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| Dà Nang vise à devenir l’un des trois grands centres des semi-conducteurs du Vietnam, grâce à la formation de 5.000 professionnels hautement qualifiés. |
| Photo : VNA/CVN |
Dans le contexte de l'ambition du Vietnam de développer une industrie nationale des semi-conducteurs, la construction d'un écosystème technologique solide et le choix de secteurs prioritaires fondés sur des capacités réelles de mise en œuvre s'avèrent plus déterminants que la simple participation à la course aux technologies de gravure les plus avancées.
Cette analyse est livrée par le Dr. Nguyên Van Minh, responsable d'une direction de recherche et d'ingénierie consacrée à l'intelligence artificielle (IA) économe en ressources matérielles (hardware-efficient AI) et aux technologies sans fil nativement intégrées à l'IA, au sein du centre de recherche de Huawei en France, dans une interview accordée à l'Agence vietnamienne d'information (VNA) à Paris.
S’appuyant sur l’observation du modèle français, le Dr. Nguyên Van Minh souligne que la stratégie de la France vise avant tout l’autonomie stratégique sur des segments clés afin de réduire la dépendance extérieure tout en maintenant une compétitivité industrielle forte. Cette approche française repose sur une synergie étroite entre des leaders industriels tels que STMicroelectronics ou GlobalFoundries et un réseau dense d'instituts de recherche prestigieux comme le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (INRIA) ou le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), intégrés dans une vision globale de la France et de l’UE incluant également les semi-conducteurs, l’IA et les technologies quantiques.
L'expert observe que l'industrie mondiale des semi-conducteurs traverse une phase de profonde mutation, les limites physiques de la miniaturisation des transistors imposant de nouveaux paradigmes de compétitivité. Les technologies des chiplets, de l'intégration hétérogène, du packaging avancé ainsi que de l'intégration 2.5D/3D deviennent désormais des segments stratégiques.
Dans cette ère de l’IA, la performance d’un système ne dépend plus uniquement de la puissance de calcul brute, mais de l’efficacité énergétique, de la bande passante mémoire et de l’architecture d’interconnexion, offrant ainsi des opportunités aux nations souhaitant intégrer des segments à haute valeur ajoutée sans nécessairement posséder les usines de fabrication les plus sophistiquées.
S'agissant de la coopération entre le Vietnam et la France, le Dr Nguyên Van Minh estime que des partenariats existent déjà, notamment entre le Centre national d'innovation (NIC) et Dassault Systèmes, dans les domaines de la transformation numérique industrielle, de la simulation, des jumeaux numériques et de la gestion du cycle de vie des produits. Toutefois, ces coopérations ne portent pas encore sur les compétences fondamentales que sont la conception de puces, la propriété intellectuelle dans les semi-conducteurs ou encore le packaging avancé.
Pour combler ce fossé, il préconise que le Vietnam passe d'une phase de définition de vision à une organisation rigoureuse de l'exécution, en identifiant des ressources précises, en construisant des fondements techniques et en créant des passerelles concrètes entre entreprises, instituts de recherche et centres de formation.
L'une des recommandations phares de l'expert est de ne pas assimiler les semi-conducteurs à la course à la technologie des 2 ou 3 nanomètres. Le marché mondial reste largement porté par des besoins massifs en puces de contrôle, de puissance, de communication ou de capteurs destinés à l'industrie, à l'automobile et à l'Internet des objets (IoT).
Le Vietnam gagnerait ainsi à adopter une approche progressive : développer en priorité ses capacités dans les matériaux et la chaîne d'approvisionnement en amont, renforcer les activités de packaging et de tests, avant d'envisager la fabrication de puces reposant sur des nœuds technologiques matures, tels que le 28 nanomètres, particulièrement adaptés aux besoins actuels de l'industrie.
Pour réussir cette ambition, le Dr.Nguyên Van Minh insiste sur la nécessité de définir un modèle de développement clair, conciliant autonomie stratégique et compétitivité internationale, tout en concentrant les investissements sur des produits répondant à une demande réelle du marché.
Dans le domaine de l'intelligence artificielle, le Vietnam dispose, selon lui, d'atouts lui permettant de développer des applications adaptées à des secteurs tels que l'agriculture, la santé ou les services publics, en s'appuyant sur ses propres données.
Enfin, il estime que la formation des ressources humaines demeure le pilier central de cette stratégie et doit couvrir l'ensemble de la chaîne de valeur, depuis les algorithmes jusqu'à la fabrication des puces.
Selon lui, le succès du Vietnam ne dépendra plus de l'élaboration de nouvelles stratégies ou visions, mais de sa capacité à transformer ses ambitions en réalisations concrètes, grâce à des ressources financières et humaines suffisantes ainsi qu'à une répartition claire des responsabilités.
VNA/CVN



