récoltes demeure un temps fort de la vie collective : les habitants rendent hommage à Giàng, divinité protectrice, remercient pour les moissons et transmettent aux jeunes générations les savoir-faire et les pratiques culturelles hérités de leurs ancêtres.

Après la fusion des villages de Kon H'ring et de Krang, les autorités ont choisi de conserver le nom de Kon H'ring.

Pour Joang Chá, personnalité de confiance du village, cette décision va bien au-delà d'une simple question administrative.

"Notre village est aujourd’hui plus vaste et plus peuplé. L’essentiel est que chaque communauté continue de préserver son identité culturelle. La rencontre des traditions Xo Dang, Tày, Nùng et Ê dê enrichit notre patrimoine commun et donne une nouvelle vitalité à la vie communautaire", affirme-t-il.

Les noms, gardiens de la mémoire

Cette approche est également suivie dans d’autres localités de la province de Đắk Lắk.

À 77 ans, Y Nớ Buôn Dap, chef coutumier du village de Jun, a été le témoin des profondes transformations du territoire autour du lac Lắk.

La fête "Lúa mới" des Xơ Đăng, dans le village de Kon H'ring, continuera d'être perpétuée après la fusion des unités administratives.
Photo : CTV/CVN

Pour lui, un buôn n’est pas une simple circonscription administrative : c’est un espace de transmission de la mémoire, des traditions et des valeurs culturelles du peuple M'nông.

Selon lui, la fusion des villages de Jun et de Lê s’imposait naturellement. Les deux communautés partagent une histoire commune, vivent dans un environnement similaire et entretiennent depuis longtemps des liens culturels étroits. Elles travaillent ensemble, célèbrent les mêmes fêtes et participent aux mêmes activités communautaires.

Aujourd’hui, Jun est devenu l’un des principaux villages de tourisme communautaire de la province. Il conserve de nombreux éléments caractéristiques de la culture mnông : longues maisons traditionnelles, culture des gongs, artisanat du tissage du brocart et riches festivités ancestrales.

Le maintien du nom Jun après la fusion ne répond donc pas uniquement à une logique historique : il contribue aussi à préserver une identité culturelle reconnue et une destination touristique déjà bien établie.

Préserver l’âme des villages

Pour Đào Thị Thanh An, secrétaire du Comité du Parti et présidente du Conseil populaire de la commune de Liên Sơn Lắk, chaque buôn des régions à forte population issue des minorités ethniques représente bien davantage qu’une simple unité administrative.

"Chaque village constitue un espace culturel à part entière. C’est pourquoi, tout au long du processus de réorganisation, nous avons accordé une attention particulière à son histoire, à son nom, à ses traditions et à la cohésion de sa communauté."

Elle souligne que l’objectif est de bâtir une administration plus efficace et plus rationnelle, sans sacrifier les héritages culturels qui fondent l’identité des populations locales.

"Préserver les espaces culturels, c’est préserver les racines des communautés et renforcer leur cohésion."

Au Tây Nguyên, la réorganisation des villages dépasse ainsi la simple redéfinition des frontières administratives. Elle s’accompagne d’une responsabilité essentielle : préserver le patrimoine des minorités ethniques afin que leurs langues, leurs traditions, leurs rites et leur mémoire collective continuent d’être transmis aux générations futures, tout en accompagnant le développement des territoires.

Quang Châu/CVN

Rédactrice en chef : Nguyễn Hồng Nga

Adresse : 79, rue Ly Thuong Kiêt, Hanoï, Vietnam

Permis de publication : 25/GP-BTTTT

Tél : (+84) 24 38 25 20 96

E-mail : courrier@vnanet.vn, courrier.cvn@gmail.com

back to top